Vinciane Despret écoute le merle chanter et les ornithologues penser
Article mis en ligne le 17 avril 2021
dernière modification le 20 avril 2021

Pour introduire le livre "Habiter en oiseau"
(Note  [1])

Je n’ai rien trouvé de plus parlant pour introduire le livre d’Isabelle Despret que de reprendre la Postface de Stéphane Durand. Il saisit particulièrement bien l’originalité de cette recherche, et ce que j’ai ai trouvé de si intéressant

...une science de la singularité qui enchante le monde en dépliant avec délicatesse et élégance d’autres arts de vivre et de nouvelles façons de penser. Et le monde en devient plus complexe, plus difficile à appréhender, certes, mais tellement plus riche et passionnant…

Mais cette poétique de l’attention est aussi une politique car, si cette biologie est une science de l’émerveillement, elle est aussi une leçon de savoir-vivre.

Un éloge de la lenteur qui n’est pas sans me rappeler les leçons de “La panthère des neige” de Sylvain Tesson : éloge de la lenteur, de l’attente et de la patience (Voir sur le blog de larcenciel, ici (en préparation) (https://draft.blogger.com/blog/post/edit/28596938/4281486990551396016?hl=fr)

POÉTIQUE DE L’ATTENTION

(POSTFACE)

POÉTIQUE DE L’ATTENTION
(POSTFACE)

"Ralentir : travaux’’

Vinciane Despret écoute le merle chanter et les ornithologues penser.

Ed. Mondes sauvages, Pour une nouvelle alliance, Acte Sud, 2019

À rebours d’une science pressée d’édicter de grandes lois universelles comme en physique ou en chimie et de conclure vice, trop vite, que la nature n’est qu’une jungle où règne la loi du plus fort, Vinciane avance à pas de loup. Elle observe les idées des ornithologues comme ceux-ci observent les oiseaux. Elle convoque les chercheurs qui observent inlassablement, hésitent, suspendent leur jugement et prennent le temps de voir émerger les plus petites différences, les plus modestes singularités. Avec mille précautions, Vinciane arpente le dédale de leurs hypothèses. Elle est sur la piste des idées, elle les traque : sous sa plume, elles apparaissent, évoluent, disparaissent et, parfois, réapparaissent. Il y a comme une écologie des idées. Vinciane est attentive aux attentions de ces scientifiques : attention puissance deux qui offre une chance de s’exprimer à la subtile diversité des choses, des êtres et des idées.

La biologie la plus intéressante aujourd’hui est celle qui s’attache avec politesse aux plus petits détails, aux plus infimes singularités. Les différences ne sont plus gommées par les statistiques mais au contraire invitées à s’exprimer. Le monde vivant est rempli d’exceptions à la règle ; la vie n’évolue que dans l’écart à l’équilibre. Des capteurs d’une finesse de perception inédite, de nouvelles technologies d’identification et de suivi à longue distance permettent aujourd’hui de traiter statistiquement une masse incroyable d’observations qui ont été longtemps reléguées au rang de simples anecdotes. Dès lors, la biologie révèle des individus ; mieux, des personnalités, des histoires de vie, des généalogies, des relations sociales élaborées, des apprentissages et des transmissions d’expérience, des cultures.

Les biologistes deviennent des biographes et la biologie, une entreprise littéraire.


Éloge de la lenteur

En nous apprenant à observer patiemment tous les vivants qui nous entourent, les naturalistes que convie Vinciane nous ouvrent des portes, élargissent notre imaginaire, multiplient les points de vue et les occasions d’enrichir le monde. La biologie est une science lente. Il y a une véritable grâce à avancer ainsi sur la pointe des pieds, à pas menus pour ne pas froisser les choses er les êtres. C’est une science de la singularité qui enchante le monde en dépliant avec délicatesse et élégance d’autres arts de vivre et de nouvelles façons de penser. Et le monde en devient plus complexe, plus difficile à appréhender, certes, mais tellement plus riche et passionnant…

Mais cette poétique de l’attention est aussi une politique car, si cette biologie est une science de l’émerveillement, elle est aussi une leçon de savoir-vivre. On peut y entrevoir des manières inédites de vivre ensemble, de cohabiter, de se côtoyer et de partager des espaces et des histoires sans s’exclure ni se battre. Bref, imaginer des pistes pour penser une nouvelle alliance avec les mondes sauvages.

Et cela pourrait bien commencer par accepter d’être réveillé à l’aube par le chant d’un merle… voire même l’attendre, l’espérer et le remercier...

STÉPHANE DURAND

Voir quelques extraits du livre, ici...