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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Cheikh Khaled Bentounes : « Non à la haine et à la monstruosité »
Article mis en ligne le 2 octobre 2014
dernière modification le 5 octobre 2014
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« Nous devons mettre fin à l’horreur et à la barbarie » a déclaré ce vendredi Cheikh Khaled Bentounes, le leader spirituel de l’Association Internationale Soufie Alâwiyya [1] à propos de l’assassinat inqualifiable de Hervé Gourdel.

« Cette folie meurtrière n’a rien à voir avec les préceptes de l’Islam dont ils se réclament. Ils instrumentalisent l’Islam pour servir une idéologie politique qui vise à conquérir des territoires et coloniser les esprits par la terreur. Quoi qu’ils en disent, l’Islam a toujours été et restera toujours une religion de paix et d’amour. Nous devons agir, chacun d’entre nous, pour substituer cette culture de la peur et de la haine par une véritable culture de paix. »

La manifestation de Paris : un appel à la solidarité

Cheikh Khaled Bentounes a participé à la manifestation qui s’est tenue ce vendredi à Paris à la Grande Mosquée de Paris. Il appelle tous les musulmans à s’unir et agir pour créer cette culture de paix dont l’humanité tout entière a maintenant un urgent besoin.

« Il est impératif que l’humain en nous triomphe de la monstruosité, de l’inhumain qui habite certains d’entre nous. Nous sommes pour la vie, ils sont pour la mort. Nous sommes pour la paix, ils sont pour la guerre. Nous sommes pour le Mieux vivre ensemble, ils sont pour l’Apocalypse. Nous sommes pour la fraternité, ils sont pour la haine.

« Hommes, femmes, de toutes religions et de toutes cultures, levons-nous pour construire une société juste et fraternelle où l’humain triomphe de l’inhumain. » a clamé le Cheikh.

« A tous ces crimes en Irak, en Syrie, en Libye, à ce crime horrible de trop en Algérie, sans oublier l’interminable conflit israélo-palestinien, véritable cancer du Moyen-Orient, notre réponse sera notre mobilisation pour que la paix et l’amour l’emportent sur la peur et la haine. Il ne faut pas baisser les bras devant les idéologies meurtrières et inhumaines ! Nous sommes pour un monde rassembleur. Rejoignez-nous ! L’humanité a besoin de chacun d’entre nous pour créer une véritable culture de paix » martèle le guide spirituel du mouvement soufi Alâwiyya .

Le Congrès International Féminin pour une Culture de Paix

Cheikh Khaled Bentounes a aussi confirmé la tenue du Congrès International Féminin pour une Culture de Paix qui se tiendra du 27 octobre au 2 novembre 2014 à Oran, en Algérie, malgré la récente et macabre actualité. « Ce congrès prend encore plus d’importance maintenant, après ce crime. Nous avions choisi de tenir cette première mondiale en Algérie, un pays musulman qui a déjà tant souffert de l’intransigeance religieuse. Aujourd’hui, il peut être au cœur d’une culture plus juste et équitable pour toutes et tous. Les derniers événements nous démontrent que nous devons tout mettre en œuvre pour que les valeurs qui animent cette culture de paix puissent occuper un véritable espace dans nos consciences et nos sociétés. Ces valeurs, souvent associées au féminin, doivent impérativement être enseignées au sein de nos familles, de nos écoles, afin de ne jamais reproduire l’horreur vécue aujourd’hui. »

Présente dans plusieurs pays du monde, « AISA ONG Internationale » est une organisation spirituelle ayant le « statut consultatif spécial » auprès du Conseil Économique et Social de l’ONU. AISA contribue par les questions spirituelles et éthiques à la promotion et à la consolidation du Vivre ensemble entre les civilisations et les religions. Elle œuvre pour faciliter la compréhension des principes d‘égalité des genres, de non-discrimination, de progrès social et culturel de l’humanité, promouvoir une culture de paix et de lutte contre la pauvreté. Elle favorise la coopération culturelle, la fraternité et la compréhension réciproque des religions et spiritualités humaines. Elle veut faire obstacle au fondamentalisme, aux guerres religieuses afin de créer un monde plus juste et plus solidaire au service de l’humanité.

Source de l’article : Algérie1.com
Par Khidr Omar | 26/09/2014

http://www.algerie1.com/actualite/cheikh-khaled-bentounes-non-a-la-haine-et-a-la-monstruosite/


Le 14 août 2014, le Cheikh Bentounes a reçu ce message du Pape François : "Le Saint-Père vous encourage dans votre engagement au service du dialogue et de la paix, dans un esprit de vérité et de fraternité. Il a pris connaissance avec intérêt du projet de « Congrès International féminin pour une culture de paix, parole aux femmes, organisé prochainement à Oran par votre association Soufie Alâwiyya, en vue de contribuer à construire une culture de paix en faveur du mieux vivre ensemble.
Vous assurant de la prière du Saint-Père pour que Dieu vous accorde l’abondance de ses Bénédictions, je vous prie de croire, Monsieur, à mes sentiments cordiaux et dévoués."


C’est que ce prochain Congrès est un événement particulièrement important et significatif en ce moment de grande tension intra-islamique.
Dans un texte sur l’excellence auquel je me réfère - (dans "Thérapie de l’âme" (Éd. Koutoubia, 2009, 220 p.), Khaled Bentounès écrit :

"La recherche de l’excellence implique un autre rapport à la loi qui ne se borne pas à un légalisme routinier et borné. Certains croient que la religion est un catalogue de règles et d’interdits à partir duquel on peut juger infailliblement les hommes et le monde : ceux-là finissent toujours par tout condamner ici-bas et à voir le mal partout. Celui qui vit sa foi de cette manière est dans un état de souffrance terrible. N’est-ce pas le cas de la majorité de ceux qui se réclament d’une religion lorsqu’ils la pratiquent sous le seul rapport de la loi ?
(...)
À son origine, le message véhiculé par la loi divine est à la fois simple et dépourvu de toute altération. Puis, progressivement, les hommes à travers leurs polémiques, les enjeux de pouvoir et leurs rivalités vont dénaturer sa pureté originelle. De nouveaux courants religieux vont naître et se disputer, chacun à leur tour, la vérité du message. Nous finissons par oublier qu’initialement la religion était une et fidèle au message primordial, elle ne s’adressait pas alors à une communauté précise, mais à l’homme en général. C’est ce qu’exprime Hallâj dans cet extrait de son Diwân :

"J’ai réfléchi sur les dénominations confessionnelles, faisant effort pour les comprendre, et je les considère comme un Principe unique à ramifications nombreuses.

Ne demande donc pas à un homme d’adopter telle dénomination confessionnelle, car cela l’écarterait du Principe fondamental, et certes c’est le Principe Lui-même qui doit venir le chercher, Lui en qui s’élucident routes les grandeurs et toutes les significations ; et l’homme, alors, comprendra."

(Cité in Eva de Vitray-Meyerovirch, Anthologie du soufisme, Albin Michel, Paris, 1995, p. 264.)

(...)
"Les lois instituées par les différentes écoles (quatre écoles fondamentales dans l’orthodoxie sunnite, et, dans le chiisme, une multitude : les Ismaéliens, les duodécimains, les Syriens alaouites, les zaydites du Yémen, etc.) relèvent d’une interprétation propre à chacune d’entre elles, sans jamais remette en question l’esprit des recommandations clairement énoncées à tous par le Coran. Nous ne pouvons pas en dire autant des interprétations qu’en donnent les islamistes lorsqu’ils subvertissent les principes fondamentaux de leur religion. Ces derniers voient dans la foi, le premier principe ; dans la loi, le second ; quant à l’excellence, ils n’en parlent que très rarement. C’est pourquoi nous pouvons dire qu’ils inversent insidieusement le processus du cheminement spirituel."

L’état d’excellence dans le soufisme

Dans l’état d’excellence, l’âme pacifiée rejoint l’unité et vit dans cette unité. Cet état de paix ne connaît ni châtiment ni récompense, ni crainte ni espérance, il se caractérise par un détachement total. L’âme ne vit plus sous le mode de la dualité dans un tiraillement intérieur incessant. Elle a retrouvé en elle-même son point d’équilibre qui la met à égale distance de toute chose. (...)

Cet état ne relève pas des normes ou des lois qui régissent l’aspect extérieur d’une religion mais d’une réalité vécue, d’une règle de vie inscrite au plus profond de la conscience.

Comme il est habituel dans les paraboles des sages soufis, il y a de la provocation destinée à déstabiliser le croyant. La parabole de Râbi’ a al-’Adawiya, qui met en scène l’excellence portant d’une main un seau d’eau pour éteindre les flammes de l’enfer et de l’autre un fagot de bois pour mettre le feu au paradis, prend désormais tout son sens : l’état d’excellence se trouve dans l’unité de l’être, par-delà les différentes formes de dualisme dans lesquelles l’esprit humain s’enferme.
Cet état n’a plus besoin ni de l’enfer ni du paradis pour être réalisé.

Alors que la loi nous fait vivre dans la crainte d’un châtiment divin si nous désobéissons, la foi repose sur la promesse de l’obtention de l’état paradisiaque ou du salut à tous ceux qui se sont bien conduits au regard de la religion. La foi nous encourage à faire de bonnes actions afin que Dieu nous récompense.

Dans l’état d’excellence, on ne recherche plus la récompense.

C’est ce qui m’avait le plus interpellé à Mostaganem, lors de ma participation à la rencontre soufie Al Alawiya, lorsque le conducteur qui me véhiculait bénévolement avec sa voiture m’a un jour répondu, alors que je le remerciais : "Je ne recherche pas de reconnaissance. Dans ce que je fais, je cherche seulement à exceller comme Dieu est excellent envers moi."

L’excellence ne se manifeste pas seulement dans la qualité relationnelle que l’être noue avec son divin, elle est aussi dans la qualité des rapports qu’entretient un être avec les autres.

L’excellence devient le centre des premiers cercles, la loi et la foi. Ces premières étapes du cheminement spirituel ne sont pas pour autant abolis, mais l’excellence va les revivifier "car nous en comprenons désormais le sens caché et subtil. Ce n’est pas parce que nous sommes dans l’état d’excellence que l’état correspondant à la loi va s’annihiler ; celui-ci va, au contraire, recouvrer toute sa densité spirituelle."

Celui qui a atteint l’état d’excellence est au-delà de la foi, il est dans la vision, dans la certitude absolue. Il fait l’expérience de la béatitude dont parlent les saints et les sages lorsqu’ils ne sont plus prisonniers de leurs voiles." [2]

Khaled Bentounès, dans "Thérapie de l’âme". [3]

Cela nous concerne-t-il ?

Bien sûr que oui. Pour au moins deux raisons.

La première est toute simple. Comprendre avec un peu plus de nuance de quoi il s’agit quand on parle de l’Islam, c’est ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, éviter de faire des amalgames. Dans sa carte du monde personnelle, dans ses conversations et dans ses prises de positions, pouvoir reconnaître et souligner la beauté de l’Islam sans omettre d’en rejeter et de faire la chasse aux déviances. Ceci a aussi une implication politique, et doit pouvoir colorer nos rapports avec nos responsables politiques.

La seconde est plus difficile. Que l’on soit croyant ou non, chrétien ou athée, que l’on considère qu’un chemin spirituel fait partie de notre évolution humaine ou qu’on soit simplement sensible à la dimension intérieure de la vie culturelle, de notre rapport à la nature et de nos relations humaines, on ne manquera pas d’entendre le message de Khaled Bentounès comme une invitation à "contribuer à construire une culture de paix en faveur du mieux vivre ensemble." pour reprendre les mots du pape François.

Voir aussi les articles paru sur ce thème dans le site de l’arcenciel, et en particulier cet article.

Notes :

[1AISA ONG Internationale - Présente dans plusieurs pays du monde, « AISA ONG Internationale » est une organisation spirituelle ayant le « statut consultatif spécial » auprès du Conseil Économique et Social de l’ONU. AISA contribue par les questions spirituelles et éthiques à la promotion et à la consolidation du Vivre ensemble entre les civilisations et les religions. Elle œuvre pour faciliter la compréhension des principes d‘égalité des genres, de non-discrimination, de progrès social et culturel de l’humanité, promouvoir une culture de paix et de lutte contre la pauvreté. Elle favorise la coopération culturelle, la fraternité et la compréhension réciproque des religions et spiritualités humaines. Elle veut faire obstacle au fondamentalisme, aux guerres religieuses afin de créer un monde plus juste et plus solidaire au service de l’humanité.

[2A propos de voile, j’aime rappeler cette phrase de Khaled Bentounès à Mostaganem : "L’important n’est pas le voile qu’on a sur la tête, mais les voiles qu’on a dans la tête".

[3D’après l’opinion de Marie-Odile Delacour, journaliste et écrivaine, "C’est sans doute la première fois dans l’histoire de l’islam qu’une autorité spirituelle invite les soignants de l’âme que sont les psychologues ou les psychanalystes à replacer la dimension du sacré dans leur travail d’écoute."




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