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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
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Michel Simonis

Quatrième partie
La burqa, un signe sectaire et non religieux ?
L’opinion de Dounia Bouzar (en 2009)

Dounia Bouzar

Article mis en ligne le 13 juin 2012
dernière modification le 14 décembre 2012
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LE MONDE 22.06.2009

Rappelons que "religion" vient du mot latin relegere (accueillir) et religare (relier). Le croyant se ressource dans sa relation à Dieu pour aller vers les autres et trouver du sens à sa vie.

En revanche, le mot "secte" signifie "suivre" et "séparer". Historiquement, ce mot désignait la dissidence d’un groupe religieux mais, aujourd’hui, on l’emploie pour désigner toute "association totalitaire qui porte atteinte aux libertés individuelles". "Secte" a définitivement pris une signification péjorative en raison de l’intolérance manifestée par ces groupes, grands ou petits, vis-à-vis du monde extérieur, et des effets destructeurs constatés sur la personnalité des adeptes.

Que faut-il de plus pour interdire tout vêtement qui dépersonnalise un être humain ? La burqa ou le nikab ont ça de bien qu’ils sont clairs - si l’on peut dire - sur le but qu’ils poursuivent : il s’agit d’ériger une frontière infranchissable entre ceux qui sont "dedans" et ceux qui sont "dehors"... Il s’agit de mener les adeptes à l’autoexclusion et à l’exclusion des autres, tous ceux qui ne sont pas comme eux...

Est-ce la peine d’entamer un grand débat sur de telles évidences ? Serait-ce le cas si ces groupuscules se référaient non pas à l’islam mais au christianisme ou au bouddhisme ? Car c’est un fait, lorsque la religion musulmane est en cause, chacun perd son latin et n’applique plus ses critères de raisonnement habituels. On ne sait pas où mettre le curseur : à partir de quand tel ou tel comportement relève de la liberté de conscience et à partir de quand révèle-t-il un dysfonctionnement, voire du radicalisme ? Tiraillé entre la peur d’entraver la laïcité et celle de tomber dans "l’islamophobie", on oscille entre diabolisation et laxisme. Celle qui porte un petit foulard rose assorti à son jean passe pour une islamiste alors que les intégristes passent pour des musulmans ...

Car ne nous trompons pas : ces groupuscules qui se réclament "salafistes" ne s’inscrivent pas dans l’histoire musulmane, ils sont une émanation moderne de ce dernier siècle ! Ouvrir un débat pour limiter la liberté religieuse reviendrait à les considérer comme un courant musulman et non pas comme une simple secte. Toute leur stratégie consiste justement à faire passer leurs discours totalitaires comme s’ils étaient de simples commandements religieux. Selon ces gourous, pour respecter l’islam, la société est censée les accepter. Le positionnement contraire serait preuve d’islamophobie et d’ethnocentrisme.

Si un groupuscule avait la même attitude au nom d’une autre religion, cela fait longtemps que l’opinion publique aurait diagnostiqué son comportement comme préoccupant d’un point de vue psychique. A aucun moment, s’enfermer dans un drap noir n’aurait pu être rattaché à la simple application automatique d’une religion.

Cette hésitation à distinguer ce qui relève de l’islam de ce qui relève du dysfonctionnement d’une personne part, a priori, d’un bon sentiment : respecter les musulmans qui ont d’autres traditions. Mais à mieux y regarder, elle est aussi le produit de représentations
négatives. Le laxisme et la diabolisation sont les deux faces d’une même pièce : tout accepter "au nom de l’islam" revient à avoir une bien piètre considération pour cette religion, qui continue à être perçue comme "l’altérité même".

Au nom du "respect de la différence" apparaît alors une nette tendance à tomber dans une sorte "d’enfermement dans la différenciation absolue", qui permet d’appréhender n’importe quel dysfonctionnement comme le produit de cette religion "restée archaïque", puisque "chez eux ", ce n’est pas comme "chez nous"... Cette religion continue à incarner "un autre monde".

Accepter le drap noir ne serait pas un signe de respect de l’islam, ce serait au contraire perpétuer les stéréotypes datant de la période coloniale.

Dounia Bouzar

Dounia Bouzar est justement une spécialiste de la conjugaison. D’abord celle de ses origines, tout à la fois algériennes, marocaines, italiennes et corses, puis celle de la diversité dans une identité qu’elle revendique française et enfin celle de la religion, athée convertie à l’islam.

Musulmane sans peur et sans voile, Dounia Bouzar conjugue aussi les engagements dans son travail de terrain, dans ses prises de positions politiques, dans ses ouvrages et dans sa recherche universitaire.

Cette ancienne éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse, aujourd’hui chercheuse, a claqué la porte du Conseil français du culte musulman (CFCM). Parce que le gouvernement "islamise les problèmes". Parce que le CFCM "ne parle que de problèmes internes, au lieu d’analyser ce que veut dire être musulman dans une société laïque".

Elle ne craint ni la controverse ni les média mais veut avant tout susciter l’échange loin d’une lecture globalisante et rnaximaliste de l’islam. "II n’y a pas de bon et de mauvais islam, dit-elle. Il y a ce que les hommes et les femmes en font, en fonction de leur propre histoire".

En savoir plus :

Ses récents ouvrages :

• Nouvel ouvrage COLLECTIF : "POUVOIR(E)S, LES NOUVEAUX EQUILIBRES HOMMES-FEMMES, 04.05.2012. Collectif dirigé par Sophie BRAMLY et Armelle CARMINATI-RABASSE : Les regards croisés de personnalités de renom, pour une société fondée sur l’harmonisation du/des pouvoir(s) entre femmes et hommes.

• "L’UNE VOILéE, L’AUTRE PAS avec Saida Kada, 2003, Albin Michel

• "MONSIEUR ISLAM N’EXISTE PAS", Dounia Bouzar.
Pour une désislamisation des débats.
Hachette - Respect 2005, Denoël

Blog :http://douniabouzar.blogspirit.com/

Voir aussi les autres articles RENCONTRE DES CULTURES sur le site :

L’Islam au coeur de nos préoccupations. Points et contrepoints.
Réflexions autour de la pensée musulmane contemporaine
Islam, amalgames et confusions




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