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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Connaissez-vous Céline Alvarez ?
Article mis en ligne le 5 octobre 2016
dernière modification le 7 octobre 2016
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Comment un échec est devenu une formidable réussite.
Et une belle démonstration de ce qu’il faut faire et ne pas faire pour se lancer dans une pédagogie nouvelle.

L’ancienne enseignante a démissionné de l’éducation nationale, mais n’a pas renoncé à diffuser les outils de l’école de demain

1. "Céline Alvarez, une institutrice révolutionnaire", titre le Monde le 4 septembre 2014.
2. Pourquoi Céline Alvarez n’a-t-elle pas réussi son expérience à l’école ?

1. Connaissez-vous Céline Alvarez ?
"Céline Alvarez, une institutrice révolutionnaire", (le Monde le 4 septembre 2014).

En s’infiltrant dans le système, Céline Alvarez espérait parvenir à faire bouger les lignes de l’intérieur. L’ex-institutrice a dû, depuis, quitter son poste, quand elle a compris que ses démarches ne seraient pas sérieusement considérées, ni même étudiées par cette grosse machine qu’est l’Éducation nationale.

C’est à l’école maternelle Jean-Lurçat de Gennevilliers (Hauts-de-Seine) que Céline Alvarez avait entrepris, dans une classe unique de maternelle, de croiser la pédagogie Montessori avec la recherche en sciences cognitives.

Le « couperet » est tombé juste avant l’été 2014 : le projet piloté par Céline Alvarez, d’autant plus inédit qu’il avait vu le jour dans la ville de naissance des premières zones d’éducation prioritaire (ZEP), ne sera pas étendu. Faute de pouvoir élargir l’expérimentation, la « maîtresse d’œuvre » de cette classe pas comme les autres a pris la lourde décision de donner sa démission.

Originaire d’Argenteuil, banlieue du nord-ouest de Paris, Céline Alvarez a grandi sur cette dalle devenue célèbre depuis que Nicolas Sarkozy en fustigea un jour "la racaille". ("Une ZEP bien corsée, se souvient-elle, celle que Sarkozy envisageait de passer au Kärcher"). 

Au collège puis au lycée, l’adolescente est frappée par le « potentiel humain gâché ».
"Tous ces jeunes que je trouvais intelligents mais qui n’arrivaient pas à se fondre dans le moule et qui décrochaient, ça m’indignait !", se souvient-elle. Dans son cercle familial, aussi, cette fille d’une employée de banque et d’un ouvrier tourneur-fraiseur se forge la conviction que "l’être humain possède un potentiel inné pour penser, créer, partager… et que le système scolaire l’empêche d’émerger".

Titulaire d’un master en sciences du langage, elle n’a passé le concours d’enseignement, en 2008, que pour pouvoir "infiltrer" l’Education nationale, ponctuellement. Son intention ? "Y tester l’efficacité d’une démarche pédagogique nouvelle, uniquement construite autour des grandes lois naturelles de l’apprentissage, révélées par les neurosciences, afin d’aider l’école à évoluer." Car, elle en est convaincue, "la connaissance du fonctionnement du cerveau, notamment celui des enfants, en bouillonnement permanent, avec ses millions de synapses produites chaque seconde, devrait être le dénominateur commun universel de toute initiative pédagogique." [1]

Son parcours n’est pas linéaire. L’adolescente n’aime pas particulièrement l’école mais passe son baccalauréat. Hésite entre la communication et le théâtre. Cherche son chemin… et le trouve en Espagne, pays d’origine de son père, où elle donne des cours de français. "Comprendre ce qui se passe dans le cerveau des enfants bilingues, ça a été mon premier déclic." Elle se passionne pour la linguistique et passe à distance, depuis Madrid, un master en sciences du langage.

Retour à Paris. Pour gagner sa vie, elle frappe à la porte d’une école privée Montessori, "sans savoir à quoi s’attendre", dit-elle. En visitant l’établissement, elle tombe sur des "lettres rugueuses", sorte de jeu de cartes créé il y a près d’un siècle par la pédiatre Maria Montessori (1870-1952), invitant les enfants à découvrir les lettres de façon sensorielle. Second déclic.

A Gennevilliers, Céline Alvarez a repris les travaux de Montessori [2], qu’elle a traduits et enrichis à la lumière des découvertes récentes des neurosciences et de la linguistique française. Sans le revendiquer : la "méthode Montessori" est bien trop souvent devenue "une marque, un outil marketing, où la pensée brillante, puissante de Maria Montessori se retrouve aplatie, gadgétisée", regrette-t-elle.

Rôle des différentes parties du cerveau (néocortex, lobe préfrontal, insula, hémisphères) dans l’acquisition des connaissances ; fonctionnement des synapses, des neurotransmetteurs et du système neurœndocrinien pour favoriser ou, au contraire, bloquer les apprentissages ; facilité démultipliée d’acquisition des savoirs dès lors qu’ils procèdent d’une motivation intérieure ne résultant pas d’une contrainte... "Les intuitions visionnaires de Maria Montessori ont été confirmées par les découvertes récentes de la science. Mais on continue à appréhender l’enfant à l’aune d’idées, de valeurs ou d’idéologies. Ne trouvez-vous pas surprenant que la formation des enseignants n’intègre pas le fonctionnement du cerveau de l’enfant ?", interroge Céline Alvarez, qui le répète : "enseigner est un art, mais c’est avant tout une science".

“La clé de voûte est l’encouragement de l’autonomie de l’enfant.”

A Jean-Lurçat, Céline Alvarez a donc mis en place un certain nombre de pratiques pour certaines inédites au sein de l’Education nationale. "La clé de voûte est l’encouragement de l’autonomie de l’enfant. Entre 3 et 6 ans, ses "fonctions exécutives", c’est-à-dire toutes les compétences d’action, qui nous permettent d’atteindre un but grâce au contrôle de soi et de nos gestes, sont en plein développement. Si, tout en bénéficiant du soutien individualisé de l’adulte, il a la possibilité de les accroître, il exercera persévérance, attention, mémoire, capacité de se corriger, confiance et créativité."

A Gennevilliers, les élèves étaient responsabilisés : "Ils s’habillaient et se chaussaient seuls, nettoyaient eux-mêmes les objets de la classe si besoin... De nombreuses tables avaient été retirées, offrant la place au sol pour des activités sur tapis, où les enfants pouvaient rester seuls, assis, accroupis ou allongés, ou en petits groupes, échangeant librement entre eux toute la journée, et répétant autant que souhaité l’activité qui les intéressait. Or on sait aujourd’hui que ces fonctions exécutives sont directement liées aux compétences sociales : un enfant qui sait rester attentif, qui sait se contrôler aura des relations plus riches et plus apaisées avec ses camarades", raconte-t-elle.

Aujourd’hui, Céline Alvarez poursuit ailleurs qu’entre les murs d’une école son entreprise de "transition pédagogique". Tel fut d’ailleurs l’intitulé de la conférence qu’elle a donnée les 24 et 25 août 2015, dans le grand amphithéâtre – saturé – de l’université Vincennes-Saint-Denis : devant deux cent cinquante professeurs des écoles, assis en rangs serrés, en demande urgente de partage. "L’expérimentation de Jean-Lurçat n’a été qu’un point de départ, une invitation, un encouragement", raconte la jeune femme de 32 ans, qui met en ligne tous ses outils, théoriques et pratiques. Succès inouï : son blog, "La maternelle des enfants", a été visité un million deux cent mille fois à ce jour ! Tandis qu’une carte de France (et même du monde : Niger, Sénégal, Maroc, Algérie...) des professeurs optant pour les mêmes principes pédagogiques se dessine, qui ne cesse de s’étoffer.

Il n’y a guère que l’institution Education nationale qui lui batte froid aujourd’hui, elle qui pourtant commença par lui faire confiance, en lui donnant les moyens de son expérimentation... avant de les lui retirer. Trop bousculée par la mise en place de cette classe "hors norme", l’école Jean-Lurçat n’a pas spécialement gardé bon souvenir des moyens privilégiés et du statut particulier dont a pu bénéficier Céline Alvarez pendant trois ans.

"A Gennevilliers, une occasion, pourtant très concluante, a été ratée. Quelle tristesse !" dit Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive au collège de France, à qui elle a fait appel et qui a mis en évidence, dans son laboratoire , via des procédés d’imagerie cérébrale... ce qui sautait de toute façon aux yeux dans la classe de Gennevilliers. "les performances remarquables de ces enfants, qui ne bénéficiaient pourtant d’aucun soutien ou environnement favorable à la maison." Surtout, il est marqué par l’ambiance très particulière qui règne dans la salle de classe : "J’étais en face d’enfants calmes et sereins, faisant preuve d’un grand contrôle d’eux-mêmes, des enfants engagés dans leur propre apprentissage." Cette harmonie, ce bien-être, Anna Bisch, qui assista Céline Alvarez dans sa classe, en témoigne également : "Ils se tenaient droits à l’intérieur d’eux-mêmes, centrés. Ils n’étaient plus dans la défense, mais acteurs de leur vie."

"N’est-ce pas cette confiance-là qu’il faut avant tout rechercher ?", demande la pédiatre Catherine Gueguen, auteur, en 2014, d’un best-seller, Pour une enfance heureuse... (éd. Robert Laffont), dans lequel elle recense et vulgarise toutes les grandes découvertes des neurosciences relatives à l’éducation. "L’école n’est pas que la transmission des savoirs, c’est aussi la formation des êtres humains. En ce sens, Céline Alvarez est en train de la révolutionner." [3] [4]

2. Un échec devenu une réussite.
Pourquoi Céline Alvarez n’a-t-elle pas réussi son expérience à l’école ?

Après trois années A Gennevilliers, le « couperet » est tombé juste avant l’été 2014 : le projet piloté par Céline Alvarez, d’autant plus inédit qu’il avait vu le jour dans la ville de naissance des premières zones d’éducation prioritaire (ZEP), ne sera pas étendu.

Au rectorat de Versailles, les arguments avancés sont un peu confus : « manque de recul », « manque d’évaluation », « manque de cadre »… On y renvoie la balle, un peu gêné, à la Direction générale de l’enseignement scolaire chargée d’appliquer la politique du ministre de l’éducation.

En s’infiltrant dans le système, Céline Alvarez espérait parvenir à faire bouger les lignes de l’intérieur. L’ex-institutrice a dû, depuis, quitter son poste, quand elle a compris que ses démarches ne seraient pas sérieusement considérées, ni même étudiées par cette grosse machine qu’est l’Éducation nationale.

Céline Alvarez est une révoltée, de celles qui ne comprennent pas pourquoi les méthodes d’apprentissage n’intègrent pas les dernières découvertes réalisées dans le domaine des sciences cognitives. Son objectif est clair : explorer une nouvelle méthode sollicitant de façon optimale les mécanismes d’apprentissage et de développement.

C’est un conseiller de Luc Chatel, alors ministre de l’Éducation, qui la reçoit et l’écoute. La jeune femme peut enfin expliquer à un décideur que l’école ne sollicite pas les mécanismes d’apprentissage de l’enfant.

Séduit par son discours, le conseiller décide de lui attribuer une classe dans l’environnement qu’elle souhaite (une ZEP) et lui délivre une carte blanche pédagogique.

Les méthodes déployées par Céline Alvarez sont également validées par les chercheurs du CNRS de Grenoble, qui la suivent dans sa démarche. Le constat est sans appel : ces enfants progressent plus vite que la norme.

Durant trois années, Céline Alvarez mène son projet. Trois ans où elle ne reçoit aucun appel du ministère de l’Éducation et n’est suivie en aucune manière.

 Le projet "d’infiltrer" le système et parvenir à le changer était, on s’en serait douté, voué à l’échec. "Je me laissais trois ans pour proposer un environnement de classe faisant l’effet d’une bombe pédagogique" ce qui ne pouvait que provoquer de la résistance chez les collègues.

Au rectorat de Versailles, les arguments avancés sont un peu confus : « manque de recul », « manque d’évaluation », « manque de cadre »…

Richard Merra est le 8e adjoint à l’enseignement maternel et primaire de la ville de Gennevilliers. À la rentrée de septembre 2011, il découvre cette institutrice porteuse d’un projet innovant dans une de ses écoles et il n’est pas le seul à avoir la surprise : même l’inspectrice de l’Éducation nationale de la circonscription n’a pas été informée. "Quelle que soit la nature du projet, Céline Alvarez ne pouvait qu’être mal accueillie, le terrain lui était défavorable. Les structures des classes sont composées à la fin de l’année scolaire précédente."

En débarquant avec ce projet qui ne consiste pas à reproduire une méthode mais à en développer une, en intégrant les dernières recherches en sciences cognitives –, l’institutrice bouscule un ordre établi. "Sa proposition était brutale et rapide, il fallait aménager la classe, dégager un agent spécialisé des écoles maternelles à temps complet, ce que nous ne pouvions prendre en charge" mais a été finalement financé par l’association Agir pour l’école.

Richard Merra regrette les conditions de son arrivée : "D’un point de vue politique, son projet était très enrichissant, mais tout s’est joué sur des questions complètement annexes. Et l’idée d’envoyer une institutrice isolée dans une école au fonctionnement traditionnel crée des tensions, notamment parce qu’elle ne partageait pas les tâches avec ses collègues, puisqu’elle n’avait pas le même rythme qu’eux, pour les récréations par exemple."

"L’expérience a finalement été clivante, car les parents sont en demande d’une chose qu’on n’est pas en mesure de leur apporter. L’Éducation nationale n’a pas préparé ce projet proprement, cela ne pouvait que créer des tensions."

Aujourd’hui, la collectivité découvre que son départ a laissé des traces qu’il leur faut prendre en considération : les parents, acquis à la cause de Céline Alvarez, ont monté une association afin de faire perdurer son initiative.

extraits de "La lettre du cadre" du 23/06/2015 | par Marjolaine Koch

http://www.lettreducadre.fr/10202/pourquoi-linstitutrice-celine-alvarez-na-t-elle-pas-reussi-son-experience-a-lecole/

Céline Alvarez poursuit son chemin, des projets plein la tête, dont celui de prendre son sac à dos pour "faire un tour du monde de ce qui se fait de mieux en matière d’initiatives pédagogiques". Elle veut, dit-elle, "chercher le trésor caché de l’être humain – car on ne l’a pas encore trouvé. Mettre en lumière les contours d’un cadre pédagogique de base, naturel et universel, pour qu’enfin chacun puisse révéler ses pleins potentiels" Concluait l’article d’ANNABELLE LOURENÇO dans Le Monde du 4 septembre 2014.

Deux années ont passé. Le livre de Céline Alvarez "Les lois naturelles de l’enfant", paru le 31/08/2016, Edition Les Arenes est déjà un best seller, en tête des ventes à la Fnac, devant le dernier Harry Potter !
Les Journaux télévisés A2 ou RTBF y font écho. Sa conférence de TEDx est à voir sur YouTube. Et son Blog est à visiter, super intéressant, super pratique et concret. Ne ratez pas une visite.
- son blog :
 https://www.celinealvarez.org
- le bel article de Télérama :
 http://www.telerama.fr/monde/celine-alvarez-l-instit-qui-passe-l-ecole-au-scanner,137936.php
- Sa conférence au TEDx : 
https://youtu.be/nwVgsaNQ-Hw
- L’article du Monde : 
http://www.lemonde.fr/festival/article/2014/09/04/celine-alvarez-une-instit-revolutionnaire_4481540_4415198.html

Et à lire aussi un article du site "café pédagogique"

Voir aussi https://www.celinealvarez.org/notre-demarche

Notes :

[2Maria Montessori (1870-1952), première femme psychiatre d’Italie et extraordinaire pédagogue, qui, à force de vivre aux côtés d’enfants handicapés mentaux ou issus de milieux défavorisés, à Rome, avait ouvert dès 1907 la voie à une démarche éducative basée sur une "science de l’Enfant"

[4Un autre vient de paraître : "Vivre heureux avec son enfant. Un nouveau regard sur l’éducation au quotidien grâce aux neurosciences affectives", éd. Robert Laffont.
A lire : "Pour une enfance heureuse. Repenser l’éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau", de Catherine Gueguen, éd. Robert Laffont, 210 p., 20 €.




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