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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Petite histoire des semences
Article mis en ligne le 22 janvier 2013
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Extraits d’un article paru dans Valériane en octobre 2012.

Dès la fin du XIII’ siècle, Walter de Henley [1] consacra une part importante de son ouvrage Hosebondrye à l’accroissement de la production. Il fournit ce conseil afin d’éviter l’appauvrissement génétique des plantes cultivées : « [ ... ] À la Saint-Michel, prenez des graines d’ailleurs pour constituer votre semence habituelle de l’année. Votre récolte se trouvera enrichie par ces graines nées sur le terrain d’un autre. [ ... ] »

Montaigne

Nous savons par la correspondance de Rabelais que, lors de son séjour à Rome entre 1534 et 1537, il expédia à son ami et protecteur Geoffroy d’Estissac, évêque de Maillezais, des graines de « salade ». Sans doute s’agissait-il de laitues et de chicorées mais également d’herbes aromatiques qui garnissaient les salades puisqu’il précise qu’il n’a pu obtenir de la semence de pimprenelle. Il écrit, dans une lettre datée du 30 décembre 1535 : « [ ... ] Je vous escrivy du XXIX’ jour de novembre bien amplement, et vous envoyay des graines de Naples pour vos salades, de toutes les sortes que l’on mangue de par deça, excepté de pimpinelle [Pimprenelle], de laquelle pour lors je ne peus recourir. Je vous en envoye presentement, non en grande quantité, car pour une fois je n’en peux davantage charger le courrier ; mais si plus largement en voulez, ou pour vos jardins ou pour en donner ailleurs, me l’escrivant, je vous l’envoiray. [ ... ] ».

(...)

On découvre également très tôt le souci de sélectionner, parmi ses semis, les spécimens les mieux adaptés au terroir, au climat et aux saisons, les plus gros, les plus faciles à cultiver, les plus tendres ou les meilleurs : « [ ... ] il y aura encore pour les Amateurs du Jardinage un petit embarras dont il me reste un mot à dire, c’est la difficulté d’être pourvus de Plants & de Semences à leur gré : sur les descriptions que je fais des différentes espèces de Plantes, on sçaura bien se décider pour celles auquelles le goût se trouvera le plus incliné, & qu’on jugera en même tems les plus convenables à son terrein & a son climat [ ... ] ».

Nouveaux légumes et variétés éponymes

À partir du XVIII’ siècle, dans chaque région, les maraîchers sélectionnent quelques portes-graines parmi leurs plus belles productions. Ils échangent et améliorent les variétés locales bien adaptées au climat et au terroir. (....)
La multiplicité des sélectionneurs actifs pour la production d’une même variété régionale ne permet pas toujours de maintenir une grande homogénéité génétique, mais les variations sont bien souvent un atout pour la création de nouvelles variétés qui apparaissent à foison à cette époque. L’érosion génétique des espèces potagères que nous connaissons depuis le milieu du XXe siècle peut être attribuée à la quasi disparition des petits maraîchers producteurs de semences, aujourd’hui remplacés par quelques grandes multinationales. À la fin du XVIIIe siècle, de nombreux maraichers se spécialisent dans la production de semences et créent également de nombreuses nouvelles variétés. Ainsi, en 1904, après quatre générations, la maison Vilmorin propose-t-elle un catalogue de semences potagères de plus de huit cents pages...

Les aléas de la semence moderne

Aujourd’hui, la plus grande diversité variétale n’est plus assurée par les paysans, les maraîchers ou les jardiniers. Généticiens, botanistes et autres techniciens travaillent dans les laboratoires et les serres de sociétés multinationales, et de nombreuses nouvelles variétés voient toujours le jour mais ne répondent plus qu’à des impératifs commerciaux. Résoudre des problèmes de maladies, de rendements, de récolte mécanique, de transport, d’emballage et de calibrage ou de conservation dicte le choix des grands semenciers afin de satisfaire les maraîchers industrialisés et les chaînes de « frais » des grandes surfaces. Les critères de qualités gustatives et nutritives ne sont pratiquement plus pris en compte. Ainsi le goût n’arrive-t-il plus qu’au septième rang des critères de sélection dans la recherche actuelle pour de nouvelles variétés après la productivité, le calibrage, la couleur, la conservation, la résistance aux chocs et la facilité de récolte". Ces professionnels de la sélection qui dominent aujourd’hui le marché de la semence offrent à l’industrie agro-alimentaire des variétés très fiables du point de vue de leur stabilité génétique et de leur état sanitaire.

Avec l’émergence du jardinage biologique apparut à nouveau le besoin pour le jardinier de cultiver des variétés bien adaptées à la région et résistantes aux aléas climatiques, aux maladies et aux ravageurs. Un intérêt nouveau s’est donc porté vers les variétés anciennes proposées par de petits semenciers "alternatifs" qui ont vu le jour, depuis les années septante, afin de répondre à ces nouvelles attentes. Ces semenciers, souvent issus de l’agriculture biologique, se retrouvent souvent hors-la-loi car ils ont développé une part de leurs activités commerciales en marge des catalogues officiels. Ceux-ci, destinés au départ à garantir la fiabilité des semences commercialisées des variétés de légumes, sont devenus des outils économiques utilisés par les grands semenciers afin de promouvoir et d’imposer les nouvelles obtentions au détriment des variétés anciennes théoriquement interdites à la vente.
Si les consommateurs, aujourd’hui, ne cultivent plus leurs céréales, beaucoup continuent à cultiver un potager et choisissent ou produisent souvent des variétés anciennes bien adaptées, riches et savoureuses. Ils sont les derniers à pouvoir influer, pour ce qui est des variétés légumières, sur la préservation d’un héritage fragile et réellement menacé.

Philippe Delwiche

Philippe Delwiche, Petite histoire des semences, Valériane, périodique de Nature et Progrès, n° 97, sept. oct. 2012


Notes et références
- 1. Georges Gibault, Histoire des légumes, Paris, Librairie Horticole, 1912, dons son avant-propos.
- 2. Michel Chauvet, Albert Bry, Pierre Moncourtois et Georges Trébuchet, « L’Histoire des légumes » in La diversité des plantes légumières : hier, aujourd’hui, actes du Symposium organisé à Angers du 17 au 19 octobre 1985, Paris, BRG/jATBA, 1986.
- 3. jack R. Harlan, Crops and man, Madison, American Society of Agronomy, 1975.
- 4. Henley est un agronome anglais... (Voir la note 1 du texte)
- 5. Gérard Sivery, Terroirs et communautés rurales dans l’Europe
occidentale au moyen âge, Lille, 1990, 202.
- 6. François Rabelais, Œuvres de Rabelais avec notice bibliographique par Henri Clouzot, Paris, Garnier, [ca 19191, tome Il, 381 et 389.
- 7. J. Charles Estienne et Jean Liebault, L’agriculture et maison rustique, s.l., s.é., 1625, livre second, 1538..179.
- 8. Nicolas de Bonnefons, Le lardinier français, Paris, Pierre Des-Hayes, 1651, 147.
- 9. de Combles, L’école duJardin potager, Paris, A. Boudet, Le Prieur, 1752, Il, 488.
- 10. de Combles, Op. cit., 1, 30.
- 11. joseph Bastin, Les plantes dans le parier, l’histoire et les usages de la Wallonie malmédienne, Liège, Vaillant-Carmanne, 1939, 112.
- 12. Le jardinage en Gaume dans la première partie du siècle, Rossignol, Groupe d’Histoire Collective, 1983, 178.
- 13. Fernand Danhaive, Les« Coteliers l> de la banlieue de Namur-Nord, Nomur, Le Guetteur wallon, 1983, 44.
- 14. de lombles, Op. cil., l, 308. Il,371.
- 15. De Combles parle d’une variété très populaire al/trefois. Devait-elle son nom à l’époque de la Régence (1715-1723) où Philippe d’Orléans gouverna pendant la minorité de Louis XV ?
- 16. de Combles, Op. cit., l, 293.
- 17. Variétés éponymes : variétés qui portent des noms de
lieux. Avant cette époque, les noms des variétés de légumes el de fruits étaient plutôt fondés sur la forme, la taille, la couleur, le goût ou sur une caractéristique particulière observable lors de la croissance.
- 18. Hervé René Martin, La Mondialisation racontée à ceux qui la

Notes :

[1Henley est un agronome anglais né vers 1240. Il acquiert une grande expérience comme intendant d’une exploitation des Midlands. Il est considéré, pour l’Europe occidentale, comme le pionnier des méthodes expérimentales en agriculture. Son œuvre, très didactique, révèle un esprit indépendant, libre de tout conservatisme. Il invite ses lecteurs à toujours conserver un esprit critique et préconise souvent d’essayer des méthodes culturales différentes afin de les comparer. Il termine sa vie comme dominicain. Son ouvrage Hosebondrye, écrit entre 1276 et 1290, est un des premiers traités d’agronomie du Moyen Âge. Il est composé de trois parties : l’élevage du bétail, la culture des céréales et la gestion manoriale.




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