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Michel Simonis

Quand le silence de l’Europe réveillera-t-il le citoyen européen ?
Article mis en ligne le 8 juillet 2015
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Les défections de l’Europe sur la scène internationale se multiplient. Sans identité commune, sans vision, coincé dans un vide stratégique inoui, les 28 font preuve d’un silence assourdissant devant les changements du monde.

Une opinion de Pierre Defraigne, directeur exécutif de la Fondation Madariaga, Collègue d’Europe, directeur général honoraire à la Commission européenne.

Il nous arrive de nous réveiller au beau milieu de la nuit à cause d’un silence inhabituel : accalmie du vent dehors, panne de secteur dans le quartier, arrêt brusque d’un bruit de fond familier, conscience soudaine de l’absence inhabituelle d’un proche.

Le silence assourdissant dans lequel s’est engagé l’Europe est de cette nature. L’Europe est paralysée, tétanisée, impuissante devant les changements du monde et devant la crise qui se prolonge depuis 8 ans. Cette sorte d’acédie de l’UE est complète sur le plan extérieur. Certes certains Etats donnent l’illusion du mouvement : la France en Afrique ; Berlin et Paris à Minsk pour protéger l’Ukraine du dépeçage ou de la désintégration par la Russie de Poutine. Mais ce sont là des expédients. Hasardeux dans le cas de la Libye. Méritoires en Afrique. L’accord nucléaire avec l’Iran, il est vrai, a impliqué le concours de la diplomatie européenne. Mais dans le conflit israélo-palestinien, l’Europe se borne à payer les salaires de l’Autorité palestinienne. A Minsk c’est la possibilité d’un réarmement de l’Ukraine par Obama qui a fait reculer Poutine. L’Europe prise de court par le Printemps arabe a simplement engrangé l’avancée tunisienne dans laquelle elle n’est pour rien, mais la France a vendu des Rafales à l’Egypte. L’UE a laissé les mains libres à Bachar el-Assad en Syrie lorsqu’il massacrait son peuple et s’en vient à sa rescousse lorsque l’Etat islamique menace notamment les Chrétiens d’Orient que nous avons pourtant abandonnés.

Dans l’ordre de la gouvernance économique multilatérale, les défections de l’Europe se multiplient : l’Europe affaiblit dramatiquement son pilier commercial, l’OMC, lorsqu’elle négocie un traité transatlantique avec Washington. Incapable de doter l’Eurozone d’un gouvernement, elle s’exclut du pilier monétaire de ce qui reste du système de Bretton Woods. En revanche, anomalie extrême, le FMI intervient au cœur de la crise grecque dont l’issue est plus que jamais incertaine. Du coup, l’euro en berne a laissé le dollar revenir en force tandis que le yuan chinois étend son emprise sur l’Asie et entrera bientôt dans le panier des droits de tirage spéciaux, la "monnaie" du FMI. Les deals sur le climat en vue de la conférence de Paris de décembre, sont discutés directement entre Obama et Xi Jinping, entre Obama et Poutine malgré l’Ukraine.

L’Europe comme telle n’a pas de politique chinoise, seulement une relation commerciale au demeurant à la fois avantageuse et difficile. Au fait l’Europe réalise-t-elle qu’elle forme l’autre extrémité de l’Eurasie et que la Chine n’est pas seulement un grand marché ? Entre l’Amérique latine tellement proche et l’Europe, il ne se passe rien sinon des grands-messes où la liturgie n’arrive même plus à cacher la vacuité des rapports, un moment prometteur avec le Mercosur ou le Pacte andin : les deux continents, pourtant si proches par l’Histoire et la culture, se tournent désormais le dos pour faire des affaires avec la Chine et les Etats-Unis. L’Afrique est laissée à la Chine, résolument et activement en quête de matières premières. Depuis la fin du régime commercial préférentiel de Cotonou, les liens se distendent au moment même où l’Afrique prend son éveil. Ne disons rien de l’Asie. Certes l’Europe a mené à bien un accord de libre-échange prometteur avec la Corée, mais les autres accords sont en chantier et progressent peu. L’Europe se laissera-t-elle évincer par la Chine de l’Asie avec son partenariat régional compréhensif et par les Etats-Unis avec le partenariat transpacifique (TPP) qui vient doubler le contrat de sécurité assuré par Washington aux voisins et partenaires de la Chine ?

Le rapport avec l’Amérique tellement stratégique pour l’Europe reste foncièrement asymétrique et le Traité du partenariat transatlantique (TTIP) va aggraver la dépendance de l’Europe sans pour autant créer d’emplois, mais probablement en en détruisant. La politique européenne de voisinage fait les frais de l’erreur fondamentale de Washington d’avoir imposé à la Russie postsoviétique un "Big Bang" économique dévastateur, et d’avoir refusé un partenariat constructif à ce grand pays libéré du totalitarisme stalinien, en l’entourant d’emblée d’un glacis stratégique. La maladresse de l’UE en Ukraine, en n’excluant pas son adhésion, a donné à Poutine un prétexte pour intervenir militairement.

En regard de cette sombre liste de manquements, de défaillances, de demi-succès, où sont les réussites de l’Europe depuis vingt ans ? L’élargissement ? Mais peut-on en ce cas parler d’un succès de la politique extérieure de l’UE ? Et puis l’élargissement a transformé l’EU-28. Il ne l’a pas encore renforcée.
Quoi d’autre encore au tableau de chasse de Lady Ashton, dès lors que nous ne confondons pas activisme diplomatique et politique étrangère ? En fait, celle-ci n’existe pas. L’UE est exploitée comme faire-valoir par ses anciennes puissances déclinantes : la France et le Royaume-Uni en tirent de la visibilité pour leur diplomatie tandis que l’Allemagne collecte les retombées commerciales. Les "Big Three" divisent l’Europe et, ce faisant, ils lui font plus de tort qu’ils ne se font du bien à eux-mêmes.

Le citoyen européen devrait se réveiller la nuit, car l’Europe est entrée dans le silence d’un vide stratégique inouï. Mais le citoyen vaque à ses soucis quotidiens. Le Parlement européen qui devrait battre la générale et servir de caisse de résonance sur les grandes questions extérieures s’en révèle incapable en raison de sa terrifiante et désolante bureaucratisation. Il "parlage jusqu’à l’aube" comme l’écrivait si joliment son ancien doyen d’âge, le Liégeois Marcel Thiry.

Pourquoi cette inhibition de l’Europe ? Pour trois raisons. (pour lire la suite, voir l’article complet dans La Libre)

Conclusion de l’article.
Les intérêts et les valeurs propres de l’Europe justifieraient qu’elle agisse en pôle autonome dans un monde désormais multipolarisé.
L’Europe passera-t-elle à côté d’une évidence stratégique nouvelle : depuis la Renaissance de la Chine, il appartient à l’UE de se percevoir aussi comme une puissance eurasienne. Car c’est de la coopération d’égale à égale avec la Chine autant que de l’Alliance transatlantique qui doit elle aussi devenir paritaire, que l’Europe doit attendre la stabilisation et la prospérité du cœur de l’Eurasie : Russie, Asie centrale, Moyen-Orient. L’Europe doit se ressaisir et formuler son rôle dans l’Histoire qui se construit aujourd’hui sans elle et donc insidieusement contre elle. Alors le citoyen européen pourra se rendormir paisible. A Jean-Claude Juncker et à Federica Mogherini de jouer ! Qui d’autre ? Personne n’est en charge.

P.S. :

C’est moi qui ai souligné certains passages en brun.
Voir aussi l’article de Pierre Defraigne au sujet du TTIP, dans POUR, que j’ai repris ICI.
Son analyse pointue de l’impasse dans laquelle s’engage l’Europe dans cette négociation, vient compléter l’article ci-dessus.




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