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Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Pour une citoyenneté interculturelle
Article mis en ligne le 2 juillet 2015
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• Une citoyenneté véritable suppose la reconnaissance des identités culturelles, du chemin déjà parcouru ensemble, de la contribution de tous. Elle suppose un patient travail d’élaboration pratique de normes partagées, la construction de causes communes, la découverte d’horizons communs qui permettent d’inclure les différences

• Conjuguée avec les inégalités sociales dans un contexte de crise économique, une des formes classiques de domination culturelle fonctionne comme une "fabrique de l’ennemi", en donnant des arguments à la radicalisation des dominés.

Extraits d’une opinion de Christine Kulakowski, Directrice du Centre bruxellois d’action interculturelle.

La dimension musulmane de Bruxelles, ville-région, a été trop longtemps peu considérée ou reléguée dans la dimension privée. Une citoyenneté interculturelle a plus que jamais sa raison d’être.
Il aura donc fallu les récents et tragiques événements parisiens pour entendre certains décideurs politiques affirmer, avec une détermination un peu tardive, la nécessité incontournable du travail collectif sur l’interculturalité. Cette nécessité, qui est une évidence pour le Centre bruxellois d’action interculturelle (CBAI), il y a bien des années que nous essayons de la faire entendre. Parfois avec le sentiment d’être une voix qui crie dans le désert.
(…)
Le travail interculturel, trop peu reconnu et valorisé, accompli par des associations, par des équipes et des services, voire par des acteurs individuels, a permis d’éviter que la situation soit aujourd’hui bien pire encore que celle que nous connaissons.
(…)
Dans les années 60, la Belgique avait importé une main-d’œuvre étrangère. C’était certes des bras, de la force de travail… Mais on avait oublié, semblait-il, que c’était des êtres humains à part entière qui avaient immigré.
Des êtres humains, donc des êtres de culture, avec des sentiments, des liens affectifs, des familles, des enfants à éduquer qui grandiraient dans cette société. Trop souvent ces êtres humains n’étaient envisagés que dans une étroite perspective socio-économique.

Progressivement, s’est développée l’idée d’une nécessaire citoyenneté interculturelle, sans laquelle il est vain, selon nous, de parler de cohésion sociale.

Il n’y a pas de cohésion sociale envisageable, dans une ville multiculturelle comme Bruxelles, sans le développement d’une citoyenneté nouvelle, participative et interculturelle. Et celle-ci ne peut se réduire à un travail d’information citoyenne dans une perspective d’assimilation.

Une citoyenneté véritable suppose la reconnaissance des identités culturelles, du chemin déjà parcouru ensemble, de la contribution de tous. Elle suppose un patient travail d’élaboration pratique de normes partagées, la construction de causes communes, la découverte d’horizons communs qui permettent d’inclure les différences.

Pour ce qui concerne plus précisément la dimension musulmane de notre ville-région, on peut regretter, avec le sociologue Felice Dassetto, que celle-ci ait été trop longtemps peu considérée ou strictement reléguée dans la dimension privée.

Ce déni de reconnaissance, aussi bien par certains chercheurs que par le monde politique, a probablement différentes causes, idéologiques bien sûr, mais aussi liées à une sorte de paresse ethnocentrique, rendant difficile de prendre en compte l’existence de l’autre et des différentes facettes de son identité.

C’est une des formes classiques de la domination culturelle. Conjuguée avec les inégalités sociales dans un contexte de crise économique, elle fonctionne alors comme une "fabrique de l’ennemi", en donnant des arguments à la radicalisation des dominés. Sans négliger par ailleurs la prédication et les moyens financiers énormes déployés par l’islam wahhabite pour prendre en otages les musulmans européens et leur faire accepter sa version conservatrice et littéraliste de la religion.

Le principal défi actuel de l’interculturalité, à Bruxelles (et en Belgique), peut selon nous être formulé dans les termes proposés par Felice Dassetto dans son remarquable ouvrage "L’Iris et le Croissant" [1] : "la co-inclusion des différents aspects de la vie citoyenne avec la réalité de la dimension musulmane dans la ville" . Cela suppose des lieux de "frottement" [2], de débat et de dialogue.

Cela suppose le courage de surmonter les peurs, la volonté de se rencontrer plutôt que de se fantasmer à distance par médias interposés. Cela implique aussi une attitude de respect et de loyauté, des dispositifs de concertation et donc de la participation. Pour cela des acteurs sociaux doivent être formés, capables d’incarner cette attitude et de mettre en place de tels lieux de rencontre, de tels débats et projets communs.

Evidemment le discours le plus fort aujourd’hui, alors que nous sommes tous plus ou moins traumatisés par les violences commises et les gouffres collectifs qu’elles révèlent, c’est le tout sécuritaire. Il est essentiel de ne pas nous contenter de ce discours, ni des mesures de contrôle, de surveillance et de renforcement des polices qui vont être instaurées.

Nous devrons au contraire rester vigilants pour tout ce qui concerne les libertés publiques et le respect des garanties de l’Etat de droit. De sombres périodes dans le passé nous ont montré à quel point nos valeurs démocratiques peuvent devenir fragiles en temps de crise.

Christine Kulakowski
Directrice du Centre bruxellois d’action interculturelle
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Opinion publiée dans La Libre le dimanche 01 février 2015
(C’est moi, MS, qui ai souligné certains passages)

Notes :

[1Felice Dassetto, "L’Iris et le Croissant", Louvain-La-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2011, p. 376.

[2Selon la formule du sociologue Altay Manço




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