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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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Michel Simonis

La discrimination intériorisée
Article mis en ligne le 20 avril 2017
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Le 10 mars 2017, a eu lieu, dans le cadre du projet Brux’Elles mené par POUR LA SOLIDARITÉ-PLS, un séminaire de sensibilisation dont l’objectif est de mieux appréhender le phénomène de l’intériorisation de la discrimination chez les femmes immigrées ou perçues comme telles. [1]

LE CONCEPT D’INTÉRIORISATION DE LA DISCRIMINATION

Le sujet de l’intériorisation de la discrimination face à la recherche d’emploi était déjà l’objet d’une étude recherche-action sur les jeunes d’origine immigrée de 18 à 30 ans menée en 2015 par POUR LA SOLIDARITÉ, en collaboration avec le CeMIS et financée par la Fondation Roi Baudouin. L’étude s’appuie sur des éléments scientifiques et sur une étude approfondie auprès des acteurs de terrain.

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette étude. L’intériorisation de la discrimination est la conséquence involontaire d’une discrimination subie ou constatée. Bien que la lutte contre les discriminations reste la priorité, cela ne suffit pas. L’intériorisation de la discrimination n’agit pas comme une discrimination supplémentaire mais plutôt comme un mécanisme qui permet à la discrimination de continuer à produire ses effets dévastateurs. Le droit ne peut pas agir concrètement sur ce phénomène, il convient donc pour le contrer de sensibiliser les potentielles victimes, les employeurs ou les acteurs en lien avec l’insertion professionnelle à ce concept encore tabou et de l’inclure dans les stratégies RSE des entreprises.

Par ailleurs, le terme d’ « auto-discrimination » parfois utilisé fait débat. Certains acteurs de terrain et du monde académique ont exprimé des réserves allant jusqu’au rejet catégorique de cette terminologie. Ils estiment que ce terme rend les victimes responsables de leur situation sur le marché du travail. Un sociologue parle de « non-sens sémantique » et préfère le terme d’ « auto-exclusion », tandis qu’un juriste parle de « non-sens juridique » car on ne peut pas être à la fois auteur et victime d’un même fait. Un autre reproche fait à ce terme est d’individualiser excessivement un phénomène de nature collective. C’est pourquoi le choix a été fait de parler d’ « intériorisation de la discrimination ».

Bien qu’il n’existe pas de théorie formalisée sur l’intériorisation de la discrimination, la théorie de la psychologie sociale apporte des éléments d’information sur les conséquences psychologiques des stéréotypes négatifs et de la discrimination. L’identité sociale se compose des informations sur les groupes auxquels chacun se reconnaît appartenir, intégrant le regard que les autres renvoient sur le statut et les caractéristiques associés au groupe. Cette identité va donc se construire en partie suivant l’image du groupe véhiculé par les acteurs institutionnels tels que l’école, l’administration ou encore les médias. Si les stéréotypes véhiculés sur un groupe sont péjoratifs, cela a un impact négatif sur le développement identitaire des personnes y appartenant.

Le phénomène d’intériorisation de la discrimination a des impacts considérables sur la mise à l’emploi des jeunes immigrés. Par leur manière de réagir, les jeunes vont avoir tendance à s’auto-handicaper. Ils peuvent mettre en place des stratégies d’évitement des situations potentiellement discriminantes, s’empêchant d’y faire directement face et légitimant ainsi le discriminant. L’intériorisation de la discrimination peut aussi affecter la motivation et déboucher sur une désaffiliation ou une moindre participation sociale et professionnelle. En outre, ne trouvant pas d’emploi correspondant à leur qualification, ces jeunes se résignent souvent à des postes pour lesquels ils sont surqualifiés, ce qui accentue la perte de compétences (“de-skilling »). D’autres conséquences de ce phénomène sont la création d’entreprise, l’émigration ou le repli communautaire. Ce dernier peut être destructeur, entrainant les jeunes dans le marché noir et les bandes urbaines, mais aussi positif car la communauté peut remplir des fonctions de protection ou d’accès privilégié à des offres d’emploi. Finalement, l’étude établit une corrélation entre l’intériorisation de la discrimination et l’ethno-stratification du marché du travail.

Le projet Brux’Elles répond à certaines recommandations de l’étude.

LE PROJET BRUX’ELLES

Victimes d’une double-discrimination du fait de leur sexe et leur origine, les femmes originaires du monde arabe sont les plus touchées par la discrimination à l’embauche en Belgique. Cette discrimination est le premier facteur explicatif de son intériorisation chez la victime. C’est pourquoi, le projet Brux’Elles entend lutter contre l’intériorisation de la discrimination et sensibiliser à ce phénomène.

Cela passe par la co-construction d’un outil se divisant en deux volets :

Un atelier d’ « empowerment » permettant de travailler sur l’estime et la confiance en soi des participantes, dans un contexte professionnel ou général.

Un mentorat par des salarié-e-s d’entreprise permettant l’accompagnement personnalisé des participantes dans leur recherche d’emploi.

Cet outil et ses deux volets seront testés et évalués, et les résultats seront présentés lors du séminaire de dissémination fin septembre 2017. À plus long terme, l’outil sera mis à la disposition des associations de terrain en contact avec le public cible. De plus, il serait intéressant de réévaluer cet outil en se focalisant sur un public différent.

Pour les ÉCHANGES AVEC LE PUBLIC qui a suivi (voir le pdf http://www.diversite-europe.eu/sites/default/files/cr-seminaire-autodiscrim-100317.pdf


MARS 2017 - COMPTE-RENDU
POUR LA SOLIDARITÉ asbl • Rue Coenraels 66, B-1060 Bruxelles • T +32 2 535 06 88
www.pourlasolidarite.eu


Voir aussi : http://www.pourlasolidarite.eu/fr/project/bruxelles-lutter-contre-lauto-discrimination-des-femmes-immigrees

http://www.diversite-europe.eu/sites/default/files/cck-news-files/interiorisation_de_la_discrimination_et_emploi.pdf

http://www.diversite-europe.eu/sites/default/files/cck-news-files/guide_mentorat_beface.pdf

http://www.diversite-europe.eu/sites/default/files/cr-seminaire-autodiscrim-100317.pdf


Brux’Elles : lutter contre l’auto-discrimination des femmes immigrées Projet Novembre 2016

Engagé dans la lutte contre les discriminations, le Gouvernement bruxellois a inscrit les enjeux liés à la diversité au rang d’axe prioritaire de sa stratégie 2025. C’est dans ce cadre qu’un appel à projets innovants a été lancé : plus de 40 projets ont été déposés, 12 ont été sélectionnés. Brux’Elles, proposé par le consortium que coordonne POUR LA SOLIDARITÉ, en fait partie. 

Brux’Elles en bref

Les femmes immigrées, ou perçues comme telles, sont parmi les premières victimes de discrimination sur le marché du travail. Le projet Brux’Elles entend lutter contre cet état de fait en proposant un travail collectif de déconstruction des généralisations abusives, qu’il s’agisse des images que l’entreprise renvoit ou des stratégies mises en place par certaines femmes elles-mêmes (principe d’auto-discrimination lié au phénomène d’intériorisation).
Le projet vise ainsi trois objectifs stratégiques :
• La sensibilisation des entreprises au phénomène d’intériorisation de la discrimination ;
• La co-construction d’un outil à destination des associations de terrain pour lutter contre le phénomène ;
• L’évaluation du changement des comportements via un dispositif de testing de l’outil. Pour cela, un groupe de femmes bénéficiera d’un parcours de parrainage professionnel en étant accompagnées dans leur recherche d’emploi par des salarié-e-s d’entreprise.

Partenariat Brux’Elles
• BeFace – Réseau d’entreprises impliquées dans la lutte contre l’exclusion. 
• AWSA-Be - Asbl laïque et mixte militant pour la promotion des droits des femmes originaires du monde arabe.

• Maison des Femmes - Service de l’Asbl Lutte contre l’exclusion sociale à Molenbeek.
• ULB – Centre de Recherche en psychologie sociale et interculturelle.

Notes :

[1Ce projet s’inscrit dans la stratégie bruxelloise 2025 et plus précisément dans le plan d’action de lutte contre les discriminations lancé en 2016 par le ministre de l’emploi bruxellois Didier Gosuin.




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