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Michel Simonis

"Féministes islamiques"... ça existe ?
Article mis en ligne le 1er avril 2011
dernière modification le 28 septembre 2012
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4. "Il faut reconnaître aux autres qu’elles peuvent s’émanciper en suivant des voies qui leur sont propres."

Entretien de Jean Vogel
avec Ouardia DERRICHE
(Extraits)

JV : Dans le monde culturel francophone, chez une partie des" féministes historiques ", la notion même de... féministes islamiques" semble inconcevable...

OD : Les premières fois que j’ai entendu parler de femmes inscrites dans ce créneau, elles m’ont paru comme des groupies, des intégristes, qui montraient un visage féminin (pas féministe) pour donner un visage un peu plus présentable à l’idéologie des intégristes. Mais du côté des Occidentales, j’ai toujours été révulsée par leur" religiophobie ", une méfiance devant tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à de la spiritualité. Le fait qu’il s’agisse de femmes, s’accompagne aussi de misogynie, de mépris.

Les féministes islamiques étant des femmes qui vivent ou survivent dans des Univers majoritairement musulmans, j’al trouvé ensuite que c’était une bonne chose, pour agir sans se couper du monde dont elles étalent originaires, de partir de ce qu’elles avaient en commun avec leurs compatriotes. Ii faut se rappeler que là-bas tu es d’un seul mouvement un individu, un citoyen d’une certaine nationalité mais aussi un musulman. Tu n’as pas le droit de dire "moi, je refuse l’islamité ". Si ces femmes veulent agir sur d’autres femmes et surtout que leur action puisse déboucher sur des changements structurels, il paraît plus réaliste de partir de ce quelles ont en commun avec les autres, en l’occurrence leur commune islamité. A ce niveau, on peut d’ailleurs se contenter de partir des mêmes référents, sans être soi-même croyante. Mais ici, ce qui était neuf, c’est que ces femmes avaient elles-mêmes la foi tout en affirmant la prétention de relire elles-mêmes les textes sacrés et d’en faire une lecture nouvelle, en rupture avec la misogynie et le conservatisme, qui sont l’une des causes de ce que, dans le monde musulman, les femmes ont un statut particulièrement bas. C’est un beau défi et je pense que la réforme de la Mudawana au Maroc est un des acquis de ce genre de démarche. Tant que les féministes maghrébines avaient tablé sur un combat en-dehors du religieux, leur impact était limité. Lorsqu’elles ont fait ce retournement au Maroc (à la différence de l’Algérie et de la Tunisie), le succès a suivi. Pour la première fois, on a utilisé un texte "religieux" comme base d’une véritable réforme profane. Du point de vue symbolique, le fait d’avoir altéré un texte religieux a consacré sa désacralisation. C’est dû au fait que les féministes marocaines ont travaillé main dans la main avec des féministes musulmanes, même si celles-ci ne s’appelaient pas comme ça. C’est aussi à partir de là que se sont créés des réseaux entre féministes du pays et des femmes de la diaspora qui disposaient des outils notamment intellectuels du mouvement des femmes en Occident.

JV : Est-ce qu’une démarche fondée sur un référent religieux n’est pas condamnée à laisser certaines questions dans la pénombre ? Je pense par exemple à l’IVG.

OD : On ne fait pas assez confiance aux capacités d’adaptation de ces sociétés, y compris aux capacités d’adaptation des personnes investies du pouvoir de dire le religieux. D’où l’importance de ce phénomène tout nouveau qu’il commence à y avoir des femmes qui prennent ce pouvoir. Dès lors, indiquer
à l’avance la présence de "lignes rouges" qui ne pourront être franchies à partir de l’histoire de l’Occident ne me semble pas très opérationnel. Ces femmes ne sont pas des réactionnaires, elles partent du réel - de leur réel - pour lui imprimer des avancées. Il me semble qu’elles ont plus de chances de réussir qu’en apportant par en-haut des choses qui ne correspondent pas au réel des gens. Il y a des greffes qui ne prennent pas..., elles ne correspondent pas à ce qu’il y a dans la tête des principales concernées. Alors que, quand on leur parle à partir de référents communs, de justice, d’équité, de respect de la personne humaine, là elles entendent et elles peuvent accompagner.
(...)

Mon expérience avec beaucoup d’occidentales - en gros - c’est qu’elles jugeaient avoir tout à m’apprendre mais rien à apprendre, que la seule façon de s’émanciper, c’était la leur. Mais il faut toujours se rappeler qu’on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux. Si on est vraiment féministe et progressiste, il faut travailler ensemble avec ces femmes, s’entraider à avancer ensemble vers notre émancipation commune, en tenant compte des lourdeurs qui se trouvent ici ou là, et sans imposer aux unes aux autres des choix qui nous sont dictés par nos spécificités respectives. Sinon, c’est du paternalisme tout simplement.
J’irai même plus loin. (De cette façon), on leur rend la tâche encore plus difficile et on devient objectivement complice de ceux qui maintiennent l’ordre machiste et patriarcal.

"Moi, pour rien au monde, je ne porterais le foulard, mais je ne comprends pas ces gens qui voient rouge dès qu’ils en croisent un."

(...) Quoi qu’il en soit, cette présence de féministes islamiques dans les lieux de réislamisation bouleverse les rapports de genre et de sexes, même si la finalité est la promotion de l’islam idéologique. En terre d’Islam, la différence peut se formuler ainsi : les féministes musulmanes utilisent la religion pour promouvoir l’égalité des sexes, les féministes islamiques utilisent l’égalité pour promouvoir l’Islam. C’est une vision un peu tranchée pour faire ressortir leur différence, ce qui ne veut pas dire que des adhérentes à l’un ou l’autre groupe n’aient pas des positions beaucoup plus nuancées.

Propos recueillis par Jean VOGEL




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