1.2 Hiver 1969 : le virus revient comme un boomerang...

1. Mise en perspective - (2) La grippe de Hong Kong
Christophe Lamfalussy, 20 avril 2020

Article mis en ligne le 4 septembre 2020
dernière modification le 5 septembre 2020

Il y a 50 ans, a grippe de Hong Kong frappait la Belgique dans l’indifférence générale.
Elle a pourtant tué au moins un million de personnes dans le monde en 1968 et 1969, y compris en Belgique. "C’est passé comme une sorte de tempête inévitable sur le monde et dont on n’avait pas la maîtrise."

Extraits d’un récit de Christophe Lamfalussy, 20 avril 2020.

Comment a-t-on pu oublier cette pandémie dévastatrice alors qu’aujourd’hui, chacun se dit qu’il se souviendra sans hésitation du Covid-19 et du confinement général qu’il a entraîné ?

Une pandémie en deux temps

La grippe de Hong Kong est venue en deux temps. Décelé dans la colonie britannique en juillet 1968, en provenance de Chine centrale, le virus s’attaque ensuite aux États-Unis où il crée une épidémie majeure à l’automne et en hiver Il fait près de 50.000 victimes en trois mois. L’Europe est peu affectée et les virologues de l’époque ne s’inquiètent guère.

A la télévision française, en décembre 1968, le docteur Geneviève Cateigne de l’Institut Pasteur déclare que "l’épidémie évoluera probablement comme une épidémie saisonnière assez banale.
Son raisonnement est que ceux qui ont vécu la grippe asiatique de 1956-1958, qui a fait entre 1 et 3 millions de morts, vont probablement être immunisés contre celle qui arrive. Elle recommande toutefois de. vacciner les personnes âgées, les femmes enceintes, les cardiaques, les insuffisants respiratoires et le personnel hospitalier.

Aujourd’hui, tout va plus vite

"La mondialisation des épidémies a toujours existé", explique le professeur Paul Bertrand, historien des épidémies à l’UCL. "Elle est évidente depuis la préhistoire. Ce qui change, c’est la rapidité avec laquelle elle se diffuse et l’hypercommunication. Pour que la grande peste du XIV" siècle passe de l’autre côté de la planète, il a fallu de 50 à 70 ans. Pour le Covid-19, il n’a fallu que quelques semaines."

Le Covid-19 surfe aussi sur les angoisses du temps présent, une incertitude sur le sort de la planète à laquelle vient s’ajouter un virus inconnu et insaisissable. "L’ennemi est là, raconte le professeur Bertrand. Il est insidieux. Il est très fort. Mais on ne sait pas si on peut en être la victime."
Les vieux démons reviennent, du bouc émissaire jusqu’à la délation. "Dès qu’un phénomène social a un impact très fort sur la société, comme une épidémie ou une famine, on cherche un bouc émissaire. On invoque des théories simplistes. Au Moyen Age, ce sont la Juifs et les pauvres. L’angoisse passe par le repli sur soi ou la fuite le plus loin possible", poursuit Paul Bertrand, qui trouve "effrayant" qu’on ait oublié les personnes âgées dans les maisons de retraite. "Jamais en Afrique la habitants ne voudraient abandonner leurs malades.

Après la pandémie, le rebond

Ce qui est positif, c’est que ces mouvements amènent de la solidarité, comme aujourd’hui mais aussi lors de la pandémie du sida qui a fait 32 millions de morts. "Lorsqu’on est sur les ruines d’une société balayée par la peste, il y a une volonté de reprendre les choses autrement, conclut l’historien. Six mois après, les sociétés sont ailleurs. Elles ont redéployé leur dynamique sur d’autres chemins."

LLB, 20 avril 2020