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LARCENCIEL - site de Michel Simonis
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"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

ASSISES DE L’INTERCULTURALITÉ
"Une enfant voilée, ça me choque"
Article mis en ligne le 20 septembre 2009
dernière modification le 13 août 2010
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Pour M. Delruelle, c’est au politique qu’il appartient de régler la question du voile.

Professeur de philosophie morale, politique et juridique à l’Université de Liège, Edouard Delruelle, qui est aussi directeur francophone du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, fait partie du comité de pilotage des Assises de l’interculturalité.

Article d’Annick Hovine, paru dans La Libre Belgique, mis en ligne le 21/09/2009

- Comment aborder la question du port du voile ?

D’abord, on n’est pas en guerre civile ! Le foulard, comme tous les signes convictionnels, doit être autorisé, et il l’est, dans un maximum de situations de la vie sociale. Il y a trois points de crispation dans la société belge. Un : dans l’emploi, parce que l’employeur a une certaine marge de manœuvre et peut imposer un certain code vestimentaire à ses employés. Cet aspect-là est une compétence fédérale. Deux : les services publics, avec la question de la neutralité. C’est une compétence transversale. Trois : le foulard à l’école, qui est une compétence communautaire et qui ne concerne que l’enseignement officiel.

- Pour le Centre pour l’égalité des chances, le principe doit rester la liberté de conviction et d’expression.

Oui, mais aucune liberté fondamentale n’est absolue : on peut trouver des limites. En l’occurrence, nous proposons que ces limites soient négociées. Et là, on revient à l’accommodement raisonnable. Une interdiction de liberté doit être justifiée et motivée, dans la transparence.

- Actuellement, dans les écoles de la Communauté française, on règle la question via le règlement d’ordre intérieur. Vous dites que cette politique a atteint ses limites.

Il vaut mieux qu’une limitation d’une liberté fondamentale soit prise au niveau normatif le plus élevé possible - c’est la tendance de la jurisprudence européenne. Le principe actuel, c’est laisser l’autonomie aux écoles. En 2005, j’ai été partisan de cette optique selon laquelle c’est à chaque école de choisir, en fonction de son projet pédagogique, du contexte, d’éventuels problèmes de prosélytisme.


- L’autonomie des écoles ne marche plus ?

Le problème, c’est que les écoles se déterminent sur pression les unes des autres, ce qui veut dire qu’il n’y a plus d’autonomie. Le cas de l’Athénée d’Anvers est à ce point de vue-là exemplaire. La directrice est une grande partisane de la diversité culturelle, mais elle a dû, la mort dans l’âme, interdire le foulard parce que tous les autres établissements scolaires le faisaient ! Son école devenait une école-ghetto. Elle avait une pression de fondamentalistes sur les jeunes filles qui ne portaient pas le voile. Elle n’a pas eu le choix. J’aurais fait pareil à sa place. L’Athénée d’Anvers, qui avait fait le choix d’autoriser le foulard avec un projet pédagogique mûrement réfléchi, n’a pas pu le maintenir. C’est bien la preuve qu’il faut maintenant passer à un niveau de décision supérieur pour ne plus laisser les directions d’écoles seules face à ces problèmes.

- A quel niveau ?

A un moment donné, le pouvoir politique doit prendre ses responsabilités. Ça ne veut pas dire décréter une interdiction générale, comme en France, ou une autorisation générale, mais il faut cadrer. On peut jouer sur l’âge, sur les conditions d’interdiction Les Assises peuvent dire un certain nombre de choses sur le foulard à l’école, mais c’est au politique de décider. Moi, je plaide pour que ce soit une commission du Parlement de la Communauté française qui instruise le dossier.

- A l’école primaire de Dison, les gamines voilées n’ont pas 10 ans...

Une fillette de 10 ans en foulard, ça me choque. Le port du foulard n’est d’ailleurs pas un prescrit religieux. J’aimerais bien qu’on trouve le moyen de l’interdire clairement, dans la dignité pour les familles et dans la transparence. Le foulard, c’est aussi un signe sexuel, politique parfois : les enfants ne peuvent pas être instrumentalisés. L’école a une mission éducative, émancipatrice. Cela fait pour moi partie des interdictions légitimes et justifiées. Il devrait y avoir un consensus dans la société belge pour dire : à 18 ans, dans l’enseignement supérieur, on fait ce qu’on veut et, à l’inverse, pour des fillettes du primaire, le port du foulard doit être interdit. La difficulté, c’est le secondaire. Qu’est-ce qu’on fait ? Si on interdit, est-ce étendu aux visites de musées, à la formation en alternance ? Là, on entre de nouveau dans du plus concret. L’autonomie des écoles doit être encadrée, légitimée. Il est temps que le pouvoir politique prenne ses responsabilités et que la société montre qu’elle a suffisamment de maturité pour régler la question de façon pacifique, raisonnée et démocratique.


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