3.4 Les familles et les jeunes des quartiers populaires se sentent abandonnés.

3. Impacts - 4 familles et quartiers populaires
Acteurs sociaux
Annick Hovine, 2 juillet 2020

Article mis en ligne le 4 septembre 2020
dernière modification le 5 septembre 2020

La crise sanitaire a servi de révélateur à la paupérisation grandissante des familles les plus précaires et aussi à la désaffiliation d’une part importante de la jeunesse.

Les acteurs de l’aide à la jeunesse interpellent les responsables politiques.

Les adolescents et les jeunes des quartiers populaires ont été durement touchés pendant le confinement imposé pour contrecarrer la propagation du coronavirus.

De quoi inquiéter les acteurs du secteur de l’aide à la jeunesse. Le conseil de prévention de l’arrondissement de Bruxelles vient d’ailleurs d’adresser une interpellation aux responsables politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la région bruxelloise, comme le prévoit le Code de l’aide à la jeunesse en cas de "condition défavorable au développement personnel des jeunes et à leur insertion sociale”.

Des représentants de services d’actions en milieu ouvert (AMO), de services résidentiels et autres structures le jour, de CPAS, de maisons de jeunes, de magistrats de la jeunesse ... ont croisé leurs regards et expériences pendant le lockdown.

Leur constat est unanime : le confinement n’a pas révélé de nouvelles difficultés sociales pour les jeunes et leurs familles, mais les a exacerbé, "voire fait exploser" celles qui étaient constatées depuis longtemps, de façon plus préoccupante dans les quartiers populaires.

Des peurs multiples

La peur a impacté lourdement de nombreuses familles, dans des champs multiples, souligne Marc De Koker, coprésident du conseil de prévention et directeur de l’ AMO Rythme à Anderlecht.

La peur du virus ; la peur de perdre son emploi à cause de lui ; la peur des conséquences de la promiscuite forcée, etc. Beaucoup de mères seules avec enfants ont demandé l’accès à des lieux de "décompression", les crèches et les écoles étant fermées. La peur nourrie par les parents, concernant l’avenir de leurs enfants déliés de l’école. Comment suivre les cours à distance sans ordinateur, sans connexion wi-fi, quand on se partage deux pièces à huit ?

Il y a aussi des "peurs irraisonnées", générées par une communication officielle jugée incompréhensible, aux injonctions contradictoires et aux consignes de sécurité ne tenant que très peu compte du contexte social "et donc impossibles à respecter". Du coup, les jeunes se sont tournés vers les réseaux sociaux, où ils sont tombés sur des informations moins fiables encore. "Un lien basé sur la confiance est très probablement à reconstruire avec de nombreuses familles qui ont eu le sentiment profond d’avoir été littéralement abandonnées par les pouvoirs publiés, plongées dans des angoisses génératrices de dépressions et de désafliliations", alerte Marc De Koker. "Nos différents services peinent encore aujourd’hui à reprendre contact avec certaines d’entre elles qui vivent toujours en confinement absolu." Combien ont disparu des radars ?

Des problèmes structurels

Les plaintes de voisinage, qui ont significativement augmenté ces derniers mois, ont aussi accru la peur de "l’autre". Déjà bien présente dans les quartiers populaires, "la crainte de l’altérité, génératrice d’un repli communautaire difficile à vaincre, se mue pour certains en frayeur face à tous ceux qui ne font pas partie de la bulle familiale restreinte. La peur de la police, enfin - on y reviendra.

La crise sanitaire a servi de révélateur à la paupérisation grandissante des familles les plus précaires et aussi à la désaffiliation d’une part importante de la jeunesse, préviennent les acteurs de terrain. "Les problèmes sont structurels : c’est à nos décideurs politiques de les prendre à bras-le-corps."

Annick Hovine, La Libre 2 juillet 2020