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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Donald Trump, écologiste malgré lui ?
Ses obsessions géopolitiques le prouvent : le président américain est un symptôme d’un monde à court de ressources.
Article mis en ligne le 2 mars 2026

Donald Trump, écologiste malgré lui ? L’expression peut sembler absurde. Donald Trump n’a jamais été un champion des accords climatiques, ni un défenseur des conférences internationales sur l’environnement. Et pourtant, à sa manière brutale et transactionnelle, il a parfaitement saisi le drame qui se joue en arrière-plan de la politique mondiale : l’épuisement progressif des ressources de la planète et la valeur stratégique vertigineuse de celles qui restent.

Publié dans La Libre le 27-02-2026

La carte de ses obsessions géopolitiques récentes est éloquente. Le Groenland et ses terres rares. L’Ukraine et ses minerais critiques. L’Iran et son énergie. Le Venezuela et son pétrole. Le Mexique et ses réserves d’hydrocarbures, de lithium et d’argent. Cuba et son nickel. À première vue, ces dossiers semblent dispersés. En réalité, ils dessinent une même ligne directrice : la sécurisation agressive des matières premières qui alimenteront les économies du XXIe siècle.

Coffre-fort minéral

Le Groenland n’est pas seulement une question de position stratégique dans l’Arctique. C’est un coffre-fort minéral. Ses sous-sols recèlent des terres rares, du lithium, du cobalt, autant de composants indispensables aux batteries, aux éoliennes, aux véhicules électriques et aux technologies numériques. Dans un monde dominé par la Chine sur ces chaînes d’approvisionnement, mettre la main sur des sources alternatives devient un impératif de puissance.
L’Ukraine, au-delà du drame humain de la guerre, représente aussi un réservoir de ressources critiques, du lithium au titane en passant par le graphite. Ces matériaux sont au cœur des industries de défense, de l’électronique et de la transition énergétique. Sécuriser un accès privilégié à ces gisements, c’est préparer la prochaine révolution industrielle.

Même logique pour les hydrocarbures. L’intérêt renouvelé pour le pétrole vénézuélien ou pour l’énergie iranienne ne relève pas seulement d’une diplomatie opportuniste. Il traduit la conscience que, malgré la transition en cours, le monde reste dépendant du pétrole et du gaz, et que le contrôle de ces flux demeure un levier majeur d’influence.
Ce qui se joue ici dépasse la figure de Trump. C’est la transformation silencieuse de la géopolitique en une compétition pour les ressources de la transition. Les métaux rares remplacent progressivement les territoires en tant qu’objets centraux de convoitise. Les chaînes d’approvisionnement deviennent des lignes de front. Chaque gisement stratégique redessine les rapports de force.

Prédateur lucide

Dans cette lecture du monde, Trump agit moins comme un idéologue que comme un prédateur lucide. Il voit que la planète entre dans une ère de rareté. Rareté des matières premières, rareté de l’énergie bon marché, rareté des ressources faciles à extraire. Sa réponse n’est ni écologique, ni coopérative. Elle est extractionniste et nationale. Mais elle part d’un diagnostic que beaucoup préfèrent ignorer.

La grande ironie est là. En cherchant à sécuriser agressivement l’accès aux ressources, il reconnaît implicitement que la croissance infinie sur une planète finie touche à ses limites. La bataille pour le lithium, le nickel ou le pétrole n’est pas un accident. C’est le symptôme d’un monde qui comprend, parfois confusément, que l’abondance n’est plus garantie.

La vraie question est ailleurs. Trump n’est pas un écologiste. La question est de savoir qui, demain, organisera la gestion durable de ces ressources devenues vitales. Si les démocraties laissent cette course se transformer en ruée anarchique, elles importeront avec les matières premières les conflits, les dépendances et les instabilités qui les accompagnent.
Derrière les provocations et les coups d’éclat se cache une intuition juste : le XXIe siècle sera celui de la guerre des ressources. Ceux qui contrôleront les métaux de la transition et les dernières grandes réserves d’énergie écriront les règles du jeu économique et politique. Continuer à traiter l’environnement comme un sujet périphérique relève de l’aveuglement. La crise écologique n’est plus un débat moral. C’est le cœur incandescent de la puissance mondiale.