Bandeau
LARCENCIEL - site de Michel Simonis
Slogan du site

"To do hay qui ver con todo" (tout a à voir avec tout) Parole amérindienne.
Comprendre le présent et penser l’avenir. Cerner les différentes dimensions de l’écologie, au coeur des grandes questions qui vont changer notre vie. Donner des clés d’analyse d’une crise à la fois environnementale, sociale, économique et spirituelle, Débusquer des pistes d’avenir, des Traces du futur, pour un monde à réinventer. Et aussi L’Education nouvelle, parce que Penser pour demain commence à l’école et présenter le Mandala comme outil de recentrage, de créativité et de croissance, car c’est aussi un fondement pour un monde multi-culturel et solidaire.

Michel Simonis

écritures
Article mis en ligne le 24 octobre 2007
dernière modification le 14 décembre 2012
logo imprimer

Voici pourquoi je parle ici de l’écriture tifinagh...

Un jour, suite à un atelier que j’avais animé sur "Signes et calligraphie" dans une rencontre mandala, une participante, Marie-Sophie, m’envoie une superbe réalisation dont je vous donne une illustration ci-joint.

Ecriture imaginaire, peinture de Marie-Sophie Koulischer*

Cela m’a fait penser à l’écriture des Touaregs. Je le lui ai dit. Ce fut le départ d’une belle recherche en synergie, avec des sources passionnantes sur Internet. On réfléchit à des démarches en Art plastique et écriture, et j’en imagine l’intérêt pour un travail en classe sur les différentes écritures (réelles et imaginaires) et les autres cultures. Mais les choses vont plus loin, parce quel’écriture Tifinagh, cette écriture des nomades du Sahara, est beaucoup plus riche symboliquement que l’on pensait.

Tinhamani Tifinagh

Vieille de 3000 ans, c’est une écriture "magique" disent les femmes, une écriture spirituelle, une écriture qui s’écrivait sur le sable et que les femme transmettaient à leurs enfants, jusqu’au moment où l’écriture arabe prend toute la place et envoie le tifinagh dans les oubliettes. Le Maroc vient de la réhabiliter dans les écoles – ce qui ne va pas sans risque pour la préservation de la profondeur de cette écriture, d’où pas mal de débats et de combats - et, surprise, en Kabylie (Algérie) elle apparait aussi ( [1]. elle vient d’être intégrée dans la liste ISO des écritures universellement disponible sur ordinateur [2] . Et si vous voulez télécharger cette police et l’utiliser dans des ateliers de recherche avec les enfants, c’est possible [3]. A Bruxelles, cela risque d’enchanter les "maroxelloises" (comme s’identifiait une chanteuse et militante marocaine de Bruxelles) et "maroxelois"...

Le Tifinagh, l’écriture des touaregs

Forme d’écriture multi-millinéaire, le Tifinagh est utilisé par les Touaregs pour écrire de courts textes en langue Tamasheq. Cet alphabet est enseigné à l’enfant touareg par sa mère, qui forme les lettres sur le sable.
L’alphabet vocalisé, reconnu par l’Unesco, a été développé par l’Association pour la Promotion des Tifinagh (ATP) basée à Agadez. Cet organisme est l’éditeur de Amanar, un journal écrit en tamasheq avec les lettres tifinagh mais aussi en français. Cette publication est un des rares exemples où le tamasheq est écrit sur papier et pas seulement dans le sable .

Voici un extrait d’un superbe texte sur cette écriture. De quoi donner envie de se lancer dans un travail graphique...

"Notre écriture à nous, en Ahaggar est une écriture de nomades parce qu’elle est tout en bâtons qui sont les jambes de tous les troupeaux. Jambes d’hommes, jambes de méhara, de zébus, de gazelles, tout ce qui parcourt le désert, et puis les croix disent si tu vas à droite ou à gauche, et les points, tu vois, il y a beaucoup de points. Ce sont les étoiles pour nous conduire la nuit, parce que nous, les Sahariens, nous ne connaissons que la route, la route qui a pour guide, tour à tour, le soleil puis les étoiles. Et nous partons de notre coeur, et nous tournons autour de lui en cercles de plus en plus grands, pour enlacer les autres coeurs dans un cercle de vie, comme l’horizon autour de ton troupeau et de toi-même."

Dassine,
poétesse targuie

Voilà qui donne envie d’aller plus loin.

Voici un extrait du bel article de Atanane Aït -oulahyane :

" Pour une sémiologie de l’écriture tifinagh"

Ecrire pour dire, sans babil du langage, sans écume de la pensée, sans la névrose de l’être… Ecrire pour survivre, sans entraves, pour marcher debout, sans attaches, déceler les mystères et déchiffrer le non dit de la parole, l’énigme de la pensée, décrypter les signes et communiquer l’essentiel, atteindre le but qui se dérobe toujours… Le tifinagh est tout cela, dépouillement, cheminement intérieur et dialogue parfait entre l’Homme et son environnement.

Lignes droites comme une pensée claire, comme une vie sans problèmes, un chemin sans difficultés ni surprises ; lignes brisées comme les tournants soudains de la vie, la promesse trahie, la parole non tenue, les virages du sentier… Des ronds complets et parfaits, comme le cycle perpétuel des saisons, comme un parcours achevé, une communication aboutie ; des cercles inachevés, comme le voyage à finir, une vie inachevée, la rupture brusque d’un lien si cher…

L’existence est une boucle et le chemin une succession d’étapes, souvent un retour vers le point du départ : les lettres de l’écriture tifinagh sont tout cela et bien plus encore, elles reproduisent les caprices de la vie et du voyage, la multiplicité des sens et les aléas de l’existence…

Certainement l’écriture est sacrée, comme la parole qu’elle véhicule, la pensée qu’elle manifeste, comme la terre sur laquelle elle prend forme ; mais aussi hiératique soit elle, d’une portée quasiment divine, elle n’a pas pour objectif d’écraser l’être humain ni de le tenir sous le joug de divinités hermétiques et tyranniques, peu soucieuses de son sort et de ses préoccupations existentielles…

Elle entend simplement de l’accompagner pas à pas dans sa vie terrestre, quotidiennement, discrètement. Symbole ésotérique, à la fois clef d’un monde occulte mais aussi objet familier au même titre qu’un outil domestique, il la porte dans son bagage avec le couteau, l’outre d’eau et la natte, tel un viatique discret suspendu dans sa mémoire, qu’il saisit et emploie au gré de ses besoins, sans autre prétentions que de le rattacher au réel, de lui rendre aisées et supportables son existence… Car l’Homme amazighe, sans être rustre est rationnel, doué d’un esprit pratique, qui confère à l’objet usuel une dimension esthétique, voire ésotérique et inversement, il intègre le sacré (symbole, fétiches, gestes rituels…) dans ses actes de tous les jours.

Tout se rejoint et se lie dans une logique d’efficacité, le familier et l’occulte, l’implicite et l’explicite imbriqués harmonieusement. L’écriture tifinagh procède de la même démarche, alliant de multiples fonctions, sacrée, esthétique et profane, mises à pied d’égalité, toujours au service de l’Homme : souci d’économie et de logique, point de place au gaspillage de l’effort ou de la parole, point de cloisons entre le spirituel et le matériel, pas de vernis superflu ni de prolifération de motifs, d’exagération de gestes, pas de profusion de la parole ni d’exubérance, l’idéal amazighe tout entier se polarise selon des lois strictes, d’une géométrie parfaite, qui ne laissent aucune place à l’insignifiant. Tout concourt au même but, même le langage oral et écrit, concentration et complémentarité de tous les moyens mis à la disposition de l’Homme pour aboutir à l’expression la plus sobre et la plus juste qui soit, au résultat le plus efficient.

Dans la suite de l’article, l’auteur donne les clés symboliques de cette écriture.
Je vous invitais à aller voir le site, qui valait le détour. Mais il a disparu, comme d’autres sources que je mentionnais ci-dessous.
Pour compenser, je joins l’article en deux documents pdf ci-dessous.

Et en attendant, voici quelques liens intéressants à ce sujet :

http://www.mondeberbere.com/langue/tifinagh/indexc.htm

On peut apprendre rapidement et de façon ludique à lire et écrire le Tifinagh.
Ce site a disparu. Voici quelque chose de beaucoup plus "sérieux" à la place : http://www.mondeberbere.com/langue/tifinagh/tifinagh_commentlire.htm

Pour une sémiologie du Tifinagh

Pour une sémiologie du tifinagh

Symbolique du Tifinagh :
Voir le document en annexe.

Notes :

[1voici l’image)

[2Diplômé en informatique de l’Université libre de Bruxelles, Patrick Andries Expert UNICODE,
dirige depuis plus de 10 ans un projet qui consistait
à permettre l’utilisation de toutes les langues sur l’Internet.
Le tifinagh est une écriture plus que millénaire employée sur un vaste
territoire. Le dossier de cette écriture traînait depuis près de
6 ans. L’adoption du tifinagh pour l’enseignement du berbère dans les écoles marocaine était le catalyseur idéal pour permettre d’inclure ainsi une des dernières grandes écritures. Il m’a semblé que l’adoption du berbère dans ses écoles était le catalyseur idéal pour débloquer la situation et permettre d’inclure ainsi une des dernières grandes écritures, tant par sa longue histoire que par le nombre de scripteurs potentiels, qui manquait encore à Unicode.
L’entrée du tifinagh dans la norme ISO est un motif de fierté pour les
berbères, pour eux cela équivaut à une reconnaissance internationale
En quelques mots : la possibilité de l’utiliser dans toute une gamme
d’outils modernes allant de Microsoft Word à Google.
L’inclusion du Tifinagh dans unicode permettra d’échanger
des documents tifinaghs entre n’importe quels logiciels et plateformes
conformes à Unicode.

[3Pour télécharger la police tifinagh

télécharger la police tifinagh
P.S. :

* www.msdk.fr




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.31
Hébergeur : OVH