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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Eloge du génie créateur de la société civile...
Article mis en ligne le 10 novembre 2015
dernière modification le 12 novembre 2015
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Eloge du génie créateur de la société civile est un tout petit livre de Pierre RAbhi, paru en 2011. Une perle, ou des perles, plutôt.
En ces temps préparatoires de la Cop21 à Paris, je trouve intéressant d’en partager quelques citations particulièrement percutantes et bienvenues.

UN MODÈLE À L’AGONIE
Grippage de la civilisation de la combustion

Comment se fait-il que l’humanité, en dépit des ressources planétaires suffisantes et de ses prouesses technologiques sans précédent, ne parvienne pas à faire en sorte que chaque être humain puisse se nourrir, se vêtir, s’abriter, se soigner et développer les potentialités nécessaires à son accomplissement ?

Comment se fait-il que nous n’ayons pas pris conscience de la valeur inestimable de notre petite planète, seule oasis de vie au sein d’un désert sidéral infini, et que nous ne cessions de la piller, de la polluer, de la détruire aveuglément au lieu d’en prendre soin et d’y construire la paix et la concorde entre les peuples ?

La machine à exclure pour permettre l’augmentation du profit strictement financier fonctionne au détriment d’un bien-être réellement partagé, issu de l’effort de tous. Ainsi s’est établie la politique du pyromane pompier qui ne semble pas être remise en cause par la gouvernance des nations. Croire que cela puisse s’arranger sans renoncer au modèle actuel serait d’une grande et dangereuse naïveté. L’espace social, en particulier urbain dans lequel des foules considérables se côtoient tous les jours, est en réalité transformé en désert par l’anonymat et l’indifférence. Il est générateur d’une solitude particulièrement cruelle. C’est dans ce désert que des oasis humaines s’avèrent nécessaires. Ces considérations m’ont inspiré la proposition des Oasis en tous lieux 1, utopie fondée sur la mutualisation des moyens, des savoirs et des savoir-faire, au service de valeurs et d’aspirations partagées. L’association Oasis en tous lieux a pour mission de favoriser et de soutenir l’émergence de lieux de vie écologiques et solidaires par leur mise en réseau et l’accompagnement des projets naissants.

Renoncer à l’insatiabilité comme principe de vie, c’est reconnaître positivement et avec intelligence le caractère limité de la biosphère, comme demeure de l’humanité et de toutes les créatures qu’elle héberge. La venue d’une élégante civilisation de la modération, de la sobriété, du partage et du respect de la vie, ne peut être sans cesse ajournée sans risque de déflagrations universelles.
Le défi est donc de taille et seule une coalition active des consciences, fondée sur le devoir de respecter la vie et d’en prendre soin, peut opérer la mutation. Plutôt que de se contenter de quelques alternatives palliatives et éphémères, le temps d’un postulat radical, qui place l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations et de nos actions, est plus que venu. li est important d’insister sur le fait que c’est à son caractère pacifique et déterminé que la démarche devra sa force et son efficacité. Entre l’insatisfaction à l’égard du modèle actuel et l’impossibilité de retourner en arrière, il existe une voie qui devra concilier les acquis de la modernité avec les valeurs humanistes et écologiques, dont le caractère intemporel est le gage de leurs bienfaits en tous temps et en tous lieux. Un magnifique chantier s’offre à l’imagination des bâtisseurs du futur.

1. Pour plus d’information, rendez-vous sur le site internet des Oasis en tous lieux : www.oasiscnlouslieux.org.


AGROECOLOGIE

Rappelons, compte tenu de la gravité de l’enjeu alimentaire, que l’agroécologie libère les paysans des intrants chimiques, des pesticides de synthèse et d’une mécanisation excessive. Elle redonne aux sols leur vitalité, lutte contre l’érosion, valorise les eaux pluviales ainsi que les semences traditionnelles reproductibles et transmissibles, améliore la condition des paysans et participe à leur stabilisation sur leurs divers territoires, ce qui contribue à limiter considérablement le phénomène de migration qui est aujourd’hui devenu un immense problème. Compte tenu d’une conjoncture qui a considérablement évolué vers une récession planétaire, l’émigration sera de plus en plus insoutenable, et donc la cause de violences.

Les sollicitations à appliquer les méthodes agroécologiques affluent aujourd’hui et notre capacité à répondre à cette demande exponentielle reste limitée. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de créer la Fondation Pierre Rabhi pour la sécurité, la salubrité et l’autonomie alimentaire des populations. Nous sollicitons ouvertement, et avec toute notre profonde gratitude, toute aide qui pourrait participer à constituer un fonds à la mesure de notre détermination à donner à cette solution humaniste et écologique le plus grand espace possible. Nous disposons d’un potentiel de savoirs et de savoir-faire avec des compétences importantes, mobilisables au nord comme au sud. Les pénuries et les famines qui affectent des milliards d’êtres humains sont d’autant plus indignes et injustifiées que les solutions existent et que nous sommes déterminés à continuer à les divulguer et à les enseigner.

1. Lire le rapport d’Olivier De Schutter, rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, publié par les Nations unies en décembre 2010.


INCARNER LES UTOPIES

Si l’agroécologie apporte une réponse à la problématique alimentaire mondiale, il est évident, dans le contexte actuel, que tous les secteurs de la société et du vivre-ensemble sont à repenser, à réinventer : éducation, économie, énergie, aménagement du territoire, etc. Un défi est lancé à l’imagination libérée de tout ce qui la maintient dans le conformisme, les stéréotypes, une vision pétrifiée inspirée par une pensée exiguë. Jamais autant qu’aujourd’hui, dans une société corsetée, paralysée, enlisée dans ses prouesses technologiques et sa soumission au lucre, l’utopie n’a été aussi indispensable à la poursuite de l’histoire. I est regrettable que celle-là soit souvent confondue avec la chimère, à savoir une illusion. Etymologiquement, l’utopie est "ce qui n’a jamais été réalisé", un "non-lieu". Ce lieu qui n’existe pas est justement ce qui nous invite à le faire exister et s’offre à tous les possibles.


Nous croyons profondément qu’un changement de société adviendra par le changement des individus qui la composent. C’est la raison pour laquelle nous n’aurons pas recours au réflexe du bouc émissaire, vieux comme le monde, gui nous dédouanerait de notre propre responsabilité. Le poing levé et les barricades ne garantissent pas des tyrannies qui, trop souvent, ont fleuri sur le terreau des révoltes, comme l’histoire nous l’a jusqu’à aujourd’hui abondamment démontré. Certaines dictatures parmi les plus féroces ont pris prétexte, pour s’installer, d’une révolte tout à fait légitime contre l’oppression. Malheureusement, les opprimés sont des oppresseurs en devenir, et il en sera toujours ainsi tant que chaque individu n’aura pas éradiqué en lui-même les germes de l’oppression.


L’humanité a désormais autre chose à faire que de s’échouer sur les récifs de ses propres aberrations.


Quand on y réfléchit sereinement et profondement, qu’y a-t-il de plus beau, de plus exaltant qu’une œuvre commune de création nourrie par un enthousiasme suscité par l’intelligence de la vie ? Selon Victor Hugo, "Il n ’y a rien de plus puissant qu’une idée dont le temps est venu". Il nous reste maintenant à vérifier si cette affirmation est juste. en nous invitant mutuellement à bâtir ensemble la société nouvelle à laquelle nous sommes de plus en plus nombreux à aspirer. Nous nous le devons à nous-mêmes mais aussi et surtout, avec une responsabilité morale incontournable, aux générations qui vont nous suivre.

Août 2011

Éloge du génie créateur de la société civile Pierre Rabhi
Actes Sud - Babel - N° 1343
Edition Septembre 2015 - 64 pages. Prix : 5.00 €




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