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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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Michel Simonis

L’université face à la révolution Moocs
Article mis en ligne le 27 juin 2015
dernière modification le 28 juin 2015
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Lancés pour la toute première fois en Belgique par l’UCL en février dernier, les Moocs, ou cours en ligne ouverts à tous, ont leurs fervents partisans mais aussi leurs détracteurs. Si les premiers arguent d’un accès au savoir gratuit et universel, les seconds avancent que les Moocs ne remplaceront jamais un cours donné en face à face par un professeur et que les cours en ligne vont à l’encontre de l’essence même de l’université : le partage, la rencontre et l’interdisciplinarité.

Ces critiques, nullement contestées par les défenseurs des Moocs, ne sont qu’une partie des questions que soulève l’apparition des Moocs dans le paysage universitaire. Vont-ils remplacer l’enseignement traditionnel ? En quoi vont-ils affecter le rôle des professeurs et leur relation avec les étudiants ? Les cours en ligne vont-ils creuser l’écart entre les universités prestigieuses qui ont les ressources pour créer des Moocs et les autres ? C’est de tout cela dont un panel de spécialistes débat, ce jeudi, au Forum éthique 2014, organisé à Bruxelles par la Fondation universitaire.

Starification des professeurs

"Avec ce forum, on veut se donner le temps de la réflexion car on a trop tendance à adopter une technologie sans réfléchir assez aux effets secondaires possibles. On espère des débats profonds et animés" , indique Michel Gevers, professeur émérite à l’UCL et coordinateur du forum. "Nous avons notamment invité Bart Pattyn, un professeur d’éthique de la KUL, qui a étudié le phénomène Moocs et relevé un certain nombre de risques. Il souligne par exemple le danger de l’avènement d’un star system, déjà visible dans certaines universités américaines. Des professeurs, dont les Moocs sont connus internationalement, acquièrent un statut de star de l’internet, se sentent supérieurs et réclament une promotion" , poursuit Michel Gevers.

La question du coût

Le coordinateur du forum rappelle que, créer un Mooc, cela coûte cher. "Il faut un staff technique pour produire un son et des images impeccables, pour enrichir le cours d’images d’archives… Tout le monde ne peut pas se le permettre. A l’UCL, deux chercheurs du Core ont d’ailleurs publié il y a un mois un papier sur les aspects du business model à adopter pour les Moocs. Une réflexion est en cours sur l’idée d’un modèle gratuit ou payant pour les Moocs."

A l’échelle mondiale, on constate que les étudiants sont loin de constituer le gros du public des Moocs. Ils ne représentent que 15 à 20 % des utilisateurs. L’essentiel des personnes qui suivent les cours en ligne sont des adultes âgés de plus de 25 ans. "Et de plus en plus d’entreprises encouragent leurs cadres à regarder des Moocs pour enrichir leur formation. Des Moocs orientés vers le monde de l’entreprise vont donc se développer" , signale Michel Gevers.

Aide à la démocratisation

Olivier de Schutter est un des premiers professeurs de l’UCL a avoir créé son Mooc, intitulé "International human rights". Il a pu constater qu’il n’était pas suivi que par ses étudiants. "Les droits de l’homme, c’est une matière qui s’exporte très bien et une question qui encore très tabou et réprimée de par le monde. J’ai peu d’informations sur le public de mon cours mais je sais qu’il est suivi dans un grand nombre de pays comme la Syrie ou la Birmanie et hors du cadre universitaire. Il permet aux gens de s’équiper en savoirs ( "Il n’y a qu’à voir le succès en Afrique de l’Ouest" , précise-t-il) et donc d’aider à la démocratisation dans leur pays. C’est aussi cela qui m’a motivé à créer ce Mooc" , mentionne Olivier de Schutter.

Pour tous ceux que la question des enjeux des Moocs et de l’e-learning en général intéresse, il sera possible de suivre online un colloque organisé par UNamur, l’UCL et USL . Voir aussi le document de syhthèse.

"On a tous été emballé de suivre un Mooc"

Pionniers Sarah Cardinal, étudiante en 2e Bac Information et Communication à l’UCL, fait partie de cette toute première génération d’étudiants belges qui ont suivi, l’année académique dernière, un Mooc dans le cadre de leur cursus. "Il s’agissait d’un cours de Sciences politiques qui s’étalait sur cinq semaines. Chaque semaine, nous avons vu en ligne un chapitre différent. Le Mooc comportait des vidéos de dix minutes du professeur qui parle, enrichies de schémas, de photos, de plans qui structuraient la matière et qui se terminaient par un QCM. Nous devions également participer aux discussions sur le forum lié au Mooc et il y avait des wikis à créer ensemble" , explique la jeune femme. 

Ce cours en ligne suivait le principe du reverse learning et comptait pour ¼ des points de l’année. Selon Sarah Cavalier, l’enthousiasme des étudiants était au rendez-vous. "On a tous été emballé de suivre un Mooc. C’est vraiment une autre façon d’apprendre. On peut consulter le cours et le mettre sur pause quand on veut, voir notre progression via nos cotes affichées en ligne de semaine en semaine. L’interactivité est l’aspect le plus intéressant. C’était très enrichissant de partager les avis, les commentaires sur cette matière avec des étudiants d’une dizaine de pays et de cultures différentes sur le forum. Dans un cours en auditoire, il y a beaucoup moins de participation, de débats. Personnellement, ce cours m’a donné le goût à la politique en m’en faisant comprendre les concepts de base." 
 
L’étudiante reconnaît que les Moocs ne sont pas adaptés à toutes les matières de cours. "Et il faut le côté humain en plus" , dit-elle. Cette expérience, en tout cas, lui a donné l’envie de suivre d’autres Moocs pour le plaisir.

ISABELLE LEMAIRE Publié dans La Libre le mercredi 19 novembre 2014




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