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Michel Simonis

Le réveil du soufisme
Article mis en ligne le 12 octobre 2010
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Un islam spirituel, libre et responsable.

Le Temps - Monde (Genève) - Jeudi 7 octobre 2010

Interview de Khaled Bentounès, guide spirituel de la confrérie soufie Alâwiyya, qui fêtait son 100ème anniversaire l’été dernier à Mostaganem en Algérie.

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Le réveil du soufisme

Patricia Briel

Les soufis sortent du bois.

Ces 9 et 10 octobre, un grand congrès  [1] a eu lieu à Genève sur le courant mystique de l’islam. Encore méconnue du grand public, cette spiritualité est actuellement en pleine renaissance dans de nombreux pays musulmans, et en expansion en Europe. Patronné par des personnalités religieuses et politiques de Suisse et de France, le congrès a pour but de casser les clichés sur l’islam avec une série de conférences et d’ateliers sur différents thèmes, comme la mondialisation ou l’écologie. Il s’agit de montrer le visage d’« un islam spirituel libre et responsable »

Le congrès s’est déroulé en présence du cheikh Khaled Bentounes, guide spirituel de la confrérie soufie Alâwiyya. Né à Mostagnanem en Algérie en 1949, il est considéré aujourd’hui comme une des figures les plus éminentes du soufisme. Condamnant toute forme de violence, adogmatique et proclamant des valeurs universelles, le soufisme est « le cœur de l’islam », selon Khaled Bentounes.

- Le Temps : Quelle est votre définition du soufisme ?

Khaled Bentounes : Le soufisme est une nourriture spirituelle destinée à éveiller la conscience humaine. Il repose sur des valeurs humanistes et universelles comme la fraternité, l’altruisme et la générosité. Il nous rappelle que le sens de la pratique religieuse est d’abord un remède pour l’homme malade. Prier, méditer, chanter, c’est la thérapie de l’âme. Dans le soufisme, on ne trouve ni juridisme, ni dogmatisme, ni littéralisme. Le soufisme considère que personne n’a le monopole de la vérité. Il y a autant de chemins que d’êtres humains sur la terre. La diversité religieuse est une richesse. L’autre est mon miroir, il m’est nécessaire.

– Quelle est la place du soufisme aujourd’hui dans le monde ?musulman ?

Le soufisme a toujours été la moelle épinière de la tradition musulmane. Mais le nationalisme l’a marginalisé pendant longtemps. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le soufisme a été plus ou moins considéré par certains intellectuels musulmans comme quelque chose de dépassé. Ils y voyaient une spiritualité qui invitait l’homme à vivre loin des préoccupations du monde. A l’époque, on se souciait surtout d’indépendance et de souveraineté. Cela a coïncidé avec la naissance du wahhabisme et du salafisme.

Après avoir obtenu leur indépendance, beaucoup d’Etats ont fait de l’islam leur religion. L’islam s’est étatisé. La révolution iranienne a engendré un réveil islamique dans lequel les Frères musulmans ont joué un rôle important. Au nationalisme a succédé l’islamisme. L’Arabie saoudite et l’Iran se sont disputé le leadership du monde musulman. Ces Etats ont joué un jeu dangereux en finançant les mouvements islamistes et salafistes, dont le but essentiel était le djihad. L’Occident a aussi participé à leur essor lors de la guerre de l’Afghanistan contre la Russie. Une fois cette guerre terminée, les jeunes sont rentrés chez eux avec cette idéologie jihadiste.

Aujourd’hui, les pays musulmans cherchent une alternative. On assiste à un réveil du soufisme, qui se manifeste par de nombreuses recherches intellectuelles, universitaires et spirituelles. Une grande prise de conscience a lieu, qui conduit à retrouver l’essence de cette spiritualité en la dégageant de l’écorce des coutumes et des traditions qui l’ont alourdie. Le défi est de la rendre compatible avec le monde moderne sans tomber dans une spiritualité mielleuse.

En Europe, la tradition soufie est respectée. On n’a jamais autant écrit sur le soufisme. L’inquiétude face à un islam violent pousse les musulmans et les non-musulmans à chercher un chemin de compréhension à travers cette tradition. Cela dit, il faut aussi remarquer que la spiritualité est un phénomène de mode. Pour certains, elle est une échappatoire qui permet de ne pas regarder la réalité en face. Or le soufisme n’est pas un voyage d’agrément. Il ?invite à un combat permanent contre l’ego distordu afin d’améliorer notre façon de penser, de parler et d’agir.

– Cette renaissance du soufisme est-elle due à un certain ?essoufflement de l’islamisme ?

L’islamisme a débouché sur un vide. On s’aperçoit qu’il n’a pas de projet, qu’il est dans l’illusion totale. Il interprète l’islam d’une manière moyenâgeuse. Les musulmans sont désorientés. Avec la mondialisation, l’islam est devenu un bricolage. Sa diversité a été ramenée à une religion normative, coupée de la réalité de l’époque dans laquelle on vit. Dans cette perspective, le choc des civilisations n’est pas un mythe. On veut qu’il devienne réalité. Mais c’est d’abord un choc des ignorances.

Néanmoins, le courant islamiste pose une question essentielle à tout le monde : quel est l’avenir de la communauté humaine ? Va-t-elle vers une incompréhension de plus en plus dramatique ? Sommes-nous capables de donner du sens à l’être humain aujourd’hui ? Car il faut bien admettre que les inégalités Nord-Sud, le matérialisme, la société de consommation vident de plus en plus le sens de notre propre humanité. L’extrémisme religieux peut être utile en cela qu’il peut nous amener à une nouvelle manière de voir le monde.

– Dans un de vos livres, vous dites des islamistes qu’ils subvertissent les principes fondamentaux de l’islam et qu’ils inversent insidieusement le processus de cheminement spirituel. Pourquoi ?

Le message de l’islam est avant tout un message spirituel. Il repose sur trois piliers : la loi, la foi et l’excellence. Mais l’islamisme s’appuie uniquement sur le premier. Pour ce courant, tout est basé sur la loi. Il ignore la foi, qu’il faut distinguer de la croyance. La croyance est un héritage. La foi, on ne peut l’acquérir que par soi-même, par une conviction intime. L’islamisme ignore aussi l’excellence, déterminée par le rapport qu’on entretient avec autrui. Pour ce courant, tout est dans le culte, le littéral et le juridisme. Ainsi, il a fait du djihad la guerre sainte, ce qui est une absurdité. En effet, d jihad signifie traditionnellement l’effort à accomplir sur soi-même pour se soustraire à l’ego.

– Que faire des versets violents du Coran, sur lesquels se basent les extrémistes pour justifier leurs actes criminels ?

Il faut ramener le Coran à son contexte. C’est déraisonner que de l’interpréter littéralement. La lecture littérale est dangereuse, car elle abolit l’esprit et la raison. Les extrémistes pensent que nous vivons dans la fin des temps, ils ressentent l’appel de l’au-delà, ils veulent rejoindre le paradis au plus vite pour être auprès des houris. Mais c’est ici qu’il faut construire le paradis. Les houris, ce sont nos enfants, nos parents, nos amis.

– Quel est votre regard sur la charia ?

La charia est faite pour harmoniser la société, pas pour l’emprisonner. Elle est destinée à améliorer la justice et les droits des personnes. Les premiers musulmans préconisaient toujours la raison. Ils sont même allés chercher des lois dans le droit canonique byzantin. Nous sommes au XXIe siècle, et la charia peut aussi s’inspirer des règles et des lois de notre époque.

– Mais la charia prévoit des peines corporelles comme la lapidation…

Il est nécessaire de replacer la charia dans le contexte historique qui l’a vu naître. Aujourd’hui, ce type de sanctions est en décalage avec les lois humaines. Pourquoi alors ne pas remettre l’esclavage au goût du jour, puisqu’il est légitimé par la charia ? Il faut revenir à la raison. L’islam est miséricordieux dans son essence.

– La Belgique et la France ont interdit le port de la burqa dans l’espace public. Quelle est votre position à ce sujet ?

La burqa tout comme le hidjab, d’ailleurs, sont devenus des signes de ralliement à la mouvance islamiste. Ces vêtements n’ont rien à voir avec la religion. Là aussi, nous sommes dans la subversion de l’islam.

Cela dit, le fait d’interdire le port de la burqa ou du hidjab renforce à mon avis le communautarisme. On entretient ainsi le mythe d’une communauté musulmane unique et séparée du reste de la société.

– Avez-vous été choqué par le résultat du vote sur les minarets en Suisse ?

Pas du tout. Ce vote permet de revenir à l’histoire. La première mosquée dotée d’un minaret était celle de Damas. Il s’agissait à l’origine d’une basilique. Pour ne pas détruire le clocher, les musulmans en ont fait un minaret. C’est ainsi qu’a débuté l’histoire des minarets. La toute première mosquée n’en avait pas.

Notes :

[1Un islam spirituel libre et responsable, Geneva Palexpo, Centre de congrès (Halle 1), 9-10 octobre. Rens.www.aisa-suisse.ch




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