La bonne santé en trompe-l’oeil de la forêt française
Article mis en ligne le 12 décembre 2021
dernière modification le 22 décembre 2021

En un siècle, la surface forestière française a gagné plus de 6 millions d’hectares. Une bonne nouvelle qui cache pourtant un mal-être de cet écosystème menacé par la surexploitation et le changement climatique.

Par Yohan Blavignat
Publié dans l’Express le 12/09/2021

Extraits

(...) "Ici, un charme et un chêne ont fusionné pour ne faire qu’un. Je n’avais jamais vu ça avant", assure ce forestier à la retraite, d’une soixantaine d’années. Au milieu de la campagne corrézienne, l’homme est dans son élément. Il fait l’inventaire : là, un frêne ; là, un pin. Rien n’échappe à son regard d’expert. Ce qui vit comme ce qui n’est plus. Son regard s’arrête sur un arbre mort. "Un chêne a séché sur pied brutalement. On en voit de plus en plus..." Telle une sentinelle, Yves Marty constate avant tout le monde les premiers effets du réchauffement climatique. "La forêt se transforme, s’inquiète-t-il. Pour des organismes qui vivent des siècles, voire des millénaires, ça se fait à un rythme effréné, même si ce n’est pas perceptible pour l’oeil humain." 
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Si on explore la forêt française dans le détail, on s’aperçoit qu’elle progresse certes en volume (+0,6 % par an en moyenne), mais qu’elle souffre de nombreux maux. "Nos massifs sont pris en étau par une double menace : une surexploitation par l’homme d’un côté, et une fragilisation par le réchauffement climatique de l’autre", assure Jean-François Dhote, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae). "On leur demande d’être tout à la fois un puits à carbone, un lieu de loisir, un espace de chasse, un repaire de biodiversité et un territoire producteur de bois...", alerte Daniel Vallauri, chef du programme forêt au WWF France. Des sécheresses plus longues et plus fréquentes, ainsi que la multiplication des insectes pathogènes et champignons, due au réchauffement climatique, ont fragilisé les massifs français. 

Le bois, l’ingrédient star de la transition écologique ?

Pour se prémunir contre les canicules - mais aussi pour les besoins de la communication politique -, la résistance "verte" s’organise à coups de chiffres invraisemblables. Etats et villes jouent à qui aura le plus d’audace. Et les enchères s’envolent : Paris a promis de planter "170 000 arbres en six ans", New York mise sur "1 million en huit ans", et l’Ethiopie a carrément fait tapis en repiquant 350 millions d’arbrisseaux en... un jour. Tous en sont conscients : le bois pourrait bien être l’ingrédient star de la transition écologique. Car cette ressource naturelle est à la fois recyclable, présente localement, et stocke massivement le dioxyde de carbone. L’ensemble de la couverture forestière française absorbe en effet chaque année près de 15 % des émissions de CO2 du pays. Elle permet également de disposer d’eau douce de grande qualité en permettant aux pluies d’atteindre les nappes phréatiques, mais aussi de lutter contre l’érosion des sols

En outre, la filière bois génère de l’emploi. (...) Pas question, donc, de mettre la forêt "sous cloche". Ou pas totalement. Jean-François Dhote va même plus loin, et appelle à une "transformation volontaire" pour planter des essences venues du sud de l’Europe ou de Turquie, plus adaptées aux sécheresses et aux canicules. "Sans intervention humaine, nos forêts vont avoir des arbres plus bas, et les services qu’elles nous rendent seront bien moindres", prévient-il. "Il ne s’agit pas de transformer tous les bois en réserve naturelle, mais les portions les plus anciennes doivent être protégées", abonde Daniel Vallauri. "Aujourd’hui, la filière bois, qui exporte massivement vers la Chine pour transformer les ’grumes’ en divers produits, doit exploiter moins de résineux (plus rentables) et mieux les bois nobles que les pays nordiques n’ont pas", poursuit-il. 

(...) "On sait construire des immeubles de dix étages en ossature bois, assure Daniel Vallauri. Si le béton et la pierre règnent toujours en maîtres, le virage est déjà pris". La ville d’Epinal et le parc naturel Vosges du Nord sont pionniers en la matière, avec l’initiative Terres de hêtre qui consiste à vanter les mérites de cet arbre peu cher et prolifique dans le bâtiment. D’autres initiatives, comme la mise en avant de bois AOC dans le Jura - une première dans l’agroforesterie - sont observées de près. 

Dans sa Corrèze natale, Yves Marty poursuit ses réflexions. Et de citer, le regard tourné vers les cimes, un vers de Chateaubriand : "Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent." Espérons que le futur fera mentir le poète. 

Lire l’article entier : l’Express (avec abonnement). Le texte entier est repris dans mes "Arbres de perles".