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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Contrôler n’est pas évaluer... et inversement
Article mis en ligne le 3 juillet 2015
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Conviviale est la société où l’homme contrôle l’outil.
Ivan Illich,
Une société sans école.

Contrôle vient de contre-rôle. Le rôle, c’est la liste [1], le contre-rôle était la seconde liste, identique à la première, fournie au destinataire pour qu’il puisse vérifier que ce qui lui est livré est bien conforme à sa liste - de nos jours, c’est« un bordereau de livraison ». Le contrôle est donc toujours la comparaison d’un état donné avec une liste, un modèle, un gabarit. .. qui existent antérieurement à la comparaison.

De ce point de vue, il n’y a déjà donc aucune raison pour que ce qui va être contrôlé soit caché à celui qui est contrôlé, bien au contraire. Le modèle préexiste et il vaut mieux qu’il soit parfaitement connu du contrôlé - et éventuellement du contrôleur. En outre, si le modèle attendu est parfaitement clair, le « contrôlé » pourra s’y préparer, voire s’auto-contrôler. C’est ce que fait, par exemple, le pilote de l’avion ou l’automobiliste : ils vérifient les niveaux et autres points de sécurité de leur véhicule avant de s’envoler ou de prendre la route. Et je me réjouis qu’ils le fassent - surtout si je suis dans l’avion ou l’auto.

Mais une opération de comparaison, neutre en elle-même - mesurer les écarts par rapport à un modèle -, peut être utilisée de diverses manières. Pour « punir » le contrôlé, par exemple : c’est le contrôle sanction du contrôleur de train qui inflige une amende au voyageur sans billet ou celui du contrôle de fabrication qui élimine la pièce défectueuse [2]. Ou alors, à l’inverse, le contrôle aide à réussir : c’est la tour de contrôle, grâce à qui les avions atterrissent sans dommage. Ce n’est donc pas le contrôle en lui-même, mais seulement l’intention du contrôleur - quel qu’il soit - qui fait l’intérêt ou pas du contrôle.

Évaluer est formé du préfixe "é" et de *valuer - qui signifie donner une valeur, comme dans l’anglais to value. La valeur, ici, ne préexiste pas. Elle est élaborée au moment même de l’évaluation, comme cela se fait, par exemple, entre deux négociateurs. La différence fondamentale avec contrôler - où la valeur préexiste - est donc de taille. Dans l’évaluation, la valeur provient d’une estimation unipersonnelle (mais quel intérêt relationnel par la suite ?) ou résulte de plusieurs avis. Elle est, de toutes manières, arbitraire et contingente, donc évolutive - mais conventionnelle. Le préfixe « é » signifie, d’autre part, que cette valeur vient de l’intérieur et qu’elle a un caractère de complétude, de totalité [3] .

Le contrôle-sanction ayant mauvaise presse, l’école a recouvert allègrement le fait « contrôle » de l’étiquette « évaluation ». La plupart des « évaluations » scolaires ne sont, en effet, que des contrôles - puisque la bonne réponse, le modèle, préexistent au contrôle. Les vrais contrôles peuvent être aidants (tel celui de la tour de contrôle). À l’école, ils ne le sont pas. Et ce qu’on y appelle les « évaluations » sont des contrôles-sanctions. La liste préalable de ce qui est contrôlé n’est, le plus souvent, pas connue du contrôlé, voire lui est cachée. Enfin, le contrôlé est rarement l’auteur du contrôle. Qui contrôle ? Qui contrôle quoi ? Qui contrôle qui ? Qui contrôle le contrôleur ? Pour quoi ? Pourquoi ?

Quant à la notation [4], elle n’a rien à voir avec tout cela. Je peux noter sans contrôler et contrôler sans noter. Comme évaluer sans noter et noter sans évaluer. Noter est une opération arbitraire qui ne dépend que du choix des critères et du barème de réussite - lesquels ne dépendent que du notateur. [5]

Qu’est-ce que je fais d’autre, au fond, quand je dis que je contrôle ? Quand je note ? M’arrive-t-il d’évaluer vraiment ? Quoi et avec qui ?

Jean-Pierre Lepri

NB ; Le contrôle, comme la notation, sont bien souvent la manifestation d’un pouvoir du contrôleur-notateur sur un contrôlé-noté. Cette relation de pouvoir - dominant/dominé - sera notamment évoquée, avec la relation d’amour et la relation éducative pédagogique, lors de la 4e Rencontre du CREA, ayant pour thème général : Relations ... et éducations-formations.

Notes :

[1Ainsi, le « rôle » des impôts est la liste des imposables.

[2Toute ressemblance avec une situation scolaire serait due à la seule l’imagination du lecteur.

[3C’est la différence entre lever et élever, chauffer et échauffer...

[4Sur la notation à l’école, voir notamment André Antibi, La Constante macabre, Math’Adore et son Mouvement http://mclcm.free.fr/

[5À propos de la note, voir L’EA n° 25, Je note bien que... http://www.education-authentique.org/uploads/PDF_LEA/LEA_25.pdf, ainsi que Ken Blanchard, Les bonnes notes font les mauvaises personnes, disponible* au CREA, réf « BBN », 2 p




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