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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Ce que révèle notre façon de voir la radicalisation.
Article mis en ligne le 6 juillet 2015
dernière modification le 10 juillet 2015
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"La notion de « radicalisation » s’invite dans tous les débats politiques et médiatiques. Il s’agit de lutter contre la radicalisation, conçue comme la « machine à produire les terroristes », et des plans de « lutte contre la radicalisation en prison » ou encore « à l’école » sont présentés par les gouvernements un peu partout en Europe."

Tous ces plans trouvent racine dans les discours d’experts en sécurité dont le point commun tient dans une double hypothèse que recouvre la notion de radicalisation : les terroristes sont des déviants ; et leur déviance est le fruit d’une trajectoire individuelle qu’on peut décomposer en une série d’étapes, passant par des interactions déterminantes.

Cette double hypothèse a deux conséquences :
D’une part, puisque les terroristes sont des déviants, il n’est pas envisageable que leurs schémas de pensée puissent être cohérents et analysés de manière rationnelle et on peut donc s’abstenir d’une étude approfondie de ces schémas.
D’autre part, puisque leur déviance est l’effet d’une suite de causes, "elle peut être empêchée par des mesures ciblées — qui ont, elles, l’avantage d’éviter l’examen approfondi des structures sociales. C’est pour cela que l’on évoque la radicalisation à l’école et non par l’école, ou la radicalisation en prison, et non par la prison".

"Le concept de radicalisation arrive par là à dissimuler la contradiction fondamentale d’une forme de pensée qui se refuse à entrevoir la folie comme production sociale et en même temps souhaite la contrôler : en considérant la « djihadisation » comme une maladie (par essence exogène à la structure sociale) contaminant certains individus éventuellement « prédisposés », on veut lui appliquer un protocole de contrôle épidémique"— ce qui, pour un gouvernement, est évidemment préférable à une analyse en profondeur, plus structurelle.

"Mais plus que ce que la « lutte contre la radicalisation » dit, ce qui mérite d’être soulevé, c’est ce qu’elle ne dit pas. Ou plutôt, ce qu’elle dit en creux. La personne que l’on diagnostique comme déviante ou sur le chemin de la déviance révèle en effet « par l’extérieur » ce que l’on considère comme l’état « normal » du citoyen."

"Et le premier constat en la matière, c’est que forcément, le citoyen normal n’est pas musulman. Ou alors, il l’est tellement peu que cela ne se voit pas du tout. Tous les débats sur la lutte contre la radicalisation visent plus ou moins explicitement les « terroristes islamistes » potentiels, dont un facteur de prédisposition serait d’être musulman. C’est parce que l’on a décidé qu’il fallait pouvoir prédire en amont la « déviance terroriste » que l’on a établi cette « prédisposition » comme existante". En oubliant de voir que le « basculement » n’est évidemment pas forcément le fait d’un « cheminement dans la foi ».

Le "citoyen normal" n’est pas immigré, ni enfant d’immigré (à moins qu’il donne tous les gages de sa totale assimilation en rejetant complètement ses racines étrangères).

Voilà le mot clé : racines étrangères. Le problème de la radicalisation est en effet systématiquement lié à un ennemi extérieur : c’est parce qu’il y a des puissances qui débauchent, entrainent et arment des personnes résidant « chez nous » que le terrorisme existe. Dans l’optique de la radicalisation, l’ennemi intérieur est toujours conçu comme lié à la menace des ennemis extérieurs.

Ainsi, toutes les mesures de « lutte contre la radicalisation » sont pensées comme des modules que l’on va pouvoir greffer sur le système social, politique et économique existant sans jamais le remettre en question. Or justement, s’il y a un sens profond à l’action politique, c’est de porter un « projet de société », ce que certains nomment l’« idéologie ». L’engagement politique ne prend sens, dans cette perspective, que dans une certaine forme de radicalité, passant par une critique minutieuse et exhaustive des structures sociales.

Extraits de l’Editorial de Renaud Maes, "Radicalisation et démission politique", La Revue Nouvelle, n° 3, 2015

http://www.revuenouvelle.be/Radicalisation-et-demission-politique




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