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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Les surprenants services des arbres fertilitaires
Article mis en ligne le 26 décembre 2019

Le documentaire diffusé sur la Trois le 16 décembre dernier sur les arbres fertilitaires était passionnant et interpellant.
L’article de LLB ci-joint en donne une idée mais sans trop insister sur les invraisemblables manoeuvres des multinationales des engrais pour éradiquer ces arbres qui dispensaient les paysans africains d’utiliser des engrais.
A présent, le vent a tourné et les arbres providentiels se répandent dans plusieurs pays de Sahel. Mais l’histoire n’est pas finie. Les firmes vont continuer à faire pression pour vendre aux cultivateurs africaines des engrais dont ils peuvent se passer et qui, en prime, détruisent le sol et l’environnement.

Quand la lutte contre le réchauffement climatique passe par des chocs frontaux avec ceux qui n’ont aucune envie de perdre leurs mortifères sources de revenus, la lutte est serrée. Les enjeux sont considérables, et les moyens financiers des puissants sans limite.
Comment assurer la survie de la planète et faire gagner l’agriculture vivrière face aux multinationales impitoyables ?

Voici déjà une petite phrase qui peut nous secouer les neurones (dans le dernier Financité, décembre 2019) : “La manière dont nous gérons notre épargne détermine l’avenir de notre planète.” (Edito, Bernard Bayot). Voir aussi Herve Kempf.

Sophie Devillers
La Libre du lundi 12 décembre 2019

Nous sommes en 1992, au Togo, une vieille agricultrice récolte son café. Sous une série d’arbres, les caféiers poussent en toute liberté, véritables lianes, qui ne connaissent pas la taille. Suivant une technique ancestrale d’agroforesterie, trois essences d’Albizia (un type d’arbre) sont associées au café, d’une santé insolente. "Je ne fais aucun entretien que récolter mon café ; je ne mets jamais d’engrais !", assure-t-elle à Bruno Devresse, bûcheron-élagueur belge, qui l’interroge alors. Installé à l’époque au Togo et marqué par un article à propos d’un arbre utilisé par les précolombiens pour fertiliser le maïs, le Belge s’était demandé s’il existait des arbres similaires dans la région, à associer aux cultures. Après avoir vu ce champ, son intérêt est confirmé : les arbres fertilitaires, comme on les appelle, possèdent un réel potentiel. "C’est une technique ancestrale, connue dans toutes les régions tropicales, explique Bruno Devresse à La Libre, lors d’un passage à Bruxelles. L’arbre concentre à lui seul ce qu’on trouve dans les sacs d’engrais chimique (azote, phosphore, potasse sont à la base de ces engrais). Il fait le travail bénévolement !"

Symbiose

Les arbres fertilitaires sont bien connus des scientifiques depuis le XXe siècle : "Parmi les arbres fertilitaires, on essaye de choisir les légumineuses arborescentes, explique de son côté Guy Mergeai, professeur d’agronomie tropicale à Gembloux Agro-Bio Tec . Celles-ci ont la particularité de développer au niveau de leurs racines des nodosités contenant des bactéries qui fixent l’azote atmosphérique, transformé en une forme organique. Ce qui contribue à l’alimentation en azote de la plante, et indirectement des plantes qui poussent autour. C’est une symbiose, un échange gagnant-gagnant. L’azote est aussi transféré aux feuilles de l’arbre qui, en tombant, enrichissent le sol. Et par les mycorhizes (champignons), que possèdent toutes les espèces végétales et avec lesquels elles sont en symbiose, le système racinaire peut aller chercher plus loin l’eau, le phosphore ou la potasse."

Depuis sa visite à la cultivatrice togolaise, Bruno Devresse a fondé, avec des collègues togolais, l’Apaf, l’association pour la promotion des arbres fertilitaires, de l’agroforesterie et de la foresterie. La technique promue consiste à faire pousser sous et autour des arbres fertilitaires des cultures, qui "volent" l’azote - l’engrais - à l’arbre, et sont aussi protégées du soleil (les feuilles se ferment en cas d’ombre, et la nuit, laissant passer la rosée). On peut utiliser l’arbre comme bois de chauffage ou comme fourrage. Dans un documentaire, L’arbre providence, diffusé sur La Trois ce 16 décembre vers 22 h, le journaliste Michel Hellas retrace le combat de l’association en Afrique de l’Ouest pour réinstaller cette culture ancestrale, stoppée après la Seconde Guerre mondiale : "les engrais chimiques, les pesticides sont arrivés. En Afrique, on a forcé les paysans à abattre les arbres pour adopter les engrais", regrette Bruno Devresse. Rapidement, quand l’Apaf a proposé la solution des arbres fertilitaires, les paysans locaux ont répondu avec enthousiasme. Car des anciens, dans les villages, avaient encore souvenir de la pratique.

L’association fonctionne d’abord avec de petits financements jusqu’à ce que l’Union européenne leur attribue 2 millions d’euros, ce qui permet à l’Apaf de planter des arbres fertilitaires dans 550 villages, couvrant 45 000 hectares (au lieu de 300 villages et de 10 000 prévus). "Il y avait une adoption massive des paysans. Mais petit à petit, des bureaux d’études se sont rendu compte que, partout où on passait, les paysans n’achetaient plus d’engrais - en deux-trois ans, les arbres peuvent commencer à fertiliser le sol -, ils m’ont approché et proposé de l’argent - de plus en plus - pour arrêter cela ! Mais après, on vous menace, cela devient moins drôle. J’ai tout de même continué trois ans comme cela." En 2005, le projet européen achevé et sans financement, Bruno Devresse quitte le Togo pour la France. Depuis, le vent a tourné. La Fondation Yves Rocher soutient à présent l’Apaf, tandis que des Africains ont créé des Apaf au Burkina, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Bénin… "On a tout le temps des demandes, pour développer cela, car les Africains sont très intéressés." Ils peuvent ainsi épargner sur le coût des engrais. Les arbres fertilitaires permettent aussi d’utiliser moins de pesticides car les plants sont en meilleure santé, dit Bruno Devresse.

Autre avantage ? En milieu tropical humide, les habituelles cultures en plein soleil à l’aide d’engrais chimiques mènent, après environ 25 ans, à une minéralisation de la matière organique du sol. "Donc, il n’y a plus assez de matière organique, d’oligo-éléments. Vous êtes obligés d’abattre une nouvelle forêt pour faire une nouvelle culture en plein soleil. C’est le problème de ces techniques : vous êtes obligés de déboiser après 20-25 ans un autre endroit. Donc le front forestier n’existe plus ! En Afrique de l’Ouest, on n’a plus de forêts secondaires ou primaires à abattre ! Mais si vous plantez les arbres fertilitaires sur un sol dégradé, après trois ans, c’est reparti. Vous pouvez reconquérir ces sols."

Pour Guy Mergeai, les fertilitaires et leurs services constituent une solution intéressante (parmi d’autres) pour l’agriculture africaine - ils sont surtout adaptés à la petite agriculture peu mécanisée - car ils peuvent contribuer à "une production plus durable". Il existe des programmes à grande échelle en ce sens, entre autres de l’Onu, en Afrique.

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