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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Sarayaku, icône mondiale ?
La lettre de Jacques Dochamps
Article mis en ligne le 10 février 2017
dernière modification le 6 octobre 2017
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FRONTIERE DE VIE
Lettre d’information - Janvier 2017
Extraits

Ces 10 et 11 décembre, le groupe Atayak, qui a créé et gère la « Frontière de Vie » au cœur de Sarayaku, a fêté ses douze ans d’existence.
Pendant quelques heures, le peuple de Sarayaku a pu connaître un peu de repos et de détente bien mérités !
Un tel moment de pause permet de mesurer le chemin parcouru - il est énorme - ainsi que celui qui reste à franchir.
il est vertigineux.

Un article de Jacques Dochamps

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FRONTIèRE DE VIE JANVIER 2017

De passage en Belgique en octobre pour deux fortes conférences, à Bruxelles-laïque et à l’Université de Liège, José Gualinga, président du groupe d’Atayak, me confiait son émotion à l’idée du monceau de problèmes qui l’attendaient à son retour en Equateur. La quasi-totalité de la forêt amazonienne du pays est aujourd’hui mise sur le marché mondial, promise à l’exploitation pétrolière ou minière, activités profondément polluantes et destructrices. Les entreprises chinoises sont aux portes de Sarayaku et le pays au bord de l’explosion sociale.
Malgré cette adversité, toutefois, les forces et les capacités de Sarayaku sont mobilisées actuellement à leur maximum.

Ainsi, après des années de lutte acharnée, de sacrifices et de privations, c’est avec bonheur que de nombreuses familles développent, avec le soutien de la coopération allemande et Oro Verde Tropenwaldstiftung, des expériences de pisciculture et de petits élevages afin d’améliorer leur autonomie alimentaire. On se souvient aussi que l’Etat équatorien, condamné par un jugement historique de la CIDH (Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme) avait dû verser une somme importante à Sarayaku.

Grâce au projet FAST START de la Région Wallonne avec la Casa Nicaragua, les planteurs de la Frontière de Vie peuvent continuer leur impressionnant travail de plantation et d’entretien du futur « plus vaste symbole de paix de l’histoire de l’humanité », un groupe de 7 garde-forestiers sont en formation sur le terrain, et les leaders (l’équipe technique) de Sarayaku travaillent d’arrache-pied au projet pilote « Forêt Vivante », lequel va être présenté à de grandes institutions internationales au cours de cette année 2017.

« Forêt Vivante » , ce sera l’affirmation, jaillie du sein de la forêt amazonienne, que, oui, « un autre monde est possible », et que, oui, « Demain », un vaste plan de transition doit être mis en route par tous les citoyens, les peuples, les villes, les régions, les nations de notre communauté humaine désormais en péril et menacée dans son existence.

« Forêt vivante » , ce sera montrer comment un peuple indigène contemporain, ouvert au monde et à la technologie mais néanmoins résolument animiste, peut gérer, avec le soutien de la communauté internationale, sa science et ses chercheurs, une forêt tropicale du 21e siècle. Car il est clair aujourd’hui que sauver les forêts tropicales de notre Planète est une condition sine qua non de notre survie. Et que mettre fin, dés maintenant, à tout nouveau projet d’exploitation d’énergie fossile est un impératif absolu si nous ne voulons pas que nous et nos enfants soyons ravagés dans moins d’un siècle par la redoutable bombe climatique qui explose déjà sous nos yeux.

Car il faut être aveugle pour ne pas VOIR, aujourd’hui, que notre monde occidental, « cultivé » et « développé », nous a conduit au cœur d’un piège monstrueux dont nous cherchons désespérément la sortie.
Dans ce moment d’effroi, nous découvrons, stupéfaits, que les peuples indigènes – soit aujourd’hui 3 ou 4 % à peine de la population mondiale – vivent au sein de 80% de cette biodiversité planétaire en chute libre, et qu’ils sont les meilleurs alliés possibles pour la gérer et, on peut encore l’espérer, la sauver.

Voilà des siècles que nous avons tout fait pour éliminer ces « gêneurs », ces « primitifs », et voilà que, pour ne pas être nous-mêmes mis hors jeu, il nous faut réapprendre d’eux le sens profond de la vie, réapprendre que la Terre et tout ce qui y vit a une âme, est empli d’intelligence et de sensibilité, que tout parle, que le Monde est Chant.

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises ni de nos confrontations avec nos ombres. Car les montagnes d’argent promises maintenant aux pays du Sud achèvent de corrompre leurs pouvoirs politiques, pourrissent les mouvements associatifs, environnementalistes et même indigénistes. Les vautours sont lâchés et les mains se tendent pour saisir la pluie de billets verts agités par la communauté internationale dans le vain espoir de sauver sa peau sans se remettre vraiment en cause.

Les fausses solutions ne nous sauveront pas de nos vrais problèmes !

Une étude scientifique financée par la Région Ile de France a démontré que la forêt de Sarayaku contient 80 millions de tonnes de carbone. Ceci, à lui seul, devrait permettre à ce peuple de 1200 habitants de vivre dans de bonnes conditions pour continuer de gérer intelligemment ce trésor de l’humanité, mais une armée de pétroliers, de politiciens de tous bords et de soi-disant défenseurs de l’environnement fait désormais bloc pour accaparer la manne financière.

Dans son pays, Sarayaku apporte désormais son soutien aux autres peuples autochtones menacés par les projets miniers du gouvernement. C’est le cas actuellement pour le peuple Shuar Arutam, mis en danger par une exploitation minière chinoise.

L’occasion, pour Sarayaku, de remettre les « pendules à l’heure » :
« Le gouvernement équatorien a mis en œuvre des politiques publiques d’extraction des ressources naturelles et non renouvelables des territoires des peuples originaires, sans un processus de consultation préalable, libre et éclairée de bonne foi. (...) L’utilisation de la force coercitive par le gouvernement de Rafael Correa, en réprimant les citoyens équatoriens qui défendent la Nature comme sujet de droit, est illégitime, viole l’intégrité territoriale et représente une menace de génocide pour la vie e tous les peuples originaires d’Equateur. »

(déclaration de Sarayaku - décembre 2016)

Dans un superbe article paru en décembre dans la prestigieuse revue GEO, la journaliste Léia Santacroce décrit avec une grande justesse la stratégie audacieuse et subtile de cette « communauté amérindienne devenue l’icône mondiale de la lutte pacifique pour la protection de la Terre-Mère ». « Probablement le collectif animiste le plus connu au monde » surenchérit Philippe Descola, professeur au Collège de France et figure mondiale de l’ethnologie.

Jusqu’ici, nul n’a pu abattre Sarayaku.
Sarayaku déjoue les coups, nous réapprend que « spiritualité » se conjugue avec « action » et « engagement », nous rappelle à nos responsabilités d’être humain si nous voulons que survive notre espèce au sein d’un fort vaste Univers qui peut sans aucun problème se passer de nous.
Avec panache, Sarayaku a amené l’an dernier, en Europe, une fabuleuse pirogue de 10 mètres de long. Pas un objet, nous ont-ils dit, mais un « être vivant », une « messagère ». Kindy Challwa, la « pirogue du poisson-colibri », estimée à 90 000 euros par les assureurs, n’est pas à vendre.

Elle a fait son entée, en octobre, au premier étage du magnifique « Musée de l’Homme » de Paris, dont elle occupe une pièce entière. Prêtée pour deux ans. Prête à s’élancer en Europe, si on l’appelle, là où se jouera notre destin. Selon l’anthropologue américain Eduardo Kohn, « en parvenant à acheminer si loin ce canoé, ils ont signé l’acte le plus fort de leur diplomatie ».

Mais ce n’est qu’un début.

Jacques Dochamps
Président « Frontière de Vie – Belgique »

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