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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

“La plus parfaite de toutes”
Article mis en ligne le 17 avril 2019

"Notre-Dame : la symbolique très particulière d’un sinistre au début de la Semaine sainte."

"Je suis triste de voir brûler cette part de nous.” En commentant de la sorte l’incendie de Notre-Dame, le président Emmanuel Macron ne pouvait dire plus vrai. Pour les catholiques comme pour les Français, ce n’est pas un bâtiment qui a pris feu ce lundi, mais un symbole au sens le plus fort du terme. Notre-Dame était un symbole historique d’abord, trait d’union entre les générations qui l’ont bâtie, et celles qui l’admirent au travers des siècles. Un symbole artistique et culturel capable de rassembler presque en un seul geste architectural le savoir-faire de nombreux siècles. Un symbole religieux enfin.

- le sens de ce style architectural qui succéda au roman : “Il est difficile d’imaginer l’impression qu’ont dû faire ces monuments sur des gens qui ne connaissaient que les lourds et austères édifices romans.

- "Les nouvelles cathédrales ouvraient au croyant un tout autre monde."

- "Sans doute une cathédrale, et la cathédrale de Paris en particulier, est-elle encore autre chose : un principe de fécondité."

Succédant au roman, les cathédrales des XIIe et XIIIe siècles se sont surtout distinguées par le style gothique qu’elles ont emprunté.
Sans doute Ernst Gombrich, dans sa somme intitulée Histoire de l’art, a-t-il le mieux résumé le sens de ce style architectural qui succéda au roman. “Il est difficile d’imaginer l’impression qu’ont dû faire ces monuments sur des gens qui ne connaissaient que les lourds et austères édifices romans, écrivait-il. Ces dernières églises, si robustes, si massives, pouvaient exprimer quelque chose de l’Église militante qui offre un refuge contre les assauts du démon. Les nouvelles cathédrales ouvraient au croyant un tout autre monde. Les sermons et les hymnes leur avaient parlé de la Jérusalem céleste avec ses portes faites, chacune, d’une perle, ses joyaux sans prix, ses rues d’or et de verre transparent (Apocalypse, XXI). La vision était descendue sur terre. Les murs n’avaient plus rien de froid ni d’hostile. Ils étaient percés de vitraux brillants comme des pierres précieuses. Les piliers, les nervures, les remplages étincelaient d’ors. Tout ce qui était terrestre, matériellement ou spirituellement pesant, n’avait pas de place. Le croyant, perdu dans la contemplation de toute cette beauté, pouvait se sentir plus près d’accéder aux mystères d’un royaume éthéré. Même vues de loin, ces merveilleuses cathédrales semblent célébrer les joies célestes. La façade de Notre-Dame de Paris est peut-être la plus parfaite de toutes. L’agencement des porches et des fenêtres est si clair et si léger, le décor de la galerie est si gracieux et si aérien que nous en oublions le poids de cette masse de pierre et que l’ensemble paraît surgir devant nous comme une vision.”

Un principe de fécondité

Là est bien la symbolique du gothique. Laisser entrer la lumière divine par flots incessants et donner à l’homme de porter son regard au ciel. Tout dans le gothique l’encourage à s’élancer vers Dieu.
Sans doute une cathédrale, et la cathédrale de Paris en particulier, est-elle encore autre chose. Lieu de référence, lieu de rendez-vous, lieu de ralliement. Nichée au cœur de Paris sur l’île de la Cité elle semblait veiller sur la ville, indéfectiblement, comme la basilique Notre-Dame-de-la-Garde sur Marseille, comme Notre-Dame de Fourvière sur Lyon. Haute, repérable mais discrète à la fois, comme l’évoquait, en 2017, le philosophe français Fabrice Hadjadj. Discrètes les cathédrales, “au sens où elles ne s’imposent pas de manière écrasante, puisqu’on peut y entrer et en sortir mieux que dans un moulin ; néanmoins elles offrent une référence et un principe de fécondité pour l’art, pour l’intelligence, pour la vie intérieure des personnes”.

En ce sens, elle symbolise ce que l’Église espère être pour son époque. En ce sens également, voir ce lundi, en ouverture de la Semaine sainte, pour les catholiques, la flèche de Notre-Dame de Paris s’écrouler dans un brasier est éminemment symbolique. Et sans doute d’autant plus alors que l’Église, dans son institution, traverse bien des tempêtes depuis de nombreux mois.

“Notre Dame est aujourd’hui déserte, inanimée, morte. On sent qu’il y a quelque chose de disparu. Ce corps immense est vide, c’est un squelette, l’esprit l’a quitté, on en voit la place, et voilà tout”, écrivait Victor Hugo. Les catholiques ne s’arrêteront pas là, surtout pas à Pâques qui leur rappelle l’espérance. Mais l’image de ce lundi, pour tous, restera celle d’un brasier infernal.

Bosco D’Otreppe, La Libre, publié le lundi 15 avril 2019 à 22h.

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