PARENTS ET CONFINEMENT
Article mis en ligne le 10 mai 2020
dernière modification le 28 juillet 2020

Photo Fond du Logement
"Parents et confinement ? Bonne nouvelle, la liberté est bien réelle".
Les prisonniers l’appellent "la Belle". Aujourd’hui, plus que jamais, on la chérit, cette liberté. L’a-t-on réellement perdue ? Comment le parent peut-il l’instiller dans son éducation ? Dans la société ?

Qu’est-ce que cette situation de confinement apprend aux enfants sur leurs libertés ?

Bernard Felz, Professeur émérite de philosophie des sciences du vivant à l’UCLouvain,
Le ligueur, 29 AVRIL 2020

“Elle montre aux plus jeunes que l’on n’est pas enfermé dans une fatalité. Ils savent, parce qu’ils entendent suffisamment leurs parents le dire, que l’on est dans une société qui ne valorise que le rendement à court terme. En effet, le capitalisme dans les années 1950-60 a connu une évolution prodigieuse. Celui que l’on connaissait en Europe à cette époque était un capitalisme humain, entre deux feux : celui sauvage des États-Unis et un système communiste radical dans l’Union Soviétique. Arrivent les années 1980 et l’internationalisation de la marchandisation. Et depuis ? Plus aucun contre-pouvoir. Les conséquences ? Nos enfants les voient bien. Régression sociale. Retrait de l’investissement. Mais aujourd’hui, avec cette pandémie, les états mettent la santé comme priorité à tous les niveaux. ’On verra après’. Tous les économistes diraient que c’est de la folie. Attention, je ne dénigre pas les sciences économiques qui sont essentielles. Ne serait-ce que parce qu’elles décrivent des systèmes de contraintes à l’intérieur desquels subsistent des marges de manœuvre. Le politique, pour la bonne gestion de la cité, décide que le bien-être de tous l’emporte sur le reste. Ça, c’est un geste de liberté. Le parent peut s’appuyer sur cette reprise en main de la vie sociale d’une importance capitale par le politique pour l’avenir de nos sociétés. Et s’interroger sur la place qu’il va donner par la suite à l’éducation, à la santé, à la culture. Autant de conditions nécessaires pour une prise en compte des autres défis majeurs de notre époque, qui portent sur le long terme : je veux parler de la crise climatique et de la crise de la biodiversité. Là aussi, on voit bien qu’il n’y a pas de fatalité. Il y a de l’inertie sociétale, encouragée par des groupes d’intérêt. Le fait que ce soit une pandémie qui en soit l’occasion avec des enjeux de vie ou de mort à court terme nous montre bien comment nous sommes précisément liés au court terme.”

Vous pensez que l’on peut dire à nos enfants que cette crise va participer à la bonne marche du monde ?

“Nous avons le devoir de leur expliquer que nous vivons la crise du rapport moderne à la nature. Nature qui ne nous est pas extérieure, car, en effet, la nature est finie. Oui, nous vivons dans un monde fini. Notre écosystème Terre est limité. Et notre corps nous inscrit dans cet écosystème fini. Il y a de la grandeur à prendre conscience de sa finitude. Dans cette prise de conscience, il y a une sorte de réconciliation de l’humain avec lui-même. Le corps est ce qui permet la vie. La solidarité entre les humains, tous marqués par la finitude et la fragilité, est au fondement du lien social. Il s’agit maintenant de remettre ce lien social au coeur de l’organisation collective. Le monde est un village, c’est une réalité. Et la dimension parentale s’inscrit dans une universalité au niveau terrestre. Sacrée responsabilité, n’est-ce pas ?"

Extrait d’un article du Ligueur n° 9, 29 avril 2020