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Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Faciliter l’accès à la terre pour garantir une agriculture durable
Article mis en ligne le 6 juillet 2019
dernière modification le 7 juillet 2019

En Belgique, chaque semaine 43 fermes disparaissent depuis près de 40 ans. A ce rythme, dans 15 ans, il ne restera plus que quelques grandes exploitations industrielles dans notre pays. Rencontre avec Zoé Gallez, co-fondatrice de la coopérative Terre-en-vue et Joël Lambert de la Ferme Sainte Barbe. Tous deux, à leur façon, luttent pour un système alimentaire durable. Cela passe par un meilleur accès à la terre, une agriculture respectueuse de l’environnement et une plus grande complicité entre agriculteurs et citoyens.

Dossier13 juin 2019 par Marie-Cécile Guyaux


Joël Lambert fait partie de ces agriculteurs pour qui la nature et le consommateur comptent. Souriant et direct, il sait prendre le temps d’expliquer son métier, ses défis et ses attraits, sans détours ni tabou. « Je cultive sur une petite ferme de 27 hectares à Orp-Le-Grand dans le Brabant wallon. J’ai créé ma ferme, en 1989, dans le but de produire des légumes et des céréales pour les vendre au consommateur final. J’ai décidé de faire du circuit court pour avoir la maîtrise des produits. Mais, aujourd’hui, des exploitations comme la mienne rencontrent de grandes difficultés à trouver et à payer la terre ».
 
Lorsqu’il achète ses terres il y a trente ans, Joël Lambert débourse 7500 euros l’hectare. Aujourd’hui, le prix des terres agricoles vaut jusqu’à 75.000 euros l’hectare dans sa région. En Belgique, seules les exploitations agro-industrielles et les pépiniéristes (de sapin de Noël notamment) peuvent se les payer. En Wallonie comme en Flandre, 68 % des exploitations ont ainsi disparu pour se concentrer dans des exploitations dont la surface a presque triplé et dont l’objectif n’est pas, en premier lieu, de nourrir la population locale. [1]

Du côté des dépenses, le prix de la terre agricole a donc grimpé de 26.5% en moyenne ces 5 dernières années, selon la fédération des notaires de Belgique. Côté recettes, le prix de vente des légumes n’a cessé de baisser. En cause : la pression de la grande distribution, des groupes agro-industriels et du choix des consommateurs, qui ne consacrent plus que 12,2% de leur budget à l’alimentation, contre 60% il y a un siècle. [2]

Quant au métier d’agriculteur, il a perdu de sa valeur aux yeux de la société. Entre 1980 et 2016, le nombre de travailleurs a chuté de 62 %. Ceux qui exercent le métier deviennent de plus en plus âgés. Et, vu les investissements nécessaires et le train de vie précaire actuel, la relève se fait de plus en plus rare. Nombreux sont les agriculteurs qui ont plus d’intérêt à vendre leurs terres qu’à cultiver notre nourriture. Nombreux sont les jeunes agriculteurs désireux d’acheter des terres mais qui ne peuvent plus se le permettre.
Face aux défis environnementaux et énergétiques, le secteur agricole est appelé à retrouver une place cruciale

Face aux défis environnementaux et énergétiques, le secteur agricole est appelé à retrouver une place cruciale
Rapport du SPF Economie

Si plusieurs facteurs, principalement économiques et sociologiques, expliquent la disparition des fermes, cette réalité est d’autant plus absurde que leur modèle présente bien des attraits pour les décennies à venir. Une évidence que confirme le rapport du SPF Economie lui-même : « face aux défis environnementaux et énergétiques, le secteur agricole est appelé à retrouver une place cruciale  ». [3]

La disparition d’un modèle durable

Dans les prochaines années, notre système alimentaire sera à la fois victime et acteur des problèmes environnementaux. Pour y faire face, innovation et résilience seront de mise.


Avec le climat, les espèces cultivées changeront, les agriculteurs devront développer un savoir nouveau, et limiter les intrants chimiques qui détruisent la biodiversité et, par là même, les capacités nourricières de la terre. Le changement de paradigme est énorme et de nombreuses expérimentations sont nécessaires pour développer des pratiques durables. De jeunes agriculteurs qui se lancent dans de petites exploitations font partie des innovateurs. Leur permettre l’accès à la terre est donc essentiel.

Par ailleurs, en favorisant une diversification des cultures et des variétés, une agriculture qui n’appauvrit pas les sols et permet la production d’aliments de qualité, le modèle de la petite ferme biologique ou raisonnée possède une grande capacité de résilience face aux changements qui s’annoncent.

Parallèlement à l’environnement et à la santé, c’est aussi de notre sécurité alimentaire dont il est question. Comme nous y invite Joël Lambert : « Observez le contenu de votre caddie et demandez-vous ce qu’il en resterait une fois tous les produits d’importation enlevés. Nous ferions face à la famine en Belgique ! ».

De fait, nous exportons une grande partie de la nourriture produite en Belgique, mais notre alimentation dépend aussi fortement de l’importation. Un tiers du transport européen est aujourd’hui consacré à l’alimentation. Dans un monde post-pétrole, le modèle doit donc changer pour que nous puissions subvenir localement à nos besoins.

Observez le contenu de votre caddie et demandez-vous ce qu’il en resterait une fois tous les produits d’importation enlevés. Nous ferions face à la famine en Belgique !
Joël Lambert, agriculteur, Ferme Sainte Barbe

Un phénomène à endiguer

Il existe plusieurs pistes pour endiguer ce phénomène de disparition des petites et moyennes fermes et pour favoriser un modèle agricole respectueux de l’homme et de l’environnement.

La coopérative Terre-en-vue, ainsi que son homologue flamande De Landgenoten, font partie de ces organisations qui luttent pour l’accès à la terre, la mise à l’agenda politique des questions agricoles, la redynamisation de l’économie rurale et la mise en relation des agriculteurs et des citoyens, souvent peu conscients des enjeux.

Comment ça marche ? Explications de Zoé Gallez : « En tant que coopérative citoyenne, Terre-en-vue, récolte des fonds auprès des citoyens pour acheter des terres agricoles qu’elle met ensuite à la disposition d’agriculteurs porteurs de projets agro-écologiques par le biais de baux à ferme. Ces terres sont soustraites à la pression foncière et allouées à des projets qui utilisent le sol comme un bien commun destiné à nourrir la population. » A ce jour, Terre-en-vue a permis de soutenir une quinzaine d’exploitations et a passé le cap des 2 millions de capital social.

Prof. Olivier Deschutter from Terre-en-vue on Vimeo.

Pour juguler le phénomène, politiques et consommateurs doivent également jouer un rôle beaucoup plus important.

La politique agricole commune de l’Union européenne, qui pèse pour un tiers du budget de l’Union, soit 400 milliards d’euros, est encore tournée vers le soutien à une agriculture intensive, responsable de la dégradation de la biodiversité, du réchauffement climatique et peu résiliente au changement.
Comme l’indique Zoé Gallez, « sur le plan politique, le soutien à un changement en profondeur du système agricole est nécessaire. L’enjeu est aussi social puisque l’on sait que, dans un premier temps, l’agriculture qui opère une transition vers un modèle durable est moins productive (mais de meilleure qualité !). Cela implique d’aider les producteurs et les consommateurs pour que les premiers perçoivent un prix juste pour leur travail et que les seconds puissent avoir accès à une alimentation financièrement accessible. Cela passe principalement par le renforcement des liens sociaux entre ces acteurs. »

Sur le plan politique, le soutien à un changement en profondeur du système agricole est nécessaire.
Zoé Gallez, cofondatrice de Terre-en-vue

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