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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Première partie
L’Islam au coeur de nos préoccupations. Points et contrepoints.
Cinq articles, divers points de vue...
Article mis en ligne le 16 juin 2012
dernière modification le 23 juin 2012
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Voici le premier d’une série de six articles :
Une introduction qui précise mon positionnement et son histoire : L’Islam au coeur de nos préoccupations. Points et contrepoints.

Voir aussi les autres articles que je vous propose :
- 2. Les voies de la pensée musulmanes
- 3. Islam, amalgames et confusions
- 4. La burqa, signe sectaire et non religieux
- 5. Quelques autres pistes de réflexion

Introduction

L’Islam au coeur de nos préoccupations.

Nul n’y est indifférent. Pour moi, c’est un sujet qui me tient d’autant plus à coeur que, adolescent, j’ai été interpellé par la guerre d’Algérie, confirmé dans le soutien à l’Algérie indépendante et préparé à y partir par Jean Doneux, alors Père blanc renvoyé en Belgique pour avoir fait passer des médicaments au FNL. Nous avons passé 3 ans en Algérie, mon épouse et moi, au service des enfants des rues, Yaouled Chaab, "enfants du peuple" aussi appelés "Petits cireurs de Ben Bella." , association fondée par Belkacem Radjef en 1962. [1]

Suite à un coup d’État militaire, Houari Boumédiène arrive au pouvoir en 1965, et avec lui une "arabisation" accompagnée d’une "islamisation" importée. Elle est le fait de l’arrivée en Algérie d’enseignants issus du Moyen-Orient. Les choses ne seront jamais plus comme avant en Algérie. Mais l’Algérie reste pour moi, toujours émouvante, toujours proche affectivement.

En 1967, le choc de la guerre des 6 jours. Israël, qui était emblématique avec ses Kibboutz et son esprit communautaire, bascule dans le camp des agresseurs. Je vis, en pleine solidarité avec mes compagnons algériens, la peur d’une attaque qui dépasserait la seule Egypte et toucherait l’Algérie. Fantasme, certes, mais le début d’une profonde solidarité avec le peuple palestinien, qui se concrétise par un voyage en Palestine avec Marco Abramowitz en 2006.

Rencontre des Associations laïques palestiniennes, contact avec des étudiants perplexes face à l’arrivée au pouvoir du Hamas, visites des camps de réfugiés, partage de l’espoir de quelques uns de voir un jour émerger un pays réunissant les Arabes et les Israéliens dans un Etat laïc pacifique.
La question de l’Islam est donc pour moi profondément liée à la question politique : un Etat Palestinien, une Algérie tolérante, les printemps arabes...

en 2007, je découvre de "Symposium" et une amie bruxelloise d’origine algérienne m’invite à aller présenter avec elle ce symposium dans un grande rencontre internationale soufie d’une semaine à Mostaganem, dans l’Est algérien.
En préparation, nous participons à une rencontre de spiritualité laïque à Tours, où se retrouvent une série de courants alternatifs hors religion instituée : entre autre des soufis et des bouddhistes. A Mostaganem, comme en témoignent d’autres articles de mon site, ce fut pour moi à la fois des retrouvailles avec l’Algérie et les algériens, mais une profonde expérience d’un Islam ouvert, serein, d’une grande qualité humaine et spirituelle, un ressourcement pour ma propre vie spirituelle chrétienne. La confrérie soufie des Alawiya est animée par Khaled Bentounès, dont les écrits sont passionnants et qui, soit dit en passant est invité ce prochain week-end de juin 2012 à animer deux journées ("L’homme intérieur selon l’Islam Soufi ") [2] au centre orthodoxe de rencontres spirituelles de Béthanie près de Metz en France.

En Belgique, Bruxelles est un noeud stratégique pour les questions que pose l’Islam en Europe. Les personnes d’origine musulmane représentent 25 % de la population de Bruxelles. Certains se disent fièrement être "maroxellois".

Divers événements récents ont frappés les esprits. En mars dernier, un marocain résidant en Belgique "a avoué avoir mis le feu à une mosquée de Bruxelles, dans lequel un imam a trouvé la mort, pour faire peur à la communauté chiite qu’il estime responsable de la répression en Syrie". Une conférence d’une journaliste française a été annulée suite au chahut organisé par un groupe activiste prétendant lutter contre l’islamophobie.
 [3]

Tout récemment, l’interpellation par deux policières d’une jeune femme contrôlée pour son port de niqab (voile couvrant le visage à l’exception des yeux) a provoqué des échauffourées à Molenbeek, à l’instigation d’un groupe islamiste radical, Sharia4belgium, ciblé par la Sûreté de l’Etat, et dont le porte-parole vient d’être condamné au pénal à Anvers pour incitation à la haine au nom des projets salafistes. [4]

Ajoutons l’émoi causé par le procès d’une Roqya, pratique d’exorcisme musulmane, qui a entrainé la mort d’une jeune femme, suite à des rites moyenâgeux de désenvoûtement qui mêlent magie, sorcellerie et Islam.

Dans ce contexte, montée de l’extrême droite en France, l’affaire Merah, avec, de nouveau, des salafistes en arrière fond ; attaques des islamistes contre les coptes en Egypte ; manifestations salafistes en Tunisie ; attentats contre des églises chrétiennes au Nigéria, menace sur les chrétiens en Syrie, appel à la destruction des églises dans la Péninsule arabique lancé récemment par le grand mufti d’Arabie saoudite, le cheikh Abdul Aziz bin Abdullah [5]... de quoi faire monter la grande peur de l’Islam dans la population.

C’est donc le moment de partager quelques mises au points qui dépassent les enjeux épidermiques pour aller plus au fond des choses, avec Felice Dassetto et Khaled Bentounès.
Un préalable d’abord, avant de reprendre quelques pages de Khaled Bentounès ("Thérapie de l’âme") pour préciser le contexte avec un petit livre très éclairant coordonné par Felice Dassetto : "Discours musulmans contemporains", paru chez Académia - Harmattan, Louvain-la-Neuve, en 2011.

Une dernière partie de ma réflexion ira voir du côté de Ken Wilber : religion et spiritualité, deux "couleurs" très différentes sur la "spirale dynamique". Mais ce sera pour plus tard.

Voici donc
- 2. Les voies de la pensée musulmanes
- 3. Islam, amalgames et confusions
- 4. La burqa, signe sectaire et non religieux
- 5. Quelques autres pistes de réflexion

Notes :

[1Le Secours national algérien : les enfants d’abord ?
L’Algérie se voulait indépendante pour tous ses enfants. Et il n’y a pas de réelle indépendance si des enfants restent en nombre impressionnant à travers le pays contraints de devenir cireurs, porteurs, mendiants, vendeurs à la sauvette, vagabonds de toutes catégories. A Alger, l’actuelle place des Martyrs abondait de cireurs, orphelins pour la plupart, sans ressources ni soutien.
En 1962, Belkacem Radjef, avec un groupe de militants sincères, souhaite apporter un tant soit peu de réconfort à cette marée d’enfants extrêmement démunis, misérables, libérés sur le plan politique, mais pas économique ni social. Il jugera impératif de doter l’Algérie, au même titre que les autres nations modernes, d’un organisme de solidarité sociale. « Il ne faudrait plus voir dans l’Algérie indépendante un Algérien s’agenouiller pour cirer les chaussures de son semblable. C’est l’image même du colonialisme, de l’asservissement », dira-t-il lors d’une réunion improvisée en septembre 62, au café Tantonville du Square Port Saïd, qui regroupait un certain nombre de militants... Voir aussi http://www.jeuneafrique.com/Article/LIN23033ausecdeluoa0/

[2L’homme intérieur selon l’Islam Soufi.
"Si nous voulons sauvegarder l’humanité nous devons, sans répit, travailler à élever notre conscience et notre esprit de dialogue. Or tous les intégrismes imposent un ordre qu’ils veulent immuable, oubliant ainsi que la religion interprétée à la lettre n’enseigne que des vérités superficielles, sources de bien des drames. La véritable spiritualité est une recherche permanente de la réalité du message divin pour savourer, dans le partage, la richesse de la Vie et l’intarissable flux du divin qu’elle porte en elle."

[3En février dernier la journaliste française Caroline Fourest n’a pas pu prendre la parole à l’Université Libre de Bruxelles, chahutée pour ses positions prétendument « islamophobes » par des manifestants d’origine musulmane qui ont organisé ce que l’on appelle une « burqa-pride » : revêtus de burqas, de voiles, de foulards et de keffiehs, ils ont scandé des slogans « burqa-bla-bla » et d’autres injures, taxant l’intervenante d’« islamophobie ». Essayiste renommée, réputée pour ses positions laïques, elle devait débattre de l’extrême droite dans un échange avec l’ancien recteur Hervé Hasquin. (LLB, mercredi 8 février 2012)

[4Le salafisme est un courant islamique réactionnaire qui entend assujettir la vie individuelle et sociale par l’imposition de règles strictes. Il s’oppose à l’ordre juridique démocratique, au système juridique occidental et à l’intégration des musulmans dans la société occidentale.

[5"Le capucin suisse Paul Hinder, vicaire apostolique d’Arabie du Sud, basé à Abu Dhabi, ne souhaite pas jeter de l’huile sur le feu. Il a notamment relevé que le gouvernement koweitien avait une autre position concernant la présence d’Eglises chrétiennes dans le pays.
La semaine dernière, les évêques autrichiens avaient souligné qu’une telle déclaration étaient complètement inacceptable et incompréhensible, « alors qu’il existe différentes initiatives de dialogue interreligieux dans la Péninsule arabique ». Ils se sont également demandés comment il était possible que le grand mufti d’Arabie saoudite proclame une telle fatwa dans le dos du roi Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, qui se veut le défenseur de ce dialogue interreligieux.
Pour Mgr Robert Zollitsch, président de la Conférence épiscopale allemande, cet avis juridique est un inacceptable déni des droits humains de millions de travailleurs étrangers actifs dans la région du Golfe. La plupart d’entre eux viennent d’Inde, des Philippines, d’Egypte, de Corée, mais on compte également nombre d’expatriés des pays occidentaux appartenant à de nombreuses dénominations chrétiennes.
Notons qu’en octobre dernier, l’Autriche et l’Arabie saoudite avaient ouvert à Vienne un centre pour le dialogue interreligieux financé… par l’Arabie saoudite.
P.G. (avec Apic)




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