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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

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Article mis en ligne le 3 mars 2010
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CHOISIR LE PLUS VIVANT

Quand Rodolphe arrive, en septembre1981, il a 8 ans
On se demande quel extra-terrestre vient de débarquer.
Il marche sur la pointe des pieds
S’étire la tête dans tous les sens
Se mord, se replie, s’effraie de tout ce qui est autour de lui.
Il parle peu, avec seulement une vingtaine de mots
Et il explose pour un rien.
Seule la petite cabane construite dans l’entrée
Le met en sécurité.
Il s’y calme
En découpant tout ce qu’il trouve
En minuscules petits morceaux.
Il provoque, il menace
Mais nous percevons son intelligence et son humour.
 
Très vite il apparaît comme quelqu’un de double
Il y a « Rodolphe le fou »
Et il y a « Rodolphe le garçon ».
 
Nous choisissons de nous intéresser à « Rodolphe le garçon ».
Si « Rodolphe le garçon » prend plus de place
Alors il y en aura moins pour« Rodolphe le fou ».
Nous ne voulons pas réduire Rodolphe
A son handicap
A son apparence désastreuse.
Il est un être à part
Mais à part entière !
Nous voulons le stimuler
Pour qu’il se reconnecte
A cet essentiel qui l’habite.
 
Les grands le bousculent quand il est trop insupportable
Mais ils le protègent et le défendent à l’extérieur.
Lara, qui a cinq ans, lui apprend à « être là »
En jouant avec lui
En allant le chercher dans son monde imaginaire.
Pas facile pour elle
Parce qu’un rien le distrait, le perturbe
Il n’arrive pas à fixer son attention plus de cinq minutes.
 
Rodolphe est scolarisé à l’Institut Médico Pédagogique.
Au fil du temps les éducateurs pensent
Qu’il faut soigner Rodolphe
Que sa place de fou est en psychiatrie.
 
Mais alors ?
« Rodolphe le garçon »
Qu’est ce qu’il va devenir ?
 
Il n’est pas encore bien fort
Mais il est là
Et il veut qu’on l’entende.
 
Nous lui offrons un autre type de scolarité
Deux heures par jour à l’école du village
Deux autres heures à la maison.
Puis le temps passé à l’école augmente
Rodolphe participe même à la sortie scolaire.
Il réussit son CE2 
Son CM1, son CM2
Et même une 6ème !
Rodolphe est tellement fier !
 
Mais cette année au collège est vraiment éprouvante pour lui.
Face à ses particularités physiques et psychiques
Les enfants sont cruels
Rodolphe est trop malheureux.
 
« Le garçon » a grandi 
« Le fou » lui a fait de la place.
Et Rodolphe a une haute idée de sa personne.
 
En choisissant d’arroser ses bonnes graines
Nous lui avons permis d’évoluer
De dépasser ses limites enfermantes.
Même si sa vie n’est pas facile
Même si sa vie sera toujours particulière
Le plus vivant a fleuri.

Il y a une petite histoire qui résume si joliment ce qui nous a éclairés que je vais la partager avec toi. Même si tu la connais déjà, tu auras peut être comme moi le plaisir de la relire. C’est celle du pot fêlé.

Une vieille dame chinoise possédait deux grands pots, chacun suspendu au bout d’une perche qu’elle transportait, appuyée derrière son cou.
Un des pots était fêlé, alors que l’autre était en parfait état et rapportait toujours sa pleine ration d’eau. A la fin de la longue marche du ruisseau vers la maison, le pot fêlé, lui, n’était plus qu’à moitié rempli d’eau.
Bien sûr, le pot intact était fier de ses accomplissements. Mais le pauvre pot fêlé avait honte de ses propres imperfections, et il se sentait triste car il ne pouvait faire que la moitié du travail pour lequel il avait été créé.
Après deux années de ce qu’il percevait comme un échec, il s’adressa à la vieille dame alors qu’ils étaient près du ruisseau : « J’ai honte de moi-même, parce que la fêlure de mon côté laisse l’eau s’échapper tout le long du chemin lors du retour vers la maison. »
La vieille dame sourit : « As-tu remarqué qu’il y a des fleurs sur ton côté du chemin, et qu’il n’y en a pas de l’autre côté ? J’ai toujours su à propos de ta fêlure, c’est pour cela que j’ai semé des graines de fleurs de ton côté, et chaque jour, lors du retour à la maison, tu les arrosais. 
Pendant deux ans, j’ai pu ainsi cueillir de superbes fleurs pour décorer la table. Sans toi tel que tu es, il n’aurait pas pu y avoir cette beauté pour agrémenter la nature et la maison.

Le pot fêlé c’est moi aussi
Le pot fêlé c’est chacun de nous
Il n’y a pas de personnes ratées
Pourtant nous sommes tous des pots fêlés.
Mais c’est là que la vie se donne
Dans notre imperfection
Dans notre blessure, dans notre faiblesse.
 
Se servir de la fêlure
Et à travers elle, faire fleurir la vie.
Tout ce que nous avons cherché
Tout ce que nous avons mis en place
C’était ça.

Sans tambour ni trompette, Colette Rouffaud, Ed. de la Maison des Marches, 2009.

Voir l’article de présentation.




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