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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
Slogan du site

"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Homme noir sur fond blanc
Xavier Deutsch, Mijade, 2019
Article mis en ligne le 16 novembre 2019

On ne se rend pas compte...

On ne se rend pas compte. Quand, à la télé on voit une barque sur le point de couler au lac·de Malte, quand on voit une colonne de migrants qui tente de franchir un col des Alpes, quand on voit ces types qui errent au bord d’une autoroute dans le nord de la France, en réalité on ne voit rien. Ce sont des ombres, presque des fantômes, des silhouettes qui n’ont pas d’âge ni de nom.
Mais que l’un d’entre eux, un seul, franchisse votre porte après s’être fait voler son attelle par des flics, et se mette à rire en écoutant Mohamed al-Wardi à la table de votre cuisine, quand il est là, quand il dort dans un lit que vous lui avez préparé, quand vous vous souciez de le soustraire à la brutalité qui règne, alors il redevient ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un humain.
Et Gaston se rend compte que ça se trouve exactement à cet endroit. La stratégie du ministre de l’Intérieur et du secrétaire d’État à l’asile et à la migration, c’est en cela qu’elle consiste : faire oublier que ces gens sont des humains. Les réduire à des statistiques, des ombres et des fantômes, des quotas, des termes abstraits. « Flux migratoire », ça, c’est un mot qui déshabille ! Des statistiques, c’est un phénomène technique, on les traite comme tel. Un flux, on le contient.
Alors que des humains, on leur ouvre la porte.

(Extrait de "Homme noir sur fond blanc", Xavier Deutsch, Mijade, 2019, p. 188-189)


Le pays de Brahim Abdelgadir est le Soudan : un beau pays, mais devenu très dur. Beaucoup trop dur. De la même façon que des milliers d’autres garçons, Brahim est obligé de fuir et de prendre la route. Son père le dit : « Il faut que tu partes, que tu te sauves : en Angleterre existe le salut. » Brahim s’en va. Il rencontre toutes les épreuves qu’on peut imaginer : le désert brûlant, la barbarie des pirates libyens, la mer hostile et redoutable, puis l’Europe. Les routes glaciales, les violences policières, la clandestinité. Un matin d’hiver, après avoir encore marché jusqu’à l’épuisement, Brahim entre dans un petit village des Ardennes, et enfin, il se trouve quelqu’un pour le considérer comme un Homme et l’accueillir.

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