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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Les outils de la pensée
Article mis en ligne le 23 août 2012
dernière modification le 23 septembre 2012
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Luc de BRABANDERE, Maître de conférence à la Louvain School of Management, auteur notamment de “Petite philosophie des grandes trouvailles” [1] est souvent passionnant à lire. Voici quelques extraits de ses réflexions que je me suis permis de commenter en notes (en vert).

Quand on ne pense pas (assez) les nouveaux outils, le risque est grand de rajouter simplement du neuf sur du vieux, d’appliquer une équation simpliste du type : Outil existant + nouvelle technologie = outil du futur Ce fut par exemple le cas avec l’électricité.

Les premières machines à coudre électriques étaient des machines mécaniques où un moteur ajouté actionnait le système bielle-manivelle à la place des pieds. Idem pour les premières machines à calculer électriques. Un moteur ajouté remplaçait le bras humain qui ne devait plus dès lors tirer sur le manche. Dans les églises, un moteur était ajouté pour remonter les poids qui, en descendant, faisaient balancer les cloches Les exemples sont nombreux où l’on croit inventer mais les objets et les modèles mentaux restent en fin de compte inchangés. Et le "progrès" a alors toutes les chances d’être illusoire.

Il y a longtemps, les voitures étaient équipées de flèches pour indiquer une intention de tourner à gauche ou à droite. Mais celui qui a remplacé le bras du conducteur par une flèche mécanique n’a pas vraiment pensé, il a surtout imité. L’invention du clignotant a été possible le jour où l’homme a arrêté de regarder son bras. Les premiers prototypes d’avion avaient des ailes qu’on essayait de faire "battre" de bas en haut et de haut en bas. L’homme a réussi à voler quand il arrêté de regarder les oiseaux [2]. Les premiers wagons de chemin de fer avaient autant de portes que de compartiments. Le modèle de la diligence avait simplement été démultiplié, ce qui permet de ne pas trop penser.

La "télévision scolaire" de mon enfance a probablement produit les émissions les plus ennuyeuses de l’histoire du petit écran. Elle illustre à nouveau cette même équation cul-de-sac. On s’était contenté de filmer un professeur donnant cours comme avant.

L’équation gagnante est d’un autre type. Et d’ailleurs ce n’est plus une équation, c’est une question. Du genre "qu’est-ce qu’enseigner dans un monde où les technologies sont disponibles ?" Il en va de même avec le télétravail qui ne consiste pas à simplement travailler depuis son domicile. C’est répondre à la question : "qu’est-ce que travailler dans on monde où Internet existe ?", etc. Questionnons-nous donc ! Car les (bonnes) surprises sont alors possibles. Le progrès consiste parfois non à ajouter mais à ôter quelque chose.
(...)

Il faut interroger les mots. Pourquoi appelle-t-on aujourd’hui plombier quelqu’un qui n’utilise pas de plomb ? Pourquoi appelle-t-on "clé" une carte magnétique qui ouvre une porte, alors qu’il n’y a pas de serrure ?

Il faut interroger les chiffres. (...) Si 212 est le préfixe téléphonique de New York, c’est parce qu’à l’époque du cadran qu’il fallait tourner, plus le chiffre était petit, plus cela allait vite. Chicago a le 312 et Los Angeles le 213. De ce côté-là, rien ne change, les puissants se sont servis les premiers. Mais quel habitant de Turks & Caicos Island connaît encore aujourd’hui la vraie raison de son préfixe 649 ? Se souvient-il de son grand père énérvé de devoir refaire au cadran le numéro interminable quand la ligne était occupée ?

Il faut interroger les objets. Pourquoi sur un clavier de téléphone les chiffres 1, 2 et 3 sont-ils en haut et sur une calculatrice sont-ils en bas ? Pourquoi un robinet d’eau s’ouvre-t-il en tournant à gauche et le bouton d’une cuisinière électrique en tournant à droite ?

Il faut interroger nos étonnements.

J’ai eu un choc récemment à Paris en voyant un adolescent taper le code d’accès à son immeuble en utilisant simultanément ses deux pouces, comme si c’était un jeu video. Moi je tape les chiffres un à un, avec mon index...

Mais restons prudent, avant de tirer de grandes conclusions. Car quelles que soient les thèses énoncées, il est toujours possible de les questionner.

C’est vrai, d’une certaine manière, la mémoire de l’humanité numérique n’a plus de limite. Mais paradoxalement, ne sommes-nous pas en train d’oublier l’essentiel ? Que restera-t-il de nos mails échangés ? Si on n’écrit plus de lettres, mais des mails d’amour, comment feront les biographes du futur ? Que restera-t-il comme trace de la construction des œuvres littéraires ou scientifiques ? Brouillons, notes, croquis, schéma, plan, esquisses, carnets, corrections d’épreuves, tout aura disparu du travail des écrivains et des chercheurs informatisés. Et jamais l’humanité n’aura été aussi pauvre pour analyser leur œuvre. (...)

Il est ridicule de dire qu’un ordinateur a battu un champion du monde aux échecs. Il est plus juste de dire qu’un joueur avec une machine a battu un joueur sans machine. Remettons les choses en place. La machine ne fera jamais que ce que l’homme lui dit de faire.

(LIRE tout l’article...)

Pour lire la 1e partie des "outils de la pensée" parue dans La Libre le 25 juin 2011 : http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/669363/les-outils-de-la-pensee.html

En voici un extrait :

Les outils de la pensée nous invitent à penser aux outils. En 1882, Nietzsche s’est fait livrer une machine à écrire. Il fut le premier à reconnaître que cet équipement avait une influence sur son style et même sur la formulation de ses concepts. Que dirait-il aujourd’hui ? Deux choses sans doute. - La nécessité du regard critique. Il faut se poser la question du fondé des informations, distinguer le populaire et le vrai, redéfinir sans cesse ce qu’est l’intelligence, apprendre à vivre entouré d’informations mouvantes, inachevées, partielles, instables, invérifiables. - L’explosion de créativité aujourd’hui possible. L’invention de la photographie a libéré la peinture de cette pseudo-obligation qu’elle avait de reproduire fidèlement. Et les peintres se sont lâchés. De même les technologies de l’information nous libéreront peut-être des tâches répétitives, et nous aideront à inventer mieux. Pour penser les outils du futur, il faut revenir aux principes de la pensée. Et voilà, la boucle est bouclée, mais elle donne le vertige. Attachez vos ceintures. Clic !

Notes :

[1Coauteur aussi avec Stanislas Deprez et l’illustrateur Kanar de "Balades dans le jardin des grands philosophes". Ed. Mols/La Libre Belgique. Dernières parutions : "Petite Philosophie des histoires drôles" et "Petite Philosophie des grandes trouvailles" (Ed. Eyrolles)

[2mais nous avons commencé à réfléchir pour comprendre comment il se fait qu’un oiseau peut voler. N’oublions pas que l’imitation de la nature est une science nouvelle qui permet de formidables innovation. Alors, il y a regarder et regarder ? Il y a regarder et "problématiser", transformer une observation en questionnement, en se disant que ce qui a l’air d’aller de soi, ne va pas de soi du tout. C’était la "curiosita" de Léonard de Vinci, qui se demandait par exemple "pourquoi le ciel est-il bleu ?" On est donc dans l’art de se poser de bonnes questions.




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