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Michel Simonis

« Le Coran pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses »
Metro, mardi 30 septembre 2014
Article mis en ligne le 23 janvier 2015
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Aux raccourcis faits sur l’islam et les musulmans, l’islamologue franco-marocain Rachid Benzine oppose une lecture critique et historique du Coran. Il dénonce les kidnappings dont le texte fait l’objet ces dernières années. Rencontre avec un nouveau penseur de l’islam.

Quel constat posez-vous sur la situation actuelle de l’Islam ?

Nous sommes face a des fondamentalistes à l’intérieur et extérieur de l’islam qui prétendent savoir comment lire les textes. Le Coran est de plus en plus kidnappé par les uns et par les autres. Or il ne faut pas oublier que la lecture que nous faisons aujourd’hui sont des prétextes pour justifier n’importe quoi. Parmi ces gens qui prétendent connaître le Coran, on peut évidemment citer l’État islamique, et aussi Michel Onfray ou encore des politiques prêts à tout pour gagner des voix. Et c’est là que les musulmans sont invités à réagir sur ce qu’on dit d’eux. On assiste à une désappropriation du Coran.

Que faut-il garder à l’esprit en lisant le Coran ?

Aux Occidentaux - et je me considère comme un Occidental - je dis que nous nous faisons des représentations de l’Islam qui sont fausses historiquement. Les sociétés occidentales ont suivi une sécularisation très poussée. Mais l’Islam connait depuis 80 ans une destinée tragique. Après les indépendances, on a vécu les phénomènes d’étatisation de la religion, avec d’une part la mobilisation politique du religieux par les Frères musulmans et les islamistes, et d’autre part, la ’wahhabisation’ de la société comme en Arabie saoudite qui pollue les esprits depuis une cinquantaine d’années avec sa vision rigoriste. Ces aspects géopolitiques m’amènent à penser que la coalition occidentale ne règlera rien de ce qui se passe en Irak et en Syrie. L’EI est la conséquence d’un mouvement de fond qui va durer.

Pourquoi ?

Tous ces jeunes Européens partis combattre sont des enfants de la Belgique, de la France. etc. Tant qu’on n’aura pas compris cela, on continuera à pointer l’Islam du doigt. A cela s’ajoute une pratique religieuse qui est en train d’imploser. Aujourd’hui, n’importe quel prédicateur peut diffuser ses prêches sur internet. On dit d’ailleurs aujourd’hui que les trois piliers de l’Islam sont le Coran, la sunna (la tradition prophétique) et internet. Le jeune ne se radicalise donc plus dans les mosquées mais dans sa chambre à travers internet. C’est pourquoi ces personnes sont en rupture avec la tradition de leur père et la tradition musulmane. Chacun se bricole sa petite vérité. C’est en quelque sorte l’impact de la mondialisation sur l’Islam.

Votre réponse, c’est donc l’approche historique ?

Je pose la question du contexte d’apparition du Coran. Historiquement, on sait très peu de choses. Il faut se transposer dans la partie ouest de l’Arabie saoudite de l’époque, entre La Mecque et Médine. Quel est le contexte de la prédication faite entre 610 et 630, date absolument invérifiable ? Les textes seconds. comme la sunna, sont eux apparus 150 ans après. On peut conclure que la société qui avait entendu la parole coranique n’est pas la même que celle qui mettra en place les textes seconds. Alors qu’on lie souvent les deux textes.’

Peut-on finalement garder la foi après la déconstruction ?

Bien sur. Pour moi, le Coran pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Je crois qu’il est plus difficile aujourd’hui d’être un croyant sincère, mais la foi est une épreuve de confiance.

Une histoire de courage ...

Il faut oser dire aux gens qu’il y a beaucoup de choses que nous ne savons pas sur le Coran. Je commence toujours mes conférences en installant cette incertitude historique. Je dis au public de mes conférences que ce texte, le Coran ne s’adresse pas à lui. Mais à des hommes qui à l’époque ne s’appelaient même pas musulmans.

Metro, mardi 30 septembre 2014




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