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Michel Simonis

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Mograbi rêve d’un autre Israël
Article mis en ligne le 30 septembre 2014
dernière modification le 30 juin 2015
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"Etre juif aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, c’est souvent s’identifier avec Israël en tant qu’entité nationale. Cela signifie que c’est très difficile pour les juifs de vivre dans les pays arabes, qui rejettent la politique d’Israël."

Mercredi dernier, Avi Mograbi était à Bruxelles pour l’avant-première de "Dans un jardin, je suis entré", que propose en exclusivité le cinéma Nova jusqu’au 19 octobre dans le cadre d’une rétrospective intégrale de ses films. L’occasion de replonger dans l’univers, à la frontière du documentaire et de la fiction, du cinéaste israélien, qui propose une vision très critique de la société israélienne.

De la colère à la résignation

"Pour un seul de mes deux yeux", "Comment j’ai appris à surmonter ma peur et à aimer Ariel Sharon", "Z32"… Les films précédents de Mograbi étaient des brûlots marqués par la rage. Ici, le cinéaste filme un dialogue entre un juif et un Palestinien à la fois désabusé et porteur d’espoir… "Mes films précédents partaient de la colère, de la volonté de changer la réalité. De façon étrange, ce film est une échappatoire. Il essaye de s’évader de la triste réalité. Je ne crois pas qu’il soit nostalgique. Le passé est le passé. Ce qu’on fait avec le passé, c’est de s’en servir comme leçon, comme une source d’énergie pour le futur."

Il y a un siècle en effet, le grand-père juif d’Avi Mograbi pouvait vivre à l’arabe à Beyrouth, appartenir pleinement à cette culture. Chose impossible aujourd’hui… "Etre juif aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, c’est souvent s’identifier avec Israël en tant qu’entité nationale. Cela signifie que c’est très difficile pour les juifs de vivre dans les pays arabes, qui rejettent la politique d’Israël."

La tentation de l’exil

Homme engagé, Avi Mograbi se désole de la déroute de la gauche israélienne, dont il rend responsable l’ancien Premier ministre Ehud Barak qui, après l’échec des discussions avec Arafat en 2001, a déclaré qu’il n’y avait pas de partenaire palestinien. Pour le cinéaste, la vie est devenue difficile au sein d’une société israélienne dans laquelle il ne se reconnaît plus. "C’est dur. Surtout durant l’été qu’on vient de vivre. Il y a toujours la question : quand la ligne métaphorique, qui fait qu’il existe une place pour vous dans la société, est-elle franchie ? Je ne peux pas vous dire qu’elle a été franchie et que je ne peux plus vivre en Israël parce que la vérité, c’est que je vis là et que je n’ai pas de projet de partir. Mais la question est dans l’air. Après avoir vu les dernières attaques sur Gaza, les dévastations, les meurtres, vous vous demandez jusqu’à quel point vous pouvez vous identifier à cet Etat et dans quelle mesure vous acceptez d’en faire partie."

"Je ne crois pas que la majorité de la population juive ait été impressionnée par les pertes à Gaza. Sinon, le mouvement de protestation aurait été plus important. En 1982, les massacres de Sabra et Chatila ont fait descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue. Ici, on n’a pas vu grand-chose… Pas de bonnes nouvelles donc…"

"Dans un jardin, je suis entré" et rétrospective Mograbi (6 films), du 24/9 au 19/10 au Cinéma Nova à Bruxelles. Rens. :www.nova-cinema.org.

HUBERT HEYRENDT, LLB, Publié le mardi 23 septembre 2014