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Michel Simonis

Mograbi rêve d’un autre Israël
Article mis en ligne le 11 décembre 2014
dernière modification le 11 décembre 2016
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Le passage à Bruxelles d’Avi Mograbi pour l’avant-première de son film "Dans un jardin, je suis entré", a été l’occasion de replonger dans l’univers, à la frontière du documentaire et de la fiction, du cinéaste israélien, qui propose une vision très critique de la société israélienne.


Dans "Dans un jardin, je suis entré", sorti en France en 2012 déjà, Mograbi et son ami Ali Al-Azhari discutent du passé du Proche-Orient, des années 1930, où les différentes cultures cohabitaient pacifiquement. "Ali est un Palestinien du village de Saffuriyya, tout près de Nazareth, en Galilée. En 1948, quelques mois après sa naissance, sa famille a été expulsée et a perdu tous ses biens. Depuis, c’est un réfugié dans son propre pays , nous expliquait Avi Mograbi jeudi. Ali a grandi près de Nazareth et a déménagé à Tel Aviv pour aller à l’université. Puis il a rejoint une organisation politique radicale, Matzpen, qui comprenait des juifs et des Palestiniens et proposait un Etat démocratique et non juif pour les deux peuples. Ali a été très actif pendant de très nombreuses années et c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés, lors de manifestations. Au début des années 90, quand j’ai fait mon premier documentaire, il a traduit les parties en arabe pour moi. Et dans les années 2000, il est devenu mon professeur d’arabe…"

De la fiction à la réflexion

Comme souvent chez Mograbi, on assiste dans son dernier opus au film en train de se faire. Le point de départ, c’était l’envie de raconter l’histoire du cousin du père du cinéaste qui, malgré la création de l’Etat d’Israël, a continué à voyager entre Beyrouth et Tel Aviv… "Même si je ne savais pas vraiment quelles étaient ses motivations, j’étais fasciné par cet homme incapable d’accepter les nouvelles règles, qui continuait à vivre dans une région ouverte même si celle-ci était déjà coupée par des frontières."
Très vite cependant, "Dans un jardin…" laisse l’oncle Marcel en cours de route pour se recentrer sur la vie d’Avi et d’Ali… "Quand j’ai invité Ali, je ne lui ai pas dit de quoi il s’agissait, juste que je voulais faire un film avec lui. Je lui ai dit que je voulais le filmer pendant que je lui racontais l’histoire du film que je voulais faire. Je connaissais sa spontanéité et je savais que c’était un incroyable conteur et un acteur frustré… On n’est jamais arrivé jusqu’à l’histoire de Marcel. Je me suis rendu compte qu’on racontait la même histoire, les mêmes idées, d’une façon différente. Je suis très heureux de ce qui s’est passé entre nous."

De la colère à la résignation

"Pour un seul de mes deux yeux", "Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon", "Z32"… Les films précédents de Mograbi étaient des brûlots marqués par la rage. Ici, le cinéaste filme un dialogue entre un juif et un Palestinien à la fois désabusé et porteur d’espoir… "Mes films précédents partaient de la colère, de la volonté de changer la réalité. De façon étrange, ce film est une échappatoire. Il essaye de s’évader de la triste réalité. Je ne crois pas qu’il soit nostalgique. Le passé est le passé. Ce qu’on fait avec le passé, c’est de s’en servir comme leçon, comme une source d’énergie pour le futur."

Il y a un siècle en effet, le grand-père juif d’Avi Mograbi pouvait vivre à l’arabe à Beyrouth, appartenir pleinement à cette culture. Chose impossible aujourd’hui… "Etre juif aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, c’est souvent s’identifier avec Israël en tant qu’entité nationale. Cela signifie que c’est très difficile pour les juifs de vivre dans les pays arabes, qui rejettent la politique d’Israël."

La tentation de l’exil

Homme engagé, Avi Mograbi se désole de la déroute de la gauche israélienne, dont il rend responsable l’ancien Premier ministre Ehud Barak qui, après l’échec des discussions avec Arafat en 2001, a déclaré qu’il n’y avait pas de partenaire palestinien. Pour le cinéaste, la vie est devenue difficile au sein d’une société israélienne dans laquelle il ne se reconnaît plus. "C’est dur. Surtout durant l’été qu’on vient de vivre. Il y a toujours la question : quand la ligne métaphorique, qui fait qu’il existe une place pour vous dans la société, est-elle franchie ? Je ne peux pas vous dire qu’elle a été franchie et que je ne peux plus vivre en Israël parce que la vérité, c’est que je vis là et que je n’ai pas de projet de partir. Mais la question est dans l’air. Après avoir vu les dernières attaques sur Gaza, les dévastations, les meurtres, vous vous demandez jusqu’à quel point vous pouvez vous identifier à cet Etat et dans quelle mesure vous acceptez d’en faire partie."

Et ce ne sont pas les gros yeux faits par l’Onu ou les Etats-Unis à Israël qui pourraient changer les choses, selon Mograbi. "Je ne crois pas que la majorité de la population juive ait été impressionnée par les pertes à Gaza. Sinon, le mouvement de protestation aurait été plus important. En 1982, les massacres de Sabra et Chatila ont fait descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue. Ici, on n’a pas vu grand-chose… Pas de bonnes nouvelles donc…"

"Dans un jardin, je suis entré"
Une rétrospective Mograbi (6 films), a eu lieu du 24/9/ au 19/10 /2015 au Cinéma Nova à Bruxelles.

HEYRENDT HUBERT, Publié dans La Libre le mardi 23 septembre 2014




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