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Michel Simonis

La santé mentale aux périphéries de la société palestinienne
Article mis en ligne le 21 juillet 2017
dernière modification le 6 octobre 2017
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"Les bouleversements sociaux et politiques, depuis les importants déplacements de population indigène en 1948, et qui se poursuivent aujourd’hui du fait de l’occupation, sont source d’un stress psychosocial durable." Le constat dressé en 2013 par un rapport officiel sur la "santé mentale en Palestine" vaut toujours en 2017.

"Les bouleversements sociaux et politiques, depuis les importants déplacements de population indigène en 1948, et qui se poursuivent aujourd’hui du fait de l’occupation, sont source d’un stress psychosocial durable." Le constat dressé en 2013 par un rapport officiel sur la "santé mentale en Palestine" vaut toujours en 2017.

"Les communautés sont continuellement, indirectement ou directement, exposées à de hauts niveaux de stress aigu et chronique, causés par l’occupation prolongée et la violence politique", décrit Maximilien Zimmermann, psychologue clinicien et coordinateur de santé mentale pour Médecins du monde France (MdM). L’ONG intervient depuis 1996 dans le nord de la Cisjordanie après trois types d’événements critiques : incidents liés aux interventions militaires israéliennes (60 %), attaques de colons (30 %), démolitions de maisons dans la zone C, en l’absence d’octroi de permis de construire par les autorités israéliennes qui contrôlent cette zone (10 %). En 2016, 40 % des personnes visitées par MdM "ont déjà été impliquées dans un événement critique".

Des blessures qui n’ont pas le temps de cicatriser

Aussi, plutôt que d’un état de stress post-traumatique (ESPT), concept référent en santé mentale et diagnostiqué à la suite d’un événement traumatique, "on préfère parler ici d’un traumatisme de bas niveau constant", explique Pascale Pynson, psychologue responsable des programmes de santé mentale pour Médecins sans frontières (MSF). L’ONG est active dans le nord de la Cisjordanie depuis 1993 et ses équipes assurent deux cents consultations mensuelles de psychothérapie. Sauf que la récurrence des incidents leur pose un véritable défi : "Nous mettons des pansements sur des blessures qui n’ont pas le temps de cicatriser", résume Maximilien Zimmermann.

Défi d’autant plus grand que les psychiatres et psychologues locaux manquent. Il n’existe aucun cursus universitaire en psychiatrie et deux seulement en psychologie, à Jérusalem et à Naplouse. Sans compter "le manque de recherches académiques" et de "données complètes et certifiées" en la matière, déplore Samah Jabr, psychiatre et psychothérapeute, directrice de l’unité de santé mentale au ministère palestinien de la Santé. Outre les ONG internationales déployées sur le terrain, des cliniques privées, des associations locales et des centres gouvernementaux complètent l’offre de soins. Mais ces derniers ne sont guère fréquentés pour des raisons d’accessibilité et aussi de confiance. Des patients craignent que leurs propos ne soient ensuite utilisés contre eux.

La santé mentale est un objet encore peu appliqué ici. Le conflit latent a fait se développer chez les Palestiniens un mécanisme de résilience ("djalad", en arabe) qui permet de tolérer le stress suscité par des situations anxiogènes. Aussi, "on regarde d’abord les symptômes somatiques (maux de tête, trouble de sommeil, perte d’appétit) du traumatisme, explique Samah Jabr. Le patient ira consulter son médecin de famille avant d’aller voir un psychologue."

Mais il existe aussi selon elle "une réticence à nommer la maladie" par peur d’être stigmatisé par le groupe. D’autant que le narratif palestinien, basé sur la résistance nationale à l’occupant israélien, inhibe toute expression individuelle. Et tout aveu de faiblesse. Maximilien Zimmermann le constate : "Nous sommes dans une société où il faut se montrer fort, être un héros." Le récit collectif l’emporte sur l’individu. "La mère d’un jeune martyr doit se réjouir que son fils soit mort pour la Palestine. Elle a peu de place pour exprimer sa douleur de mère", raconte encore Pascale Pynson.

La violence domestique en sus

Il y a plusieurs mois, MSF a ouvert son programme de psychothérapie à un critère supplémentaire : celui de la violence domestique, qui touche en effet 20 à 25 % des patients référés - surtout des femmes. La décision a été le fruit d’un long débat en interne. "L’occupation est une bonne excuse pour expliquer tous les maux", admet Samah Jabr. Or, "les problèmes de santé mentale sont multifactoriels", dit-elle, même si l’occupation ainsi que des facteurs culturels et religieux servent de catalyseurs.

Le choix de MSF est également un pari sur l’avenir pour sensibiliser et responsabiliser la société palestinienne. Et la penser en dehors du prisme de l’occupation, que le quotidien rappelle pourtant constamment. Check-points, interpellations ou démolitions : "Les Palestiniens sont quotidiennement confrontés à des situations d’humiliation, rappelle Pascale Pynson. La confiance collective est très endommagée. C’est aussi à prendre en compte pour soigner en profondeur."


Claire Bastier, correspondante à Jérusalem
Publié dans La Libre le mardi 06 juin 2017




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