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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
Slogan du site

"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

Un document de l’AFAPMS
Quelques balises sur l’aire de la génération digitale
Patrick GILLY
Article mis en ligne le 31 janvier 2011
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Nécessaire implication des éducateurs pour guider l’enfant dans sa découverte des écrans. La tâche des parents est particulièrement ardue. Pour la première fois dans l’histoire, une génération experte en technologie de l’information et de la communication (TIC) ébrèche le traditionnel monopole parental de transmission des savoirs. La plupart des parents vivent impuissants cette inversion générationnelle où l’enfant a l’illusion de la toute puissance. Ce pouvoir nouveau - la maîtrise des outils de communication, partout et instantanément - crée un besoin d’autonomie chez l’enfant. Il renâcle à valider des règles auxquelles il déroge constamment : respect des heures des repas, pas de télé avant le petit déjeuner, pas d’Internet après 22h…

Disponibilité éducative, écoute, parole, des valeurs sûres à l’ère numérique
ou
Quelques balises sur l’aire de la génération digitale

Un article de Patrice GILLY

- Dans une livraison précédente du bulletin (mars 2010), nous insistions sur la nécessaire implication des éducateurs pour guider l’enfant dans sa découverte des écrans. La tâche des parents est particulièrement ardue. Pour la première fois dans l’histoire, une génération experte en technologie de l’information et de la communication (TIC) ébrèche le traditionnel monopole parental de transmission des savoirs. La plupart des parents vivent impuissants cette inversion générationnelle où l’enfant a l’illusion de la toute puissance. Ce pouvoir nouveau - la maîtrise des outils de communication, partout et instantanément - crée un besoin d’autonomie chez l’enfant. Il renâcle à valider des règles auxquelles il déroge constamment : respect des heures des repas, pas de télé avant le petit déjeuner, pas d’Internet après 22h…

Confrontées à cette nouvelle donne, les certitudes éducationnelles des adultes vacillent, d’autant plus que leur progéniture grandit très vite (trop vite ?) en découvrant différentes représentations du monde à la télé ou sur Internet. Des parents dépassés, mal informés, surmenés adoptent une posture fermée. Ils s’intéressent peu ou pas à ce que regarde ou fait leur enfant. Les parents sont moins regardants, parce que de 10 à 17 ans, les enfants surfent à la maison et que s’il y a un problème, ils supposent que l’enfant en parlera. La supposition est bancale. Seulement 24% du jeune public évoquent spontanément leurs bonnes et mauvaises expériences audiovisuelles. Le dialogue patine. Et lorsque les parents interviennent, c’est surtout pour interdire ou sanctionner aveuglément des comportements qu’ils ne comprennent pas ou ne contrôlent plus. L’équilibre est difficile entre curiosité affectueuse et intrusion, entre contrôle bienveillant et inquisition.

La révolution numérique bouscule les schémas éducatifs. Les codes familiaux se réinventent sur le vif. De nouvelles règles émergent en fonction des usages, imprévisibles, que la génération digitale adopte au gré des déclinaisons technologiques. Cette inventivité éducative repose néanmoins sur un socle éducatif éprouvé, à construire très tôt, pour des enfants qui naissent et grandissent parmi les écrans. Dès la naissance, les images pleuvent sur les berceaux (photo, caméra, webcam). Les enfants ont l’habitude d’être « pris » en images et s’exposent facilement ensuite sur les écrans, en particulier sur le web.

Pascal, 8 ans

J’ai une adresse mail pour écrire à mon papa et à mes frères (deuxième mariage) quand je suis chez maman. C’est nul, dans ma classe, il n’y en a pas beaucoup qui ont une adresse. Je téléphone aussi par Skype à un frère qui est en France. J’envoie aussi des mails pour un devoir. Ainsi, je suis sûr de toucher mon copain quand je lui téléphone après. J’aime bien aussi donner des informations quand il y a une brocante dans mon quartier. Je dis que j’y vais et j’invite les copains. Mais je préfère tout de même lire. J’apprends des mots.

Ce témoignage est parlant à bien des égards. Internet sert ici à entretenir un lien avec des parents éloignés, en leur écrivant et en leur téléphonant. Le courriel prépare aussi un contact téléphonique (devoir) ou une activité sociale physique (brocante). Mais parce qu’il cherche souvent ses mots, Pascal lit et relit des livres. Il aime bien quand sa maman lit avec lui.

On a tendance à l’oublier, l’enfant, l’adolescent, garde intacte une soif d’affection, d’entourage, de reconnaissance, même s’il a l’air de s’en
défendre. La génération numérique a toujours besoin des aînés pour construire son identité et pour apprendre à s’aimer. En ayant cette évidence à l’esprit, je construirai d’abord le socle de l’éducation aux médias familiale, assez identique à celui de l’éducation générale. Ensuite, quelques recommandations spécifiques aux différents médias (télé, console de jeux, GSM), complèteront le dispositif minimum pour accompagner la génération digitale dans sa découverte des écrans. Internet y prend une large part, parce que le grand réseau devient le pivot de l’univers numérique.

Justine 10 ans

Je regarde des vidéos marrantes sur You Tube et des extraits de films. J’écris à des copines de classe. On se dit tout ce qu’on a sur le cœur parce qu’on n’ose pas le dire en face. J’y vais quand j’ai le temps. Une demi-heure par jour chez papa, tous les 2-3 jours chez maman. 20 minutes de courrier et 10 de divertissement. La minuterie sonne après ¼ d’heure. Je cherche des informations pour l’école ou des traductions de phrases entières (classe d’immersion). Mais les réponses ne sont pas toujours justes. J’ai une adresse mail depuis 8 ans. J’avais envie de rester en contact avec des amies de vacances plus âgées. J’écris dans toutes les couleurs, avec plein d’émoticones. C’est joli des mails colorés…

A 10 ans, plus de 8 enfants belges sur 10 surfent sur le Web. A 13 ans, âge requis pour Facebook, ils sont 95%. Comme Justine, les internautes juniors écrivent, s’informent et s’amusent sur le grand réseau. Justine a droit à une demi-heure par jour chez papa. Une demi-heure aussi chez maman, mais 2 à 3 fois par semaine seulement.

Poser des limites de fréquence, de durée, de contenu est indispensable dès le plus jeune âge. L’enfant habitué tôt à respecter des règles intègre durablement ces restrictions à sa liberté.

Respecter les progressions d’âge constitue un deuxième pilier éducatif. Justine a une adresse électronique depuis ses 8 ans. C’est tôt, selon Serge Tisseron. Le psychanalyste et docteur en psychologie, préconise la règle 3-6-9-12 :

  • Pas d’écran avant 3 ans
  • Pas de console de jeu personnelle avant 6 ans
  • Pas d’Internet accompagné avant 9 ans
  • Pas d’Internet seul avant 12 ans (ou avant l’entrée en Humanités).

La télévision pour bébés est vivement déconseillée. La TV est souvent le premier écran que rencontre l’enfant. Jusqu’à 5 ans, l’enfant ressent le monde avant de le penser. Il adhère émotionnellement à ce qu’il voit et il attend une réponse à ce qu’il vit. Le petit écran (devenu grand) ne rétroagit pas, il captive, au contraire de la parole parentale qui l’anime. L’accompagnement est nécessaire des le premier âge pour que l’enfant construise son appareil psychique en s’identifiant à des adultes et non à ce qu’il voit à la télé, s’il est livré à lui-même. Heureusement, les écrans découverts ensuite (console, GSM, PC) sont plus interactifs que la télé hypnotique.

Fabien , 17 ans

Le temps passe vite sur l’ordinateur. J’aime revoir d’anciens copains sur Facebook (FB). Je regarde ce qu’ils sont devenus. Je ne leur parle pas forcément. Je ne parle jamais à quelqu’un que je n’ai pas vu en vrai. Je n’accepte pas des amis inconnus. A 4 heures, je rentre et je mange devant l’ordi. FB, c’est important pour les copains. Si je ne peux pas les voir tout le temps, je les oublie. Avec les filles, c’est plus facile sur FB. On parle de tout. En face à face, on serait plus réservé. Je suis en ligne 25 à 26 heures par semaine, moins pendant ma saison de baseball. En fait, c’est autant de temps que la télé avant, sauf que c’est décalé, vers le soir. Si j’habitais le centre ville et si j’avais plus de tunes, je serais moins sur l’ordi. J’aime bien regarder les sites des magasins pour les promotions. C’est vrai qu’il y a beaucoup de publicité sur Internet. Ca fait même ramer mon vieil ordi que j’ai reçu à ma confirmation.

Les écrans - tous confondus - occupent entre 2 et 4 heures dans la vie des jeunes, même chez ceux qui ont d’autres loisirs, comme Fabien qui joue au base-ball à un haut niveau. Fabien est assez méfiant. Il n’accepte pas des inconnus sur sa liste d’amis Facebook. Cette attitude, assez rare à 17 ans, doit être encouragée dès les premières incursions sur Internet. 63% des jeunes de 10 ans ne connaissent pas leur interlocuteur. Les joueurs en ligne parlent facilement avec des inconnus. 1 jeune sur 4 discute (chat) avec des personnes non identifiées. Après 10 ans, les parents laissent souvent l’enfant se frotter seul avec les côtés clairs et sombres d’Internet. A nos enfants amateurs d’Internet ou de télé en chambre, disons que tout ce qui est montré et dit sur leurs écrans compagnons est à considérer avec recul. Regarder de temps en temps la télé avec l’enfant ou guider ses premiers surfs aide à cadrer les écrans si l’adulte s’intéresse à ceux préférés par leurs enfants.
Encourager un regard critique et protéger la vie privée sont les troisième et quatrième piliers d’une approche raisonnée et raisonnable des écrans.
Les jeunes s’exposent facilement sur Facebook ou sur Netlog ou sur un blog. La frontière est floue entre sphère privée et sphère publique à 10-12 ans, période ou les enfants sont en quête de repères identitaires.

En résumé, le socle de l’éducation aux médias en famille repose sur 4 piliers :

  • Respecter les progressions d’âge
  • Poser des limites
  • Forger un regard critique
  • Protéger la sphère privée.

Plus tard, on ajoutera des notions de droit à l’image, de droit d’auteur, de droit commercial. A 14-15 ans, les jeunes ont tendance à effectuer des achats en ligne. Fabien est toujours à l’affût d’une bonne affaire. Heureusement, il n’a pas de compte bancaire électronique, ce qui est le cas d’une minorité grandissante d’adolescents.

Internet piégeant

Gérer le temps, se méfier des inconnus, être critique à l’égard de ce qui est lu et vu, ces gestes prévalent au quotidien. Curieusement, ils disparaissent sur la Toile. Les témoignages de Justine (On se dit tout ce qu’on a sur le cœur parce qu’on n’ose pas le dire en face) et de Fabien (Avec les filles, c’est plus facile sur FB. On parle de tout. En face à face, on serait plus réservé) ont ceci de commun qu’ils révèlent le caractère décoincé des conversations à distance. L’écran protège. Devant son PC, le jeune peut couper court (delete), fuir à tout moment ce qui le dérange ou le perturbe. La multitude de rencontres virtuelles qu’offre Internet dispense de sortir et de vivre physiquement des rencontres en face à face souvent redoutées. Du coup, les barrières s’estompent et les règles élémentaires de prudence du monde physique passent au second plan. Cela vaut aussi pour les normes de vie en société : l’injure, la calomnie, la diffamation, circulent sur le Web, rarement sanctionnées. De même, le piratage, le plagiat sont des pratiques courantes, décriées mais impunies.

Les parents, les éducateurs, les enseignants auront à cœur de rappeler aux jeunes usagers que des actes sur Internet ont une portée démultipliée par l’ampleur des connexions. Ils souligneront aussi qu’Internet n’est pas une zone de non droit et que des pièges peuvent les surprendre au détour d’un clic.

Quels sont les gros risques évidents ou le plus souvent insidieux ?

Tomber sur des contenus pornographiques. Il y avait 400.000 sites porno payants en 2006, soit 260 millions de page. Le site Flickr présente 4 milliards de photos dont 90% à caractère sexuel. Les contenus pour public adulte se logent n’importe où, aux endroits les plus improbables.
Par exemple, sur une plateforme de blogs, le journal d’Amandine amenait à des photos intimes de la blogueuse, d’abord un peu dévêtues pour appâter. Pour le nu intégral, sortez les euros.
Sur un site de vente de jouets pour bébés, on trouve, perdue dans la liste des articles, une annonce pour un appareil masturbateur, « livraison discrète et rapide en direct des Etats-Unis ».

Etre dupé par un cyberprédateur qui usurpe une identité dans un courriel ou dans un chat. On croit parler à un ado de 13 ans, c’est en réalité un adulte pédophile. L’ONU dénombre 750.000 cyberprédateurs.

Etre confronté à des images violentes ou atroces. Des photos d’agression sexuelle sur des enfants circulent sur le net. Ces images restent longtemps imprimées dans les jeunes mémoires, surtout si l’enfant intériorise et n’en parle pas.
Devenir un média publicitaire. Chaque clic est enregistré et stocké. Tous nos surfs sont décortiqués, analysés, traduits en profils de consommateur, vendus à des annonceurs ou à des entreprises.

Facebook plaque tournante

Facebook est la nouvelle étoile au firmament de la galaxie numérique. MSN et mails paraissent de lointaines planètes chez nos ados. Le réseau social numéro 1 ressemble à la télé-réalité. On y étale les moindres recoins de sa vie, on teste son identité, on règle ses comptes, on publie des photos assez dénudées. L’intime et privé devient « extime » et partagé trop tôt. Les moins de 13 ans trichent sur leur âge pour adhérer au réseau déjà fréquenté par de nombreux copains de classe. Aucun ne mesure réellement le pouvoir amplificateur de FB. Les jeunes réseauteurs ne pensent jamais aux esprits mal intentionnés qui peuvent retourner les documents et les textes publiés contre leurs auteurs. Rien ne disparaît totalement sur FB, ni ailleurs sur le Web. Les autorités judiciaires scrutent de plus en plus les 3.500.000 profils FB ouverts en Belgique (13% de 13-17 ans). Les futurs employeurs aussi. Ce qui paraît anodin et ludique à 15 ans peut virer au cauchemar des années plus tard. En attendant, les parents sont civilement responsables.

Quelques garde-fous sont nécessaires

Refusons que l’enfant triche sur son âge pour rejoindre le réseau le plus populaire du monde.

Ouvrez un compte avec votre enfant pour déjouer les pièges et astuces mercantiles. Accompagnez sa composition de profil et aidez-le à choisir un taux convenable de confidentialité. Facebook facilite la circulation des informations entre les amis et les amis des amis. Veillez donc à personnaliser les paramètres d’accès aux informations du profil. Les paramètres de base sont souvent configurés d’office. Les 759 « amis » de votre enfant doivent-ils vraiment ne rien ignorer de sa vie, de ses troubles, de ses délires ? Au passage, réfléchissez à 2 fois avant de figurer parmi les amis de vos enfants, ou sur la liste d’amis des amis de vos enfants. Vous suivez ? Webetic (voir les liens utiles en fin d’article) vous aide précieusement dans cette démarche.

Chaque fois que votre junior ajoute un réseau (basket ou rap par exemple), il doit re-paramétrer personnellement l’accès aux données de ce réseau supplémentaire. Sinon, le dispositif minimaliste joue. N’oubliez pas que si vous désactivez le compte, Facebook conserve vos données et celles de vos amis. Effacez « définitivement » vos traces.

Enfin, mettez votre progéniture en garde contre le chargement de multiples applications ludiques, gros véhicules publicitaires et fouineurs de fichiers. Et surtout, expliquez-lui que les amis réels ne se comptabilisent pas uniquement avec les touches : confirmer/ignorer.

Internet d’âge en âge

Avant 8 ans, l’apprenti internaute joue, cherche de l’information sur son sportif favori ou son chanteur préféré.

Placer l’ordinateur dans une pièce commune, où il y a du passage (surveillance et disponibilité).
Dire que tout ce qui est dit sur ses idoles n’est pas nécessairement vrai.
Imposer au départ des limites horaires pour le surf ou le jeu.
Favoriser les moteurs de recherche pour enfants, des moteurs offrant un contrôle parental.
Citons :

Takatrouver (7-12 ans)

Xooloo.fr Ce moteur travaille avec l’Education nationale française. Il offre un logiciel de contrôle parental téléchargeable. Un bémol, il renvoie vers des sites de chaîne de télévision.

Kidadoweb.com Excellent annuaire des sites non commerciaux. 3000 sites pour 3-14 ans ont été répertoriés, tous minutieusement visités. Les sites sont d’une réelle qualité informative ou ludique, exempts de liens publicitaires et d’offres commerciales détournant de l’information première. Regroupement par des recherches par thèmes (jeux, encyclopédie, bricolage…)

Avertir l’enfant qu’il peut rencontrer des sites violents, sexuels, ou choquants. L’inviter à parler de ses mauvaises expériences, à vous montrer le site perturbant, sans vous énerver ou vous fâcher.
Interdire l’accès aux messageries instantanées, courriels, forums…

De 8 à 12 ans. Ses activités principales : courrier, téléchargement de musique et de séquences films. Recherche d’amis et d’accès à contenus sexuels.

 ?
N’éludez pas à 10-12 ans la pornographie et orientez-les vers de bons sites sur la santé et la sexualité (I feel good). Dites-leur aussi que le porno n’a rien à voir avec l’amour. Les siteswww.sensoa.be et www.masexualite.ca donnent de bons conseils pour aborder la sexualité avec les enfants.
Avertir qu’il peut recevoir du courrier non sollicité. Ne pas ouvrir de courrier d’inconnu.
Dire de ne pas donner rendez-vous à des inconnus.
Observer ses habitudes, pointer ses sites favoris et les explorer. Veiller à ce que l’enfant fréquente des sites et joue à des jeux de son âge.
Personnaliser son environnement Internet en créant une liste de favoris choisis par vous, puis modifiée en fonction de l’observation de ses pratiques.
Activer les filtres des courriels pour bloquer les messages en provenance de certaines personnes ou contenant certains mots ou phrases spécifiques.
Inciter à ne pas répondre à des sondages, concours ou à ne pas remplir des formulaires d’inscription (cibles pub).

Voyez s’il respecte les consignes et faites progressivement confiance.

12 ans et + : il bavarde, surfe, joue, blogue.

Regarder si les forums fréquentés sont modérés (présence d’un modérateur).
Alterner les moments où il est seul et où vous êtes là.
Interdire le commerce sur son blog.
Limiter les surfs en soirée. L’écran avant de dormir perturbe le sommeil. Le cerveau secrète une hormone de vigilance, l’adrénaline, lors de sessions prolongées.
Négocier des contrats de confiance. Autant d’heures par jour, pas avant les devoirs, pas le matin, etc… Les règles seront claires et explicites. User de fermeté en cas de non respect du contrat. Sinon, la parole de l’éducateur ne vaut plus tripette. L’enfant attend des parents qu’ils justifient le cadre prescrit.

La relation parent/enfant se bâtit davantage sur la confiance. L’éducation se conjugue à la gratification autant qu’à la sanction. Félicitez l’enfant quand il limite son temps d’écran. La confiance est essentielle. Plutôt que de consulter l’historique des sites visités dans son dos, installez un logiciel de filtrage ou de contrôle parental. L’enfant sentira que ses parents se soucient de lui.

« Quand l’adulte incite à la confiance, fixe une limite ou pose un interdit, il donne les gages d’un succès possible, si l’enfant ou l’adolescent passe par ses conditions », affirme le psychanalyste et psychiatre, Jean Marie Forget.

Une bonne oreille

Si l’adulte ne limite pas la consommation d’Internet, s’il ne pose pas d’interdit, l’enfant ne vit pas de confrontation, nécessaire à la structuration de sa personnalité. L’enfant est ambivalent. Il oscille entre désir d’autonomie et besoin de présence, de sécurité affective. Entre 12 et 15 ans, l’enfant s’écarte du milieu familial. Il augmente les prises de risques et son activité en ligne au moment où le contrôle parental disparaît.

Nombre de parents baissent les bras parce qu’ils ne maîtrisent pas les savoirs technologiques, parce qu’ils hésitent à pénétrer dans la chambre de l’enfant, devenue un espace privé, qui concentre télé, PC, lecteur DVD et GSM. Pourtant, l’éducation aux médias suppose une curiosité minimale à l’égard de loisirs audiovisuels qui absorbent une génération.

En grandissant, l’enfant glisse assez vite de la télévision passive au GSM et au PC interactif. Sa principale préoccupation est de garder le contact avec sa communauté. Ces communications simultanées, sur différents supports, partout, dès que possible, banniraient-elles radicalement le dialogue avec les parents ? Pas si sûr. Une majorité de jeunes souhaitent l’aide parentale pour choisir un programme télé, pour effectuer une recherche sur Internet, pour connaître les sites intéressants et sans danger. Ils sont disposés, dans une certaine mesure, à parler de ce qu’ils ont vu, à montrer ce qu’ils ont photographié ou filmé.

Ils parlent, à condition de trouver une bonne oreille. Faute d’attention, ils se replient vers leurs fidèles écrans compagnons, qui s’allument et s’éteignent à volonté, qui ne les contrarient pas, qui les relient au monde, qui deviennent objets d’attachement. C’est un refuge réconfortant, hors du marasme familial, scolaire, personnel.

Rassurons les parents et autres éducateurs : ils ont toujours un rôle à jouer dans l’accompagnement des enfants.
Le projet Euromeduc a identifié un ensemble de modèles éducatifs. Pour les parents, Patrick Verniers retient 2 postures :

  • Le parent/éducateur initié. Dans ce modèle, c’est la compétence de l’adulte éducateur qui est visée. Il s’agit de le rendre capable d’entrer en dialogue avec un partenaire sur lequel il a une responsabilité éducative.
  • Le parent expert. L’éducation aux médias vise à rendre capable le parent de donner des règles, d’agir avec autorité dans sa mission éducative.

Savoir et comprendre de quoi il retourne pour dialoguer, être capable d’autorité clairvoyante pour dire la règle, quoi de plus naturel en somme ? Faire semblant d’être dans le coup est un mauvais plan pour entrer dans l’univers des jeunes experts. Pourquoi ne pas organiser des ateliers pour adultes néophytes sur des thèmes comme Facebook, les jeux massivement multijoueurs ou les nouveaux codes de communication ?

Télé on web

Même si la télé classique marque le pas, elle continue à être regardée attentivement par les plus petits et distraitement par les grands sur Internet. La télé se répand sur le web. Raison de plus pour canaliser le choix et le temps de vision de nos chères têtes blondes, noires ou châtains, souvent livrées à elles-mêmes, en plein compulsion zapette. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a créé un site « signalétique » sur Internet à l’intention des parents et des éducateurs (www.csa.be/signaletique). Les pictogrammes sont expliqués (-10 ans, -12 ans,…) ainsi que les programmes signalés. Ce site propose aussi documents et informations sur la protection des mineurs dans les autres médias (internet, vidéos...).

Concernant la télé classique, comment départager les goûts respectifs ? Plutôt que d’acheter un deuxième ou un troisième poste campé dans la chambre, préférons attribuer à chacun (parents compris) un jour de télécommande. Ou bien composons une grille hebdomadaire, concertée ensemble, chacun défendant son choix après avoir disséqué les programmes.

Textos en pagaille

Terminons par le GSM, emblème d’une génération. A 10 ans, 2 jeunes belges sur 3 ont déjà un téléphone portable. Corinne Martin, chercheuse à l’Université de Metz, décrit l’utilité première du G : « La fonction de maintien permanent du lien est ici patente et la possibilité de contacter l’autre relève de la spontanéité, du désir, de l’impulsion voire de la fantaisie et ne saurait attendre ». La plupart des jeunes téléphonistes envoient et reçoivent 2 à 3.000 textos (SMS) par mois. C’est possible, les opérateurs proposant des forfaits illimités à 15 euros mensuels.
Les annonceurs profitent de cette boulimie. Ils proposent la gratuité ou des tarifs modiques en échange d’écrans publicitaires diffusés sur les GSM ados. Pour payer leur abonnement ou leurs cartes, 30% des jeunes sont prêts à accepter des messages commerciaux. Mettons-les en garde contre cette fausse gratuité. Méfiance également à l’égard des émissions de radio invitant à passer sur antenne via un numéro mobile. Un jeune de 14 ans y a laissé 856 euros. Déposer plainte est possible sur http://www.mediateurtelecom.be ou à la commission éthique www.telethicom.be. Les opérateurs ont aussi un code de conduite lisible sur http://telecom-code-telecom.be.
Maillage intergénérationnel

Dans sa remarquable critique sociale du temps et de son accélération, le sociologue Hartmut Rosa voit que le monde change plusieurs fois en une génération. Jadis, le présent reliait au moins trois générations, dit-il. Actuellement, sur 10 ans, les transmetteurs de savoir sont dépassés. Qui aurait prédit l’essor fulgurant des réseaux sociaux en 4 ans ? Les passeurs de savoirs et de connaissances, parents inclus, doivent composer avec une transmission de pair à pair, (copain-copain, frère-sœur, internautes-internautes). Cette transmission horizontale n’est pas automatiquement rivale de l’éducation classique, pourvu que les deux se maillent dans un réseau d’échanges inter-générationnel.

La mutation technologique remodèle les relations familiales et sociales. C’est une révolution. Mais ce qui ne change pas, c’est le gisement inépuisable des relations humaines, entretenues et confortées, dans la tolérance de l’expression de chacun. Le devoir d’ingérence dans la bulle de nos enfants est justifié si l’intention est d’ouvrir un espace de parole, favorable au troc d’expériences et de savoirs.

La disponibilité éducative, l’écoute et la parole demeurent des valeurs sûres à l’ère numérique.

Terminons par cette belle histoire racontée par un ami psychologue. Des parents étaient excédés de voir leur fille de 14 ans rivée au jeu en ligne. Ils ont consulté un thérapeute qui a rapidement dénoué le blocage. En fait, l’ado était malentendante (inavouée) et jouait surtout pour parler avec les autres joueurs, via son clavier, parce que là « au moins on l’entendait bien ».

Patrice Gilly

patricegilly@hotmail.com

PISTES SUGGÉRÉES

Enfants et adolescents face au numérique, Jean-Charles Nayebi, Odile Jacob, 2010. Très pratique.
Facebook, Et moi ! Et moi ! Et moi !, Nina Testut, Hoëbeke, 2009. Très amusant et instructif.
Virtuel, mon amour, Serge Tisseron, Albin Michel, 2007. Indispensable.

Aide médicale

Clinique du jeu pathologique Dostoïevski, CHU Brugmann, n° vert 0800 35 777 (24h sur 24), place Van Gehucten, 4, (02.477.27.77) 1020 Bruxelles. www.clinique du jeu.be
Centre de Guidance (SSM), département adolescents et jeunes adultes, Clos Chapelle-aux-Champs, 30 1200 Bruxelles (02.764.31.20) courriel : passado@passado.be

Information sur Internet 

Trop facile, les TIC AWT DVD et CD-Rom, lisible sur télé et ordi. Caroline et Fastoche. www.awt.be 080011901
Webetic, chez Child Focus, (02.475.44.12). Séances d’information pour groupes de parents. Videos informatives pour débutants sur www.webetic.be. Les trucs et astuces repris sur le site sont exposés lors d’une soirée d’information de 2 heures. L’animateur se déplace à partir de 50 inscriptions.
Stopchildporno.be : permet de signaler des sites pornographiques (2131 signalement en en 2009).
Clicksafe.be : un site tous publics pour apprendre aux enfants comment surfer de manière sûre et responsable.
Child Focus et Sensoa, avec le soutien de la Commission européenne, proposent Le juste click : un jeu informatif sur la sécurité en ligne, jouable sans accès à Internet. Commande de la boîte de jeu avec les 25 brochures, par mail à clicksafe@childfocus.org. Le jeu est gratuit, vous ne payez que les frais de transport.
Action Ciné Médias Jeunes, rue Muzet, 12, 5000 Namur (Gsm : +0476/849.456) (Tél.081/74.29.19) organise également des séances d’information. info@acmj.be

Sites ressources

Animé par le Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommateurs (CRIOC) et Child Focus : www.saferinternet.be
Pour comparer 7 logiciels de contrôle parental : www.clubic.com
Observatoire des droits de l’Internet : www.internet-observatory.be Utile pour le cyberharcèlement.
Entraide et téléchargements : www.infos-du-net.com
Observatoire des mondes numériques, www.omnsh.org, une mine d’informations sur les jeux video.

Article paru dans le BULLETIN DE L’AFAPMS (Association francophone des agents des centres psycho-médico-sociaux) en juin 2010

Téléchargeable en format PDF (ci-dessous)
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Patrice GILLY

est journaliste indépendant,
collaborateur régulier au journal "Le Ligueur".
Il donne des conférences sur les TIC et leurs usages (Technologies de l’information et de la communication), qui sont devenues sa spécialité.
Il a publié aux éditions Couleur Livres un ouvrage intitulé
« Zap l’écran, vive la vie ! »
Dans le bulletin de mars 2010, il nous parlait de la numérisation qui envahit notre famille, notre espace de vie et de travail.
Dans l’article qui suit, il nous parle de l’accompagnement des jeunes devant les nombreux écrans.
Ses propos constituent pour nous une intéressante contribution eu égard à l’une des tâches essentielles que nous attribue le décret-missions, à savoir le soutien à la parentalité.


Voir aussi
Le Ligueur :
http://leligueur.citoyenparent.be/rubrique/parent-citoyen/57/218/retrouver-une-parole-dans-la-foret-d-ecrans.html

Et le livre de Patrice Gilly, "Zap l’écran, vive la vie" (http://www.couleurlivres.be/html/nouveautes/zap.htm)
Edition "Couleurs livres, Charleroi, 2008

Une présentation détaillée du livre sur :
http://www.paperblog.fr/1464907/patrice-gilly-zap-l-ecran-vive-la-vie/

Voir aussi le Blog intéressant de CLIC :
http://clicland.blogspot.com/2006/09/les-cyberducateurs-qui.html

(notamment "Les "Cyberéducateurs" : qui ?"
avec les réactions de Patrice Gilly)




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