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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Méditerranéennes : mille et un combats
Article mis en ligne le 3 novembre 2013
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L’émission m’a impressionné. Comme la note d’intention de Serge Moati, son auteur, et le témoignage des nombreuses intervenantes, dont voici une présentation.
En particulier Aïcha Ech Channa, qui, Au Maroc, milite depuis 50 ans contre l’exclusion, totale, des mères célibataires et de leurs enfants, de leurs “bâtards”… quand
Et Asma Aghbarieh, qui, en Israël, tente de permettre aux femmes appartenant à l’importante minorité arabe du pays d’accéder au travail, alors que 80% d’entre elles en sont exclues.
Et il y a bien sûr toutes les autres.
MS

Extrait du documentaire, qu’on ne peut hélas pas revoir

Résumé

Un voyage en Méditerranée. Du côté des femmes, à la rencontre des Méditerranéennes.

Dans les révolutions, en Tunisie comme en Égypte, des femmes ont été en premières lignes pour manifester leur soif de démocratie et de liberté. Ces luttes, elles les partagent avec d’autres femmes en Espagne, en Israël, mais aussi en Italie ou au Maroc. Ces « soeurs » en Méditerranée portent en elles des combats et des espoirs pour leurs droits, pour leurs pays et pour l’avenir d’un « vivre ensemble » pacifique et tolérant. Qu’elles soient artistes, juristes, journalistes ou simplement femmes citoyennes et militantes, elles ont pour point commun de dire non. Non à la dictature et à l’injustice sociale, au harcèlement sexuel et à l’instrumentalisation de leur corps. Non aux lois qui les emprisonnent. Portraits de ces femmes engagées qui composent une mosaïque singulière et humaniste sur toutes ces forces en mouvement. Droit devant.

Notes d’intention

Note d’intention de Serge Moati :

Un mur de photos.
Des femmes, innombrables, posent face à l’objectif, une pancarte à la main :
« Je soutiens les luttes des femmes de Méditerranée… ». Elles sont voilées, non voilées, chrétiennes, musulmanes, juives ou athées, différentes, tellement différentes, et pourtant unies, au-delà des frontières, par une même bataille, pour la reconnaissance de leurs droits, de femmes comme de citoyennes. C’est de leurs combats qu’il s’agit ici, mille et un combats de ces remarquables femmes méditerranéennes rencontrées.

Il y a Emel dont les chants ont galvanisé les révolutionnaires, Shahinaz, la blogueuse qui s’insurgeait contre Moubarak dès 2005, Ada, l’égérie des Indignés espagnols et Daphni aussi, l’initiatrice de la révolution des tentes en Israël… Ces deux dernières années, sur les rivages de notre « Mare nostrum », elles se sont dressées et ont manifesté pour la liberté et l’égalité, allumant des étincelles qui ont embrasé toute une partie de la Méditerranée. Partout - en Tunisie, en Egypte, en Israël, en Grèce, en Espagne – ce sont les femmes, oui, qui ont été au premier rang des luttes, pour elles et pour leur peuple.

Et puis une photo est apparue sur internet, et a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans toute la Méditerranée. Un autoportrait nu d’Aliaa El Maady, comme un manifeste contre un corps féminin caché, enfermé ; comme une révolution dans la révolution : celle des femmes. Une photo renvoyant dos à dos deux modèles, transmis sans relâche de mère en fille, de média en média, des clips libanais aux télévisions berlusconiennes : celui de la bimbo dénudée Vs celui de la mère chaste et souvent voilée. Qu’elles soient réalisatrices, photographes, plasticiennes, danseuses, d’Italie au Maroc, de France en Tunisie, des artistes s’insurgent contre ces représentations figées, et en créent d’autres, les leurs. Comme un appel à sortir des carcans, comme un appel à la liberté et à enfin assumer une identité de femme complexe et multiple. Loin de la honte de ce corps féminin, que beaucoup de Méditerranéennes ressentent…

Ce corps, il est régulièrement maltraité, brisé, violé. Harcèlement en Egypte, viols sordides commis partout et parfois même utilisés comme arme politique pour briser les militantes, la violence contre les femmes se déchaîne. Mais partout aussi, la résistance s’organise, comme en Egypte où la jeune musulmane Samira Ebrahim, après avoir été arrêtée lors d’une manifestation et avoir subi un test de virginité de la part de l’armée osa, fait inédit, porter plainte et gagna son procès. Cette violence, elle prend aussi d’autres formes, sociales. Au Maroc, Aïcha Ech Channa milite depuis 50 ans contre l’exclusion, totale, des mères célibataires et de leurs enfants, de leurs “bâtards”… quand en Israël, Asma Aghbarieh tente de permettre aux femmes appartenant à l’importante minorité arabe du pays d’accéder au travail, alors que 80% d’entre elles en sont exclues. Pour elle, pour elles, pas d’émancipation possible, vis à vis des hommes comme des traditions, sans autonomie financière…

Tous ces combats prennent aujourd’hui encore plus d’ampleur : alors que les nationalistes orthodoxes ont rejoint le gouvernement de Benjamin Netanyahu, que des gouvernements conservateurs prennent le pouvoir sur toutes les rives, les islamistes ont été élus dans les pays du printemps arabe. Et très vite, les politiques anti-femmes se sont multipliées… Mais le combat continue ! Malgré les risques et les menaces, toutes ces militantes, ces “femmes courage” n’ont pas fini d’en découdre : plus que jamais, la Méditerranée a besoin d’elles

Sur la Méditerranée, matrice de notre civilisation, souffle à nouveau le vent de l’Histoire. Ce film repose sur cette conviction : ce qui se joue en ce moment pour les femmes des deux rives peut être décisif pour l’avenir de ces pays, pour l’avenir des femmes, et, oui, voire même, peut-être, pour l’avenir du monde…

Serge MOATI

Les « Méditerranéennes »

Tunisie : Emel Mathlouthi, Sana Ben Achour, Amira Chebli, Yamina Thabet et Faouzia Zouari.
Egypte : Shahinaz Abdel Salam, Pakinam Badr, Fatma Naoot, Farida El Nakash, Samira Ebrahim, Sama Al Masry.
Maroc  : Aicha Ech’Channa, Leïla Ghandi, Majida Khattari.
Espagne : Ada Colau.
Israël : Daphni Leef, Asma Aghbarieh.
Italie  : Lorella Zanardo.

Avec ses chants comme arme de résistance, Emel Mathlouthi, artiste, a encouragé les révolutionnaires tunisiens à faire face à la répression. Dès 2005 alors qu’ils n’étaient qu’une vingtaine,

Shahinaz Abdel Salam, ingénieure, était l’une des premières à manifester place Tahrir ; elle fait partie de ces activistes du net qui ont réussi à convaincre leurs compatriotes de dépasser leurs peurs pour aller occuper la place publique. Ces militantes trouvent un écho dans le mouvement des Indignés, avec une même réflexion critique sur le leadership politique et sur la capacité des citoyens à se gouverner eux-mêmes.

A Barcelone, Ada Colau, cadre associatif, s’oppose aux expulsions des propriétaires victimes de la crise des hypothèques. Avec son association, elle vient de convaincre le Parlement d’étudier la remise à plat du système des prêts bancaires suite à la pétition signée par près de 1,5 million d’Espagnols.

A Tel-Aviv, c’est Daphni Leef, monteuse de films, sans logement, qui, en plantant sa tente en plein centre-ville, déclencha « la révolte des tentes », un mouvement inédit de contestation sociale qui rassembla plus de 400 000 Israëliens, dépassant toute question d’appartenance politique ou religieuse. Des citoyennes en mouvement rattrapées par leurs conditions de femmes, et mobilisées contre toutes les formes de violences physiques et sociales.
Au Maroc, les relations sexuelles hors mariage sont tabous, les femmes en sont jugées responsables et coupables, passibles de prison même si la loi est rarement appliquée. Les mères célibataires sont marginalisées et se résignent la plupart du temps à abandonner leurs enfants.

Aicha Ech’Channa, accompagne avec son association Solidarité féminine ces mères et leurs enfants : ces « bâtards » qui souffriront toute leur vie de leur origine tant sur le plan social que juridique. Avec son franc-parler, Aicha sonne plus que jamais l’alarme sur cette tragique réalité.

En Israël, 80% des femmes appartenant à l’importante minorité arabe n’ont pas d’activité professionnelle salariée. Pour Asma Agbarieh, syndicaliste, la première bataille est celle du travail, la clef du changement du statut social de la femme. Elle accompagne ces femmes dans la recherche d’un emploi et parfois même, les aide, à en convaincre au préalable leurs maris.

83% des Égyptiennes ont été victimes au moins une fois de harcèlement sexuel. Avec son association Basma (« empreinte ») l’architecte Pakinam Badr entend bien contrarier cette pratique dramatiquement courante en multipliant les campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux, dans les médias, la rue ou les stations de métro.

Toujours en Egypte, Samira Ebrahim, sans emploi aujourd’hui, fut la première à porter plainte contre l’armée qui lui avait imposé un test de virginité comme à de nombreuses autres manifestantes. Devenue une icône dans son pays, comme en témoignent les graffitis sur les murs du Caire, Samira ose rester rebelle et proclame qu’elle ôtera son voile le jour où on l’obligera à le porter.
Ce voile que questionne Majida Khattari dans ses performances haute couture, des défilés qui dénoncent l’oppression et l’ambiguïté vis à vis du corps de la femme. Femmes voilées ou non voilées, leurs corps couverts, recouverts ou découverts.

Ce corps nu paraît être un véritable baromètre de la liberté au sein de la société comme l’a démontré l’exil contraint de la jeune Egyptienne Aliaa El Maahdy en Suède, suite à la publication sur son blog de son autoportrait vu des millions de fois. Une photo en noir et blanc à l’exception de deux touches rouges, ses ballerines et une fleur dans les cheveux, qui la représente nue, le regard braqué sur nous, pour nous interpeller. Les avis de nos Méditerranéennes divergent sur ce geste artistique et politique, entre enthousiasme et soutien, hostilité ou réprobation.

Toutes réclament néanmoins le droit au respect de leur corps, symbole de leur rôle et de leur statut, comme la documentariste italienne Lorella Zanardo. Par ses films et les actions de pédagogie à l’image qu’elle initie dans les écoles, elle combat l’instrumentalisation du corps féminin par la télévision italienne, cette fabrication médiatique de créatures botoxées et décervelées au détriment des « vraies » femmes totalement disparues des écrans.

C’est aussi autour des représentations que s’articule l’engagement d’Amira Chebli et Leïla Ghandi. Toutes deux souhaitent incarner au quotidien une « autre » femme arabe, libre, autonome, sortie des murs de son intérieur.

La première a dû franchir bien des obstacles pour être acceptée comme danseuse ; à travers son premier rôle dans un feuilleton à succès, elle a voulu donner à voir l’image d’une femme tunisienne militante, loin des clichés véhiculés au sein de son pays.

La deuxième, globe trotteuse invétérée, cherche à travers sa série documentaire mensuelle à ouvrir ses compatriotes au dialogue avec le monde ; par le biais d’autres projets photographiques, elle veut diffuser, contre des approches plus monolithiques et dangereuses, une vision riche et nuancée de ce que sont les Marocaines, telles ces boxeuses issues des milieux populaires qu’elle nous présente. Au sein de ces sociétés patriarcales, chacune de ces femmes porte en elle un combat et un espoir.

Elles sont la mémoire et l’avenir d’une Méditerranée ouverte sur le monde, à l’instar de Faouzia Zouari, qui prône à travers ses écrits un féminisme méditerranéen, dont l’objectif ultime serait de voir ressurgir une Méditerranée cosmopolite, tolérante, politique et pacifique.
Nos Méditerranéennes seraient-elles les premières bâtisseuses de cet espace ? Une pluralité de portraits qui compose une mosaïque singulière et humaniste pour un film engagé et engageant sur ces forces en mouvement, sur ces femmes citoyennes.

P.S. :

Émission d’A2 du 18/06/2013.
Il n’est malheureusement pas possible de revoir ce programme. Seulement des extraits, un peu racoleur, et peu représentatifs de l’émisson. Dommage.
http://www.france2.fr/emissions/infrarouge/diffusions/18-06-2013_64047

Un pays semble avoir été oublié... L’Algérie. Alors, je vous invite à lire l’article que j’ai trouvé sur le site de Michel Colon :




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