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Michel Simonis

Le point de vue de Abdelaziz Kacem, écrivain...
Article mis en ligne le 27 septembre 2015
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Le point de vue de Abdelaziz Kacem, écrivain et essayiste tunisien. [1]

A la suite de l’utilisation, par Manuel Valls, le 26 juin dernier (2015), du concept très controversé de « guerre de civilisation », l’intellectuel tunisien Abdelaziz Kacem lui adresse ici une lettre ouverte remarquable, par son style et par sa démonstration.

1 Juillet 2015

Monsieur le Premier ministre, Manuel Valls,
Deux jours après l’odieux attentat perpétré le vendredi 26 juin 2015 à Saint-Quentin-Fallavier, vous avez déclaré lors de l’émission "Le Grand Rendez-vous" d’Europe 1-Le Monde-iTÉLÉ :
« Nous ne pouvons pas perdre cette guerre parce que c’est au fond une guerre de civilisation. C’est notre société, notre civilisation, nos valeurs que nous défendons ». 

Vous avez eu l’honnêteté d’ajouter qu’il ne s’agit pas d’une « guerre entre l’Occident et l’islam", et que cette "bataille" se situe "aussi, au sein de l’islam. Entre d’un côté un islam aux valeurs humanistes, universelles et de l’autre un islamisme obscurantiste et totalitaire qui veut imposer sa vision à la société". Aux yeux de certains, ce n’est là qu’une précaution oratoire. 

Je ne vous chicanerai pas à propos de l’emploi de termes utilisés par les néoconservateurs ou l’extrême droite, voire par un Sarkozy ou un Berlusconi peu regardant quant à la sémantique. 

Il n’empêche. Vos auditeurs n’ont pu ne pas penser à Samuel Huntington. Son idée d’un choc des civilisations a été, depuis déjà vingt ans, débattue, combattue et finalement battue en brèche par des sages d’Occident et d’Orient. Rien n’y fait. Le sensé résiste mal au sensationnel. Et puis les gens ne lisent guère. 

Il convient donc de préciser qu’avec Daech, nous ne sommes pas en présence d’un projet de société et encore moins d’une idéologie. Certes, les terroristes, qui sont en train de sévir partout en terre d’islam et jusque chez vous, s’appuient sur un Coran hypothétique servant uniquement au blanchiment de leurs crimes, mais leur livre de référence, leur « bible », en quelque sorte, s’intitule Idârat al-tawahhuch, « Gestion de la sauvagerie ». Rien de moins. Il est attribué à un psychopathe égyptien, affilié à Al-Qaïda. Sa pensée croise la théorie du Chaos de Condoleezza Rice. 

Mais à la fin, les auteurs de l’attentat de Charlie-Hebdo ou de la Société Air Products, celui du Musée du Bardo ou du Port El Kantaoui à Sousse, en quoi diffèrent-ils d’un Occidental pur-sang, Anders Behring Breivik, responsable de l’attentat d’Oslo et de la fusillade de l’île d’Utoya, qui, le 22 juillet 2011, ont fait au total soixante-dix-sept victimes ? Tous les monstres sont parents et alliés dans la barbarie. Ils ont des liens du sang. 

Nous sommes donc loin, très loin du concept de civilisation. Lorsqu’un pays est attaqué par des zombies, des gangsters, des bandes armées, peut-on parler de choc de civilisation ? Par ailleurs, le terrorisme salafiste n’est une menace que pour l’islam. L’Europe n’en subit que des dommages collatéraux. Contre ceux qui s’y hasardent, elle n’a qu’à appliquer strictement la loi, toute la loi, rien que la loi. Or, l’Europe est lamentablement défaillante à cet égard. Les barbus habillés à l’afghane, les arrogantes niqabées et les commandos de la viande halal la narguent impunément. 

Continuer d’invoquer la civilisation, c’est faire trop d’honneur à ces hordes hirsutes et incultes issues dans leur totalité du wahhabisme saoudien. Il est affligeant de voir que les gens ont la mémoire courte. Ben Laden est saoudien, ainsi que la plupart des terroristes du 11 septembre 2001. En Arabie saoudite, le procès de Galilée est permanent. Quiconque y prétend que la terre est ronde et qu’elle tourne autour du soleil est un apostat et jugé comme tel. Les décapitations, les amputations et les châtiments corporels y sont hebdomadaires et publiques. 

Mais l’Arabie saoudite est un gros client et la défense des intérêts économiques, en temps de crise, prime sur celle des droits de l’homme. Cela ne fait que nous inciter davantage à agir au nom des valeurs dites occidentales pour que l’Europe cesse de donner l’impression de fermer aussi les yeux sur ceux qui tirent dans le dos des vaillants combattants qui luttent contre nos ennemis communs, les obscurantistes anthropophages en Syrie et en Irak. 

Parce que je fais partie des Arabes irradiés par les Lumières, j’en appelle, à travers vous, à la classe politique européenne, toutes tendances confondues : démarquez-vous des manigances des Qataris, des Saoudiens et des islamistes turcs prétendument modérés. Ils sont les pires complices du jihadisme le plus sanguinaire de tous les temps. Il y va de la crédibilité de l’Occident tout entier. 

Abdelaziz Kacem, écrivain et universitaire tunisien 

Notes :

[1Abdelaziz Kacem est né à Bennane (Tunisie) en 1933. Agrégé de l’Université, il a assumé de hautes responsabilités dans les secteurs de l’éducation, de la culture et de la communication. Il est l’auteur de plusieurs recueils de poésie et d’essais, notamment « Culture arabe/culture française : la parenté reniée », éd. L’Harmattan, 2002 et « Le voile est-il islamique ? », éd. Chèvre-Feuille Etoilée, Montpellier, 2004. Au titre de ses Grands Prix de 1998, l’Académie Française lui a décerné la Médaille de vermeil du rayonnement de la langue et de la littérature françaises. Dernier ouvrage paru, "Al-Andalous 711-2011. Vestiges d’une utopie", éd. Riveneuve, 2013.




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