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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Ces coopératives culturelles dans l’air du temps
Article mis en ligne le 27 février 2015
dernière modification le 3 juillet 2015
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Genappe, un rêve...

Marionnettiste de renommée internationale, fondateur du Tof Théâtre, Genappois, ou Chenapan comme on les appelle là-bas, Alain Moreau a toujours une marionnette en poche et trois projets sous la tringle.
Avec ses petites lunettes rondes, ses yeux malicieux et sa révolte ourdie, il cultive l’intranquillité comme d’autres, les blés. Pas étonnant, dès lors, qu’il s’inscrive dans ce mouvement de la transition qui est en marche. Et qui pour lui constitue une autre façon de proposer une offre culturelle cogérée par les citoyens eux-mêmes. Ils y investiraient du temps ou de l’argent.

Du lien social
"Cette façon d’aborder la culture peut aider à créer du lien social de manière à améliorer la qualité des relations humaines d’abord au niveau local. Le mouvement de la transition, c’est aller vers une société résiliente qui est basée sur un système de solidarité locale", nous dit Alain Moreau.
Croyant volontiers, à l’instar de Gandhi, que le pouvoir est en nous, il a toujours voulu rencontrer le voisin, transformer sa grange en salle de spectacle, organiser un festival de théâtre au cœur de Genappe. Aujourd’hui, il veut faire revivre le Monty, ancien cinéma de quartier Art déco pour y créer une salle de 230 mètres carrés mais aussi une librairie, une table d’hôtes bio, un "repair café", une donnerie et même, à terme, un pôle wallon de la marionnette. Un peu à l’instar de la Halte, cette coopérative de talents divers qui vient de voir le jour à Liège (cf. "La Libre" du 19 février).

Le village de la marionnette
Pour l’heure, on se faufile encore entre les vieux bancs, les décors, quelques marionnettes à taille humaine avant d’arriver dans une salle de répétition à peine chauffée par un poêle à pellets. Là trônent une maquette et des rêves pas si fous : "On entrerait par là. Il y aurait d’abord un librairie où les gens pourraient s’installer pour lire. Ici, il y aurait un bar à soupes. Puis on arriverait dans la salle d’une capacité de 250 places. J’imagine un café citoyen, du coworking pour les gens qui en ont assez de travailler seuls chez eux, là-haut, nos bureaux rénovés. Et puis, plus tard, sur le toit qui sera plat, une autre salle de travail et des appartements pour accueillir des artistes en résidence. Je voudrais m’inspirer de ce qui se passe à Latitude 50, pôle des arts du cirque et de la rue, à Marchin. Je veux faire venir l’international à Genappe qui deviendrait le village de la marionnette comme Redu est celui du livre. J’aimerais que le lieu soit riche et que les Chenapans en soient fiers", s’emballe Alain Moreau, en précisant que tous les travaux se feront dans le respect de l’environnement et dans l’esprit des constructions passives, bien entendu.

Une coopérative
La suite de la discussion se poursuit "Au milieu de nulle part", devant un savoureux bar aux chicons.(…)
"Côté budget, poursuit notre interlocuteur, on dispose de l’argent nécessaire pour la première phase des travaux. Pour la suite, les négociations sont entamées avec la Province et la commune de Genappe et nous allons rencontrer la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Région et l’Europe, un peu plus tard. En ce qui concerne le rachat du Monty, nous avons décidé d’arrêter d’attendre de l’aide pour que les choses changent. Nous sommes allés trouver une banque équitable et avons obtenu notre crédit. Je voudrais travailler avec les associations locales et que le Monty fonctionne sous forme de coopérative pour que les gens y investissent de l’argent, du temps et qu’ils s’approprient le lieu. Nous sommes l’initiateur du projet. Un jour, il vivra peut-être sans nous. C’est cela aussi, la transition."

Porte de Brandebourg, décembre 89

Enfant du terroir, Alain Moreau jouait déjà avec les marionnettes de son père dans sa chambre. Il a fondé le Tof Théâtre en 1987 à Genappe et crée des spectacles, tendres, drôles, engagés, trash ("Bistouri", "Dans l’atelier"), érotiques. On lui doit des bijoux tels que "Cabane", "Sur la dune", "Piccoli sentimenti"… Parcourant le monde, il a déjà joué dans 28 pays différents, dont le Vietnam ou l’Ukraine à l’époque où elle dépendait encore entièrement de la Russie. Il était à la porte de Brandebourg le 1er décembre 89 : "Ce soir-là, on n’a évidemment pas joué. Tout le monde était dans la rue. Je me souviens du bruit que les gens faisaient en cassant le mur. C’était incroyable. Il y avait un monde dingue, des embouteillages monstres. Je me souviens de toutes ces Trabant qui faisaient la file. On faisait 3 kilomètres en deux heures. On a sorti nos marionnettes et on jouait "Le tour du bloc" par la fenêtre du camion pour les autres qui étaient aussi à l’arrêt. Il faisait super beau. On savait qu’on vivait un moment historique." Plus connu à l’étranger que chez lui, Alain Moreau fait volontiers le grand écart entre l’international et le local. Aujourd’hui, il se passionne pour "sa" coopérative Monty : "Croire en ce projet, c’est croire en l’importance d’avoir une maison commune pour y créer du rêve, de la créativité, mais aussi du lien, de la solidarité et de la transformation sociale", nous envoie-t-il encore par texto à l’heure du bouclage.

Un million de révolutions tranquilles

Prix de l’environnement 2013, "Un million de révolutions tranquilles" (Bénédicte Manier, éd. "Les liens qui libèrent"), est "le" livre qu’Alain Moreau conseille à chacun d’avoir sur sa table de chevet. Résolument positif, l’ouvrage nous dit comment les citoyens changent le monde, sortent de la pauvreté, sauvent des entreprises, construisent des habitats coopératifs, écologiques et solidaires, ouvrent des cliniques gratuites et des ateliers de réparation citoyens. De l’Inde à nos contrées, en passant par l’Amérique du Sud. Qu’il s’agisse de la coopérative Lijjiat en Inde qui emploie 42 000 femmes rurales, des "amunas" au Pérou, réservoirs de récupération des pluies qui datent des Incas et dans lesquels l’eau s’infiltre en altitude pour ressortir purifiée en aval, des collecteurs sur les toits en Afrique ou des coopératives de femmes au Maroc qui assurent la production d’huile d’argan, les exemples sont légion. L’auto-organisation souvent décrite ici se base sur un système d’entraide mutuelle des Incas, "ayni", qui repose sur le principe de réciprocité : "hoy por ti, manana por mi" (aujourd’hui pour toi, demain pour moi). A Genappe, il existe différentes initiatives citoyennes qui vont dans ce sens : le Sel (service d’échange local), la Ruche qui dit oui, le potager collectif, le Gac (groupement d’achat commun), les Incroyables Comestibles, la Donnerie, le festival bio-acoustique "L’amour en vers"… mais celles-ci sont dispersées et n’ont pas de liens entre elles. L’idée serait de mettre leurs forces en commun, et de créer une dynamique pour générer du changement.

Genappe, le 27 févier à 19h, apéro rencontre pour exposer des pistes de réflexion au Coop Monty (58 rue de Charleroi), en présence de l’architecte. Infos : 067.34.14.30 - info@toftheatre.be ou www.lemonty.be

Rencontre LAURENCE BERTELS, publiée dans La Libre le mercredi 25 février 2015.

Tof camion : ottokar sur la route du théâtre
Voir le post-scriptum

Voir aussi l’article

P.S. :

Le semi-remorque du Tof Théâtre a été réaménagé pour ce spectacle ambulant qui parle des migrants. Avec ses pendrillons et sa chaufferette, il ressemble à une vraie salle de théâtre.
Les enfants ont aimé mais ne savent pas pourquoi. Venus au marché avec leur grand-mère, leur grand-père ou leurs parents, ils ne s’attendaient pas à voir un spectacle mais ils se sont laissé tenter par l’expérience. Et ne le regrettent pas. Les adultes sont admiratifs.
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